mardi 20 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre Q écrite à Querton Sébastien

Nous sommes à la 17ème journée du #ChallengeAZ (si je ne me trompe pas!). Aujourd'hui, je vous propose une courte lettre écrite à Sébastien QUERTON. Il s'agit de mon sosa 3850... donc mon ancêtre à la 11ème génération. Sébastien est l'arrière-grand-père de Catherine VALENTIN une de mes aïeules qui me tient particulièrement à cœur et pour qui j'ai déjà rédigé de nombreux articles...

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Mardi 20 novembre 2018,

Sieur Sébastien Querton

Vous ne vous doutez sans doute pas que le rédacteur de cette lettre est un lointain descendant. Lorsque je dis lointain descendant, je ne vous mens pas puisque onze générations nous séparent. Imaginez : 320 ans de différence d'âge !

Vous êtes nés dans les années 1660 et vous êtes le fils d'Anthoine Querton (ou Kerton, Cœurton, ou Curton, ou Kertzen...). Le lieux et la date exacte de naissance, je ne les connais pas. Votre mère, je ne la connais pas non plus... Il faut dire que les curés étaient peu loquaces dans les registres paroissiaux à votre époque...

Vous vous êtes marié avec Marguerite Jacob en 1688 et vous aurez au moins six enfants. Parmi eux,  il y a Marie, votre benjamine, qui épousera Nicolas Valentin en 1724. Ce sont mes ancêtres. Vous ne verrez malheureusement pas ce mariage car vous avez quitté ce monde début juin 1715 à l'âge de 55 ans (votre père décédera deux mois plus tard à l'âge vénérable de 92 ans!).


Je vous écris cette lettre car je me pose une question depuis plusieurs années au sujet de votre famille. Je trouve la trace de vos propres aïeux dans les paroisses de Fameck et Beuvange (Richemont) dans les années 1660/1670. Pourtant, et comme c'est le cas pour certains de mes autres ancêtres, je me demande si vous n'êtes finalement pas originaire d'une toute autre région... Votre famille ne s'est-elle pas installée dans le Bailliage de Thionville dans les années 1650 pour repeupler le territoire meurtri par la guerre de Trente Ans (ou des Craoates si vous préférez) ? Êtes-vous originaire du Hainaut ?

Je ne sais pas si vous me répondrez un jour directement, mais je suis ouvert, Sieur Sébastien Querton, à tout indice que vous pourriez me transmettre, et peu m'importe la voie que vous emprunterez !

En attendant, veuillez recevoir les salutations d'un lointain descendant.

Sébastien


Cartes des Naudins (1728 à 1739)

lundi 19 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre P écrite à Papa

Nous voici à la quatrième semaine du #ChallengeAZ 2018. Aujourd'hui, je continue l'envoi de mes lettres à mes aïeux et collatéraux avec une missive écrite à mon Papa.


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Lundi 19 novembre 2019

Mon cher Papa,

C'est la première fois que je t'écris personnellement, à part les quelques cartes de fête des pères et mes mots d'enfants griffonnés sur des feuilles de papier.

Le 21 janvier prochain, cela fera 25 ans que tu es parti. Cela me semble si proche et si loin en même temps... Je me souviens des derniers mois de ta maladie. Tu étais très affaibli et nous venions te voir avec ma sœur et la mémé. Durant l'hiver, tu n'espérais qu'une chose : revoir le printemps. Malheureusement, le cancer aura le dernier mot et tu t'éteindra dans ta chambre d'hôpital.

Depuis vingt-cinq ans, mes souvenirs se sont peu à peu atténués, mais j'essaie de garder l'essentiel : le son de ta voix, ton rire, ton image... Il m'est arrivé il y a quelques années une expérience qui m'a bouleversé, sans doute es-tu au courant, puisque j'ai eu l'impression que tu étais avec moi l'espace d'un instant. C'était lors d'une balade en forêt, j'étais seul. Lorsque le vent souffla, je sentis une odeur... un odeur qui ne m'étais pas inconnue. Étrange réminiscence venue du plus profond de ma mémoire. C'était ton odeur et sur le coup, je fus bouleversé car je sentais ta présence, aussi fugace soit-elle.

Les souvenirs, je les ai retrouvé également au décès de "la mémé", ta maman. Dans sa grande maison, elle avait pieusement conservé quelques objets qui t'appartenaient et qui nous étaient destinés, ma sœur et moi. Quelle émotion lorsque j'ai retrouvé tes anciens papiers : carte d'identité, diplômes, livret de famille... Il y avait aussi une centaine de diapositives que j'ai pu aujourd'hui scanner et mettre en photo : des photos de famille, d'amis... Voici une photo de toi lorsque tu étais jeune :



Et enfin, il y avait ton classeur de généalogie car, oui, tu avais entamé la réalisation de ton arbre généalogique, celui que nous partageons aujourd'hui tous les deux.

Tu avais réalisé à cette époque un sacré travail, une véritable enquête car dans les années 1990, on ne faisait pas la généalogie comme aujourd'hui : courriers manuscrits, appels téléphoniques et bien évidemment recherches aux archives départementales et communales. J'ai retrouvé notamment des copies de courriers que tu avais envoyés à un certain Adolphe Gambs de Rimling qui semblait bien connaître l'histoire des BECKERICH.

En fait, c'est grâce à toi que je me suis intéressé à la généalogie, grâce à tous les documents que j'avais récupérés et qui me racontaient l'histoire de tes parents. Le virus m'a pris rapidement et j'ai débuté les recherches généalogiques de la famille de la maman. Finalement, si je passe aujourd'hui une grande partie de mon temps libre dans ces recherches familiales et historiques, c'est grâce à toi. Et pour cela, je voulais te remercier. 

Papa, j'ai tellement de choses à te dire et à te raconter ! Tu vois, je suis aussi papa de deux beaux enfants... mais peut-être que tu le sais déjà ? 

Papa, une idée me traverse l'esprit. Je crois que je vais bientôt prendre la plume pour écrire tous les instants que nous avons passés ensemble, car à mesure que le temps passe, certains souvenirs s'effacent.

En attendant de te rencontrer par l'évocation de ces moments, je t'embrasse bien fort mon cher Papa.

Sébastien


samedi 17 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre O écrite à Oswalt RICHARD, remise en main propre lors d'un #RDVAncestral

En ce troisième samedi du mois de novembre 2018, deux challenges s'entrechoquent : le #ChallengeAZ et le #RDVAncestral. Quoi de mieux alors que de relever ces deux challenges en un seul article ?

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Je m’assoie confortablement dans mon fauteuil. Le train en direction de Bruxelles-Midi va partir. La rame du TGV démarre lentement puis accélère pour atteindre sa vitesse maximale. A la fenêtre, je vois défiler les paysages provençaux que je n’ai pas eu le temps d’apprécier durant mon déplacement professionnel. Ce sera pour une autre fois!

Pour la lettre O du ChallengeAZ, j’avais décidé d’écrire ma lettre à Oswalt RICHARD. Il est mon ancêtre à la 11ème génération et mon sosa 3204. Je commence à écrire…

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Samedi 17 novembre 2018, 

Oswalt, 

Je vous écris d’un temps que vous ne connaissez pas, celui qui voit naître encore aujourd’hui vos nombreux descendants. Je vous écris de l’année 2018 et je suis l'un d'entre-eux. Voyez-vous, 11 générations nous séparent. 

Je ne connais que très peu de choses sur votre vie car vous avez vécu à une période où les documents d’archives se font de plus en plus rares. Et en effet : les registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Luttange ne remontent pas au-delà de 1670. Je ne connais pas votre date de mariage, ni-même celui de votre naissance... entre 1620 et 1630 sans doute… Ce qui vous fait voir le jour au moment du début de la guerre de Trente Ans, celle que vous connaissez sous le nom de guerre des Croates (ou Crawates).

… 

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Je suis en pleine écriture de ma missive quand, sans comprendre ce qu’il se passe, je me sens soudain projeté dans un autre lieu, un autre temps, une feuille de papier à la main. Sur le moment, je n’arrive pas à comprendre ce qu’il m’arrive.

Après quelques secondes, Je reprends mes esprits. Devant moi, se dresse fièrement un château à côté duquel se trouve une église dont le clocher ressemble à une tour de garde. Sans hésiter, je reconnais immédiatement les lieux. Je suis à Luttange, le village d’une partie de mes ancêtres maternels.

L'ancienne église de Luttange, aujourd'hui disparue, d'après Migette (AD57 - 116J1)
Je crois que nous sommes un matin, au début de l’été ; vous savez, ces matins où la fraîcheur est bien vite balayée par le souffle doux d’un vent léger. Je me sens bien. Mais très vite, mon état de rêverie dans lequel je suis est stoppé net par le tintement de la cloche de l’église. Ce doit être l’heure de la messe.

Autour de moi, les villageois sortent de leurs maisons et arrivent aussi des chemins depuis la campagne. Parmi eux, un vieux monsieur marche vers moi, lentement. Il est accompagné d’un homme d’une quarantaine d’années, peut-être son fils et d’une dame qui semble être son épouse. Les laissant entrer dans l’église, il s’avance seul vers moi et m’adresse la parole d’une voix certes un peu tremblante, mais forte :
« Bonjour monsieur, je suis Oswalt RICHARD. On m’a dit que vous aviez une lettre pour moi ? ».
Je comprends alors. Ce nouveau Rendez-Vous Ancestral me donne l'occasion de remettre en main propre ma lettre à son destinataire !
"- Oswalt, je suis heureux de vous rencontrer. Comment saviez-vous que je viendrais à votre rencontre ?
- Vous savez monsieur, dit-il en esquissant un sourire, à mon âge, on a des intuitions et les rêves nous apportent certains présages".
Je lui remets alors mon papier et il me remercie.
"- Vous savez, j’ai eu beaucoup de chances. Je suis né alors que la guerre des Crawates n’était pas terminée... il y avait aussi la peste. Nos terres n'étaient que désolation. Beaucoup d'amis de mes parents n’ont pas survécu.
- Justement, je me suis toujours demandé quelle était votre date de naissance.
- Et bien, je ne sais plus bien non plus. Nous sommes en quelle année ? 1692… voyons... ça devait être en 1630 je crois... ou vers les années 1620… Vous savez, cela fait tellement longtemps maintenant. Toute ma vie, je l’ai passée à reconstruire, à défricher et à cultiver des terres qui avaient été abandonnées par nos aïeux. Il y avait des moments difficiles, car nous n’avions presque rien.
- Et maintenant ? Vous avez retrouvé une certaine richesse n’est-ce pas ?
- A mon âge, la richesse m’importe peu, si ce n’est celle qui provient des relations entre les hommes et des instants de bonheurs qui ponctuent nos vies.
- C'est très beau et très juste. Vous avez raison Oswalt.
- Monsieur, je dois vous laisser car la messe va commencer, et je ne voudrais pas fâcher notre curé. J’ai été ravi de cette discussion.
- Moi de même.
- Merci et au revoir Oswalt !".
Après notre poignée de main, je me retrouve à nouveau assis dans mon fauteuil. Je repense alors à Oswalt et à sa vie. Il a raison : notre véritable richesse est celle du cœur.

Oswalt décèdera quelques mois après notre rencontre, le 18 juillet de l’année 1692 après une vie riche et bien remplie. Ce fut en tout cas un beau #RDVAncestral.

vendredi 16 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre N écrite à Nicolas DANY

Nous sommes dans la deuxième moitié du #ChallengeAZ et la motivation est toujours au rendez-vous ! Aujourd'hui, ma missive est destinée à Nicolas DANY, mon sosa 1630. Il fait partie de mes ancêtres thiérachiens qui ont migré vers la Lorraine dépeuplée après la guerre de Trente Ans.



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Vendredi 16 novembre 2018,


Sieur Nicolas DANY,
Entre vous et moi, plus de trois siècles nous séparent. Pourtant nous sommes liés par une chaine d'hommes et de femmes. Ce sont vos descendants, ce sont mes ancêtres. Je me prénomme Sébastien, et je suis votre descendant.

Nicolas, savez-vous que c’est grâce à vous que j’ai pu remonter les origines des familles qui habitaient à Schell, Vinsberg et Kirsch à partir des années 1690 ? Lorsque j’ai débuté mes recherches, il était dit que vous étiez nés à Schell, paroisse de Luttange, aux environ de l’année 1653.

J’étais très étonné car cette information, reprise par tous, n’était pas vérifiée, ni vérifiable, étant donné que les archives des registres de la paroisse de Luttange ne démarrent qu’à partir de l’année 1670. Fait plus troublant, il n’y avait rien au sujet de vos enfants, ni de votre mariage, avant 1687.

C’est au hasard de recherches que j’ai remarqué que de nombreuses familles DANY/DANIES vivaient dans le nord de la France, et plus précisément dans les secteurs de Fourmies, Trélon et Momignies (dans l’actuelle Belgique). Ce territoire correspond à la Thiérache. Et effectivement, mon intuition était juste. Je remarque votre présence ainsi que celle de votre épouse dans le village de Wallers-Trélon. Rapidement, je retrouve dans les registres des noms qui me sont familiers : DANY, DEFLORENNE, LEPORC, LONGUEVILLE… Il n’y a plus de doutes : tous les habitants de Schell, Vinsberg et Kirsch-lès-Luttange sont originaires d’une seule et même région et sont tous arrivés en Lorraine dans une période allant de 1687 à 1696.

Nicolas, j'ai retrouvé une carte de votre région natale.




A votre arrivée à Schell, dans le bailliage de Thionville, vous êtes mariés avec Hélène LONGUEVILLE depuis près de neuf ans et vous avez au moins quatre enfants. Ce voyage, vous ne l'avez pas fait seul. Il y a avec vous la famille de Laurent DROMMEREY, celle d’Ambroise et Lambert DANY, que je pense être vos frères, les DEFLORENNE, les LEPORC, les VALDOR…J’ai estimé que vous étiez au moins 50 hommes, femmes et enfants, à parcourir les 50 lieues qui vous séparaient de votre demeure.

Nicolas, il n’y aucun doute que votre venue était attendue. Vous étiez le symbole du renouveau et du retour de la vie dans des villages qui avaient été ruinés pendant la guerre de Trente Ans. Les Seigneurs de Luttange vous en sont reconnaissant puisque, à la naissance de votre premier enfant dans la seigneurie, les parrains et marraines sont désignés parmi les membres de leurs familles.A cette époque, c'était un privilège.

Petit à petit, une nouvelle hiérarchie sociale s’organise. Avec Ambroise DANY, vous détenez la majorité des terres et vous êtes laboureurs. Je ne sais comment s’est passé votre « assimilation » dans la communauté de Luttange. Même si vous étiez distants d’une lieue du village, vous nouez des liens avec les familles déjà présentes. C'est ainsi que vous mariez certains de vos enfants avec jeunes hommes et femmes originaires de la région.

Après votre disparition, c’est votre fils, Charles, qui reprendra la plupart des terres et la gestion de la ferme. En 732, il fera réaliser des travaux de construction ou d’agrandissement de la maison. Le bâtiment est toujours visible aujourd'hui, mais tombe malheureusement en ruine. 

Nicolas, vous qui êtes aux confins de mon arbre, je vous adresse mes salutations les plus respectueuses.  


Sébastien

jeudi 15 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre M écrite à Maman

La lettre d'aujourd'hui du #ChallengeAZ est une lettre extrêmement personnelle puisqu'elle est destinée à ma maman disparue. J'ai hésité à la publier. J'ai choisi de le faire pour lui rendre hommage, lui montrer que je l'aime mais aussi pour témoigner de l’atrocité de la maladie dont elle a souffert...


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Jeudi 15 novembre 2018,
Maman,

Il y a dans mon cœur une personne qui compte énormément, c'est toi Maman. 

Des années de mon enfance, je garde de si beaux souvenirs. Tu as toujours été soucieuse de notre bonheur et de notre réussite et tu n'as pas démérité. Pourtant, tu es tombée gravement malade et je trouve cela profondément injuste.

Depuis plusieurs années, tu avais des problèmes pour marcher. Il te fallait une cane, des béquilles, et malgré les examens, on ne trouvait pas l'origine de tes maux.

Septembre 2014. Je suis de passage à la maison. Après le repas du soir, tu prends un ton grave et tu m'annonce la nouvelle qui allait changer le cours de notre vie. CHARCOT. Ce mot résonne encore en moi comme un cataclysme, un glaive qui transperce mon cœur. C'est terrible. C'est affreux. Il n'y pas d'espoir. Il n'y a aucun espoir.

La maladie de Charcot ? Les médecins l'appellent la Sclérose Latérale Amyotrophique ou SLA. Une maladie dégénérative qui touche les muscles. D'abord les pieds, les jambes, puis le haut du corps : les bras, le cou, la tête... et puis aussi et surtout le diaphragme, ce muscle qui permet de respirer... de vivre.

A mon retour, je me renseigne car je veux comprendre ce que tu vis, ce que tu vas endurer. Et plus je lis, plus je suis effrayé par ce qui va t'arriver. Les médecins t'ont clairement expliqué l'évolution de la maladie. Je lis cette phrase cruelle : "cette maladie conduit au décès dans les 3 à 5 ans qui suivent le diagnostic". Tu connais ta fin. Je suis terrassé.

2015. La maladie évolue, lentement, sournoisement. A chacune de mes visites, j'essaie de me consoler en voyant, à tort, des signes que l'évolution est plus lente que prévue. A vrai dire, j'essaie de me convaincre, mais les faits sont là : tu ne marches plus et les mouvements de tes bras sont de plus en plus difficiles.

Noël 2015. La maladie continue d'évoluer. Petit à petit, tu deviens comme prisonnière de ton corps. Oui, la maladie avance rapidement, mais je ne veux pas y croire.

Février 2016, le jour de ton anniversaire. C'est le début de la fin. Tu es conduites aux urgences car tu respires mal. A en croire les médecins, c'est pour bientôt. Pourtant, tu contredis les pronostics. Tu veux survivre et attendre la naissance de ton petit-fils. En avance, je te dis son prénom, car je veux que tu saches avant qu'il ne soit trop tard. J'ai choisi Pierre comme deuxième prénom car c'est comme cela que se prénommait papi, ton papa. L'émotion se lit dans ton regard.

La suite n'est qu'une succession de douleurs et de moments difficiles. On te fais respirer avec une machine. Tu n'arrives plus parler. Tu peux cependant encore communiquer au moyen d'un feutre et d'une ardoise, car tu peux encore bouger ta main droite. Mais petit à petite, nous échangeons de moins en moins. Tu ne peux plus parler, alors les SMS remplacent les appels téléphoniques. Et puis un jour, après une rechute, plus rien. Tu n'y arrives plus.

28 mars : enfin une éclaircie dans ces sombres moments ! Tu es à nouveau grand-mère. J'appelle ma sœur et mon (beau-) père pour annoncer la nouvelle. Je pense à toi. Et puis soudain, mon téléphone vibre. Je n'ose y croire, je crois rêver. Tu as trouvé en toi le peu de forces qui te restaient pour m'écrire et souhaiter la bienvenue à ton petit-fils. J'en ai la gorge serrée encore aujourd'hui.

Quelques jours plus tard, tu rentres à la maison, et puis à nouveau une rechute, tu ne respires quasiment plus. Tu retournes à l'hôpital, contrainte, parce que tu ne veux pas y aller. Tu nous fais bien comprendre d'ailleurs que tu souhaites revenir à la maison, car c'est là que tu veux t'éteindre.

Avril 2016. Je reviens pour préparer ton retour. C'est dure, très dure.

Après trois jours, je dois partir et retourner chez moi. Ce matin là, je viens dans ta chambre d'hôpital. Je reste à tes côtés, je n'arrive pas à partir. Je pose ma main sur la tienne. Je te regarde, tu me regardes. Je sens au plus profond de moi que c'est le moment des adieux, nos derniers instants, ensembles, tous les deux, au soir d'une histoire d'amour qui a duré 35 ans, depuis le jour où tu m'as donné la vie et porté pour la première fois.

Je me remémore alors les souvenirs de mon enfance, lorsque je me blottissais dans tes bras, pour trouver ton réconfort. Je me sentais protégé. Il y avait aussi tous ces bons moments, les rires, les beaux souvenirs... Te souviens-tu les jeux de mots que nous faisions ensemble ? Et puis, je te vois encore m'appeler "mon petit lapin". Et oui, même à 35 ans, j'étais encore ton petit garçon...


Maman, Maman ? Je dois partir.

Je t'embrasses. Je crois avoir vu une larme couler sur ta joue. Je pars.

Sur le retour, j'enrage, je peste, je fonds en larme. Pourquoi toi ? Tu ne l'as pas mérité ! J'enrage contre tous ceux qui avaient coupé les ponts à l'annonce de ta maladie. "Ce n'est pas contagieux" disais-tu, profondément déçue.

Trois jours plus tard, tu es couchée dans ton lit. Insupportable et douloureux crépuscule d'une vie. Tu appelles. Mon (beau)-père vient te voir. Toutes ces années, il n'a eut de cesse de s'occuper de toi, sans se soucier de sa propre santé, corps et âmes, par amour pour toi. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Enfermée dans ton corps, et jusqu'aux derniers instants, tu es consciente. La respiration se fait difficile... à quelques secondes du terme de ta lente agonie, tu trouves encore la force d'écrire.

Sur ton ardoise, tu inscris ce mot terrible : "FINI".

Tes yeux se ferment. Tout est terminé.

***
Maman, ton absence a créé un vide immense, mais la vie continue. Permets-moi de te dédier ces quelques vers, composés par Yves Duteil, qui emblent avoir été écrits pour toi.


Comme une bouffée de chagrin
Ton visage me dit plus rien
Je t'appelle et tu ne viens pas
Ton absence est entrée chez moi 
C'est un grand vide au fond de moi
Tout ce bonheur qui n'est plus là
Si tu savais quand il est tard
Comme je m'ennuie de ton regard 


Bien sûr, là-haut de quelque part
Tu dois m'entendre ou bien me voir
Mais se parler c'était plus tendre
On pouvait encore se comprendre  

Maman, je t'aime.


Ton petit lapin.


mercredi 14 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre L écrite à Laurent DROMMEREY

Le #ChallengeAZ 2018 continue aujourd'hui avec la lettre L. 
L comme Lettre bien évidemment, mais aussi comme Laurent DROMMEREY, mon ancêtre à la dixième génération.

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Mercredi 14 novembre 2018,

Sieur DROMMEREY,

Vous êtes originaire de la paroisse de Fourmies, village de la Thiérache, une région naturelle située aux confins de la France et de la Belgique actuelle et couverte de bocage, de prairies, de terrains vallonnés et d'habitats dispersés. Vous y rencontrez Françoise LANDELOUS avec qui vous vous mariez un jour d'avril 1668. Vous aurez au moins huit enfants.

Bien installés à Fourmies, vous décidez pourtant de tout quitter en 1686 pour partir à près de 50 lieues* de votre demeure. Ainsi, avec d'autres familles, vous partez pour les villages de Schell et Vinsberg, annexes de la paroisse de Luttange et situés dans la prévôté de Thionville. Pour vous, c'est un nouveau départ.

Je ne connais malheureusement pas les détails de votre voyage, ni-même les raisons qui vous ont poussé à partir. Sans doute la promesse de terres à cultiver et le rêve d'une vie meilleure ? Quoi qu'il en soit, vous faites partie des nombreuses familles qui ont permis de repeupler des territoires encore meurtris par la Guerre de Trente Ans. A Vinsberg, vous êtes laboureur et tout doucement, une nouvelle vie s'organise.

Pourtant, dix ans après votre arrivée, vous décidez à nouveau de quitter votre maison et vos terres pour vous installer dans le village de Rurange, à une lieue de Vinsberg. 

En bon père de famille, et soucieux d'assurer un avenir confortable pour vos enfants, vous ne manquerez pas de nouer des liens avec les riches familles de laboureurs de la région. Deux de vos enfants se marieront ainsi avec les enfants de Nicolas WAGNER, laboureur de Marspich, et Elisabeth ETTINGER, sa femme.

En 1702, votre épouse, Françoise, décède à l'âge de 52 ans. Triste nouvelle ! Enfin bon, vous ne semblez pas apprécier de vivre seul puisque vous vous mariez en secondes noces avec... Élisabeth ETTINGER qui venait de perdre également son mari. Mariage habile ! Vous avez 70 ans.

Huit ans de vie commune et puis c'est au tour d'Élisabeth de passer de la vie à trépas.

Laurent (permettez-moi que je vous appelle Laurent), à en croire le nombre de vos mariages, vous semblez vraiment ne pas apprécier la solitude du veuvage ! Après Élisabeth, vous prenez pour épouse Madeleine FORFERT de Flévy... Ce mariage ne tiendra que 3 ans puisqu'elle décède à son tour en 1713 ! Que faire alors ? Vous remarier en 1716 avec Catherine FABERT de la paroisse d'Ay...

A l'âge de 84 ans, vous vous portez fort bien. La force de l'âge dirait-on !

Pourtant, à la fin du mois d'octobre 1716, votre vie s'arrête brutalement... la faute à un grain de raisin mal avalé ! Je ne peux que citer le curé de la paroisse qui marquera dans le registre des sépultures : "Laurent Dromery [...] est décédé [...] sans avoir reçu les sacrements parce qu'il est mort subitement même en mangeant un raisin et se portant fort bien auparavant".  

Laurent, je terminerai ma lettre par une question. J'ai toujours aimé la manière avec laquelle vous signez. A-t-elle une significations quelconque ?



En attendant une hypothétique réponse, je vous pris de recevoir, les salutations d'un lointain descendant. 

Sébastien 


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*50 lieues représentent plus de 210 kilomètres

mardi 13 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre K écrite à Karl LANG, soldat mosellan

Au onzième jour du #ChallengeAZ 2018, je vous propose une lettre écrite au demi-frère de mon arrière-grand-mère, soldat mosellan, combattant pour l'Empire allemand durant la Première Guerre Mondiale.



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Mardi 13 novembre 2018,


Cher Karl, Charles,

Vous êtes né en octobre 1892 dans la maison familiale, située au village de Schell à Volstroff... ou plutôt "Wolsdorf" devrais-je dire puisque la commune avait vu son nom germanisé suite à l'annexion par la Prusse en 1871.

Vous êtes le troisième enfant de Louis LANG et Catherine BAUR. Vos parents s'aimaient, d'un amour fou dit-on. Pourtant, le chagrin viendra bien vite envahir la maison. Moins de deux mois après votre naissance, votre père meurt, laissant votre maman, seule, triste et désespérée avec trois jeunes enfants.

Dans le village, la solidarité s'organise pour l'aider à gérer la maison et les terres. Très vite, on veut lui trouver un mari, un homme capable de faire vivre la famille... Elle épousera finalement Pierre NEISSE, âgé de vingt-huit ans. Comme elle le disait, ce mariage était un mariage de raison, sans amour. Deux filles naîtront tout de même : Marie et Céline (mon arrière-grand-mère).

Je ne sais si l'on peut croire au mauvais œil, mais je constate tristement que le destin n'épargnera pas votre mère. En 1900, son deuxième mari décède à son tour. Vous avez huit ans.

Et les années passent... Le deuil impossible laisse une maison triste.

En octobre 1913, à l'âge de 21 ans, vous êtes appelés pour réaliser votre service militaire. Vous incorporez alors le 2e régiment d'artillerie à pied Royal bavarois, à Metz.

Août 1914. C'est la mobilisation générale, en France, comme dans l'Empire allemand. Tous les jeunes hommes en cours de service et les réservistes sont appelés. Votre frère, Pierre, entre dans le Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 30 (30ème Régiment d'Infanterie de Réserve). Quand à vous, vous êtes envoyés à la défense de la ville de Metz puis transféré vers Nancy. De nombreux villages sont détruits et la ville de Nancy est bombardée les 9 et 10 septembre. Malgré l’offensive, les troupes allemandes organisent leur retraite le 12 septembre 1914. C'est le retour à Metz. 

1915 : une année noire... foutu destin ! En mars, votre frère est très lourdement blessé. Il est transféré à l'hôpital de Bonn où il meurt. 

Comment consoler le chagrin d'une mère qui vient de perdre son premier enfant ?

1915 : une année noire... foutu destin ! Je n'ose écrire les lignes qui vont suivre... Charles... Dans cet effroyable jeu de massacre, vous êtes la cible.

Durant l'été 1915, votre Batterie part sur le front des Vosges... Cette fameuse ligne bleue des Vosges tant espérée par les français. Le 22 juin 1915, vous arrivez au Ban-de-Sapt. En face de vous, des poilus.

Les combats sont acharnés. Les fusils, les canons... La colline de la Fontennelle. Voilà l'objectif des français. De votre côté, on vous demande de résister : pilonner les lignes françaises, encore et toujours. Les jours passent. La forêt n'existe plus. Les maisons n'existent plus. 

Le soleil se lève en ce jour du 24 juillet 1915. Les français ont prévu d'attaquer. C'est l'assaut, "la bataille finale". 

Des coups de canon, des fusils,

Des cris, la douleur,

La mort.

Charles, vous partez pour l'éternité, rejoindre vos pères et votre frère. 

Votre mère apprendra plus tard la nouvelle. Comment consoler le chagrin d'une mère, anéantie, qui vient de perdre son deuxième enfant ?

Charles, puissiez-vous reposer en paix.


Sébastien.


PS : vous avez été enterré à la hâte dans un cimetière "allemand" à Launois.

Source : https://echandelysetlagrandeguerre.wordpress.com/2016/06/01/jean-marie-eustache-ponchon/

lundi 12 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre J écrite à Jean HOURTE, banquier

Pour débuter cette nouvelle semaine du #ChallengeAZ 2018, je continue de vous livrer la collection de lettres qui j'ai souhaité écrire à mes aïeux ou collatéraux. Aujourd'hui, je vous propose une missive écrite à grand-oncle de mon grand-père. Il s'appelait Jean HOURTE et a été banquier à Thionville au début du siècle.

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Lundi 12 novembre 2018,


Monsieur HOURTE,
Ma lettre va sans doute vous sembler surprenante. Je m'appelle Sébastien et je suis l'arrière-petit-fils de votre neveu, Pierre HOURTE, qui a habité à Vinsberg puis à Marange.

Vous êtes sans nul doute un de mes proches parents qui a plutôt bien réussi. Issu d'une famille de laboureurs, vous avez souhaité sortir de ce cadre pour devenir banquier. J'imagine les années d'études qui vous ont permis d'apprendre ce métier, sans relâche... Et à force de travail, vous avez réussi.

Lorsque vous devenez banquier, la Moselle était annexée par la Prusse. Malgré tout, vous gardez un lien avec votre ancien pays puisqu'en 1891, vous adhérez au tout jeune Touring-Club de France, une association dont le but est de promouvoir le tourisme et notamment le cyclotourisme. Et oui, vous n'oubliez pas les moments de détente et de loisirs !

Quelques années plus tard, vous épousez Elise PALS. Votre carrière s'accélère et vous vous associez avec François HOSY pour créer, à Diedenhofen (Thionville), la banque HOURTE & HOSY. Vous habitez alors à la Sankt Petersstraße (qui deviendra rue Castelnau en 1918).


Avenue Castelnau à Thionville (Source : Généanet  - fanfan1)


La guerre n'aura que peu d'impacts sur votre carrière. Au retour de la Moselle à la France, votre établissement change de raison sociale. Vous déposerez un dossier de dommages de guerre pour un immeuble dont vous vous êtes portez acquéreur dans les années 1910, et qui a subi des dégâts lors des combats.

Dans les années 1920, vous vous séparez de votre associé. Je ne sais pour quelle raison, mais il semble que ce fut difficile. Vous publiez d'ailleurs dans les journaux de la région une annonce pour bien informer votre clientèle de l'époque qu'il n'y a aucun lien entre votre établissement nouvelle banque "Jean HOURTE" et l'ancienne banque HOURTE & HOSY.

Dans les années trente, vous avez soixante-dix ans, et la retraite ne signifie rien pour vous. Monsieur HOURTE, votre professionnalisme était exemplaire... Pourtant, ne pouviez-vous pas faire un petit effort pour les membres de votre famille ?

Votre neveu, qui est également mon arrière-grand-père, vous a demandé dans les années 30 un crédit afin d'aménager l'étage de la maison de Vinsberg, devenue trop petite et sans doute trop peu fonctionnelle.

En (bon) banquier, vous ne laissez rien passer, et surtout pas les traites de remboursement de vos créditeurs, quand bien même il s'agit de votre famille ! Mon arrière-grand-père et son épouse ne peuvent cependant pas vous rembourser en argent les sommes qu'ils vous doivent. Il s'en suit alors une situation que l'on trouverait cocasse aujourd'hui. En lieu et place de l'argent, vous vous faites rembourser par des poules, œufs et autres produits de la ferme que vous récupérez dans votre établissement à Thionville... Cette scène me fait sourire.

Monsieur HOURTE, une vie a un début et malheureusement une fin. La vôtre s'est arrêtée dans un hôpital de Toul, après un accident de voiture, en décembre 1939. C'était le début de la guerre.

Monsieur, j'ai tant de choses encore à vous raconter (et à vous demander). Ce sera sans doute dans une autre lettre.

En attendant, je vous prie de recevoir, monsieur HOURTE, mes plus sincères salutations.



Sébastien

samedi 10 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre I écrite à Isidore MEYER, Tailleur sur cristal

Pour ce neuvième jour du #ChallengeAZ 2018 organisé par Sophie Boudarel et Brigitte Snejkovsky, j'ai choisi d'écrire à Isidore MEYER, le grand-père de ma grand-mère paternelle. Vous le verrez, je ne connais pas grand chose de cet ancêtre pas si lointain que ça... Au point d'avoir découvert seulement la semaine passée que son véritable père n'est pas celui qui l'a reconnu au mariage de sa mère... Cette missive me donnera donc l'occasion de compléter la liste de mes projets de recherche pour les mois à venir !



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Samedi, 10 novembre 2018

Isidore,
Je me prénomme Sébastien et je suis le petit-fils de Marie BECKRICH, enfant de Madeleine, votre fille. Oh, n'essayez pas de la retrouver dans votre mémoire, vous ne l'avez malheureusement pas connue, car elle est née sept ans après votre disparition.

Pour tout vous dire, je connais très peu de choses sur vous. Vous m'excuserez, mais je n'ai malheureusement pas pris le temps de travailler votre branche familiale, celle des MEYER (ou MAYER selon les sources!). Et c'est peu de le dire ! En effet, en recherchant la semaine passée des informations sur votre vie, j'ai découvert une chose étonnante, que même mon père, qui avait débuté notre généalogie, n'avait pas soupçonnée.

Vous vous nommez MEYER, du nom de votre père, Henri MEYER, qui vous a reconnu après son mariage avec votre maman, Anne-Marie GREBIL. Vous aviez huit ans. Pourtant, il semblerait qu'il ne soit pas votre père biologique, celui qui vous a conçu. Et effectivement ! A votre naissance, si j'en crois les tables décennales de l'état-civil, vous prenez le nom de votre mère. Vous vous appeliez alors Isidore GREBIL. En réalité, d'après ce que l'on dit, votre père putatif serait Isidore STEBE (je comprends d'ailleurs maintenant d'où vient votre prénom).

Isidore, si c'est moi qui vous l'apprends, alors j'en suis terriblement confus...

Lui comme Henri MEYER étaient tailleur de cristal et vivaient à Montbronn. D'ailleurs, vous resterez sur les pas de vos pères en choisissant ce même métier.

Le pays de Bitche avait vu au XVè et XVIè le développement de cristalleries et de verreries notamment à Saint-Louis-lès-Bitche ou Meisenthal. Et pour cause : la région présente tous les ingrédients pour créer un cristal de qualité : des forêts pour chauffer et du sable comme matière première. Dès lors, de nombreuses familles avaient quitté leurs fermes pour y travailler.

Je découvre alors les métiers de la cristallerie ainsi que votre occupation. Dans la manufacture, vous vous placiez à la suite des souffleurs de verre. Lorsque les pièces sortaient du four, et après les avoir poli une première fois, vous réalisiez les décors en utilisant des meules diamantées.Une fois la taille définitive effectuée, vous réalisiez un second polissage qui devait donner tout son éclat au cristal ou au verre. C'est là un travail qui demande une grande minutie et un savoir-faire irréprochable!

Je ne sais dans quelle cristallerie vous travailliez. Était-ce à Saint-Louis comme d'autres Montbronnois ? 

La cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche peinte par Édouard Pingret en 1836 (Wikipedia, domaine public)

Isidore, en écrivant cette lettre, je ressens l'envie d'en savoir plus sur vous, votre histoire, vos origines, votre métier. Il me faut maintenant préparer mes prochaines recherches qui seront, sans nul doute, passionnantes !

Dans l'espoir de vous retrouver bientôt dans mes "déambulations archivistiques", je vous prie de recevoir, Isidore, toute l'affection de votre arrière-arrière-petit-fils.


Sébastien

vendredi 9 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre H écrite à Hubert WALENTIN

Jour 8, lettre H du #ChallengeAZ2018.Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 


Pour celles et ceux qui suivent mon blog, vous connaissez sans doute Hubert WALENTIN. Il fait partie des ancêtres pour qui j'ai un attachement particulier. Vous comprendrez pourquoi en lisant les lignes qui suivent. Il m'était donc impossible de participer à ce ChallengeAZ sans lui écrire une lettre. C'est donc chose faite aujourd'hui, avec la lettre H.

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Vendredi 9 novembre 2018,


Mon cher Hubert,

Je vous écris comme si j'écrivais à un parent proche. Pourtant six générations nous séparent.

Hubert, je vous connais assez bien car j'ai retrouvé de nombreuses informations sur vous. Certes, les recherches n'ont pas été évidentes car les petits cailloux que vous aviez semés étaient bien cachés.

L’évènement qui m'a donné le plus de fil a retordre était sans nul doute votre date et lieu de décès. En fait, je n'avais rien, aucune piste, aucun acte de décès, aucune déclaration de succession... Rien. Même le cimetière de Vry ne pouvait me porter secours, puisque seule votre épouse y est enterrée.

Pourtant, en généalogie, il ne faut jamais désespérer car tout vient à point à qui sait attendre. On peut appeler cela chance ou sérendipité. Quoi qu'il en soit, c'est par hasard que je retrouve la trace du décès d'un certain Hubert VALENTIN, mort en mars 1873 à Laxou, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Est-ce un homonyme ?

Rapidement, je tombe sur l'acte de décès correspondant. Non. C'est bien vous.

Hubert, la partie de cache-cache est terminée ! Je vous ai retrouvé.

Retrouvé oui, mais dans quel état ?

L'acte signale que vous êtes décédé à l'hôpital de Maréville. Je sursaute, mon cœur bat un peu plus fort... Maréville ? Mais c'est un hôpital d'aliéné...  autrement dit, un asile de "fous".

En quelques instants, je passe de la joie à la peine. Ces sentiments que l'on a lorsque l'on apprend le retour d'un parent disparu, mais qui revient malade ou blessé.

Je ne veux pas en rester là. Je veux comprendre. Je m'obstine alors à chercher dans toutes les directions, suivre toutes les pistes possibles. Grâce à l'entraide, le cercle généalogique de la Meurthe-et-Moselle retrouve, non sans difficulté, votre dossier d'hospitalisation.

Hubert, vous déliriez.

Les notes du médecin général sont claires et sans appel: "Entré dans mon service le 14 de ce mois courant [novembre 1869] pour cause de folie caractérisée par des idées de grandeur, le nommé Valentin Jean Jacques Hubert continue à prétendre qu'il tient de Jésus-Christ, avec qui il aurait cheminé pendant plusieurs lieux, un grand pouvoir médical ".


Dortoir à Maréville (http://pboyer.fr/nancy-hier/)


Je ne sais quoi penser. La principale question qui me vient à l'esprit est "Pourquoi?".

Que vous est-il arrivé ? Pourquoi et comment cela s'est-t'il produit ? Comment votre famille, votre épouse, vos enfants ont-ils vécu ces moments ? Je pense que je n'aurai jamais de réponses à mes interrogations.

Au début de l'année 1873, malade et amaigri, votre état dégénère. Vous partez le 2 mars 1873.


Hubert, je me laisse à croire que vous n'étiez finalement pas si "fou" que cela. Peut-être étiez-vous tout simplement incompris ?

Je garde en tout cas un immense respect pour vous ainsi qu'à tous mes aïeux, quel que soit leurs conditions, leurs actes ou leurs maladies.

Veuillez recevoir, mon cher Hubert, toute l'affection de votre descendant.



Sébastien

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Depuis cette découverte, je nomme affectueusement Hubert "mon fou". Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la lecture, vous pouvez lire notre rencontre que j'ai imaginée dans le cadre d'un #RDVAncestral.

jeudi 8 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre G écrite à ma Grand-Mère, Mamie

Au septième jour, le #ChallengeAZ2018 dure toujours !

J'ai souhaité aujourd'hui écrire quelques mots à ma grand-mère maternelle, ma Mamie, malheureusement disparue. Il y a d'abord les bons moments ainsi que tous ces petites choses qui font renaître en moi des souvenirs vagues et émus. Et puis il y a eu des moments plus difficiles liés à la maladie et la perte d'un être cher. 


***

Jeudi 8 novembre 2018,

Mamie,

Cela fait maintenant 18 ans que tu nous as quitté, par un triste matin d'avril 2000. Je me souviens de ce jour et des derniers moments de ta vie. Tu étais alitée, tu ne mangeais plus, tu ne bougeais plus, tu ne nous reconnaissais quasiment plus. Alzheimer... quelle sordide maladie !

A quoi bon se ressasser des instants douloureux ? Mamie, ce que je veux retenir de toi ce sont les bons moments, je voudrais me souvenir des belles choses...

Tu es venue au monde un jour de décembre 1926 à Luttange, en Moselle. Pourtant, tu es née italienne car ton père, Baptiste, était natif de Tavernerio près de Como.

C'est après la guerre que tu rencontres, lors du mariage d'une cousine, un jeune homme de 23 ans. Entre lui et toi, c'est le coup de foudre. En 1947, vous vous mariez. Vous vous aimerez alors d'un amour fou, d'un amour tendre. Tous diront qu'il était le mari idéal et toi, tu l'aimais.

De cet amour, naîtront quatre enfants, dont Maman. De belles années, de très belles années. Et puis il y eut la maladie de Papi. Des séquelles de la guerre a priori, rongé par les médicaments.

En juin 1981, il est hospitalisé. A ce moment, j'étais un petit être bien au chaud dans le ventre de ma maman, prêt à sortir et à découvrir le monde. "Tu crois que je verrai mon petit-fils ?" demandait-il à sa sœur.

Je suis né le 22, il est parti le 26, sans m'avoir vu. J'ai la gorge nouée en écrivant ces mots.

Ma chère Mamie, ce moment a été terrible pour toi. Un drame. Un déchirement. Tu ne t'en es jamais vraiment remise. 

Après, il y a mes propres souvenirs. Petit, tu me prenais sur tes genoux en chantant "Ah cheval sur mon papa...". Je me souviens encore des goûters, de l'odeur du café, de la couleur des tasses. Je vois encore cette boîte à sucres rose. Tu vas sans doute rire de là-haut, mais tu vois mamie, cette boîte, je l'ai gardé précieusement...



Et puis tu es tombée malade. Tes propres souvenirs disparaissaient, petit à petit, et avec eux, c'était des morceaux de ta vie qui partaient. Je venais te voir. J'avais 17 ou 18 ans. Tout de même, on a autre chose à faire à 18 ans que d'aller voir sa grand-mère malade ! Peut-être. Mais je préférais venir pour te "garder". C'est terrible d'écrire ça, ça me fait mal. Mais tu étais redevenue une enfant.

Alors les après-midi de ma jeune vie d'adulte, je venais m'assoir à côté de toi et je te tenais la main. Et quand, dans un moment de lucidité, tu te tournais vers moi et tu me disais avec un sourire "Ah ! mais c'est toi ?", alors, je me disais que ça valait la peine de passer ces petits bouts de temps ensemble.

Mamie, je ne te l'ai jamais dit, mais je t'aime de ton mon cœur.


Ton petit-fils, Sébastien

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Vous retrouverez dans quelques jours une lettre que j'ai écrite à ma grand-mère paternelle, ma Mémé.

En complément, je vous invite à lire un article qui m'a vraiment touché au début du ChallengeAZ. C'est celui de Laventuregénéalogique qui a souhaité, elle-aussi, rendre hommage à sa grand-mère disparue en 2009. C'est poignant.

mercredi 7 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre F écrite à Florian DEHLINGER, meunier

Sixième  jour du #ChallengeAZ 2018 et toujours la même motivation ! Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

La lettre d'aujourd'hui est destinée à Florian DEHLINGER (1786-1847), ancêtre de ma lignée patronymique et meunier de son état. Justement, c'est à ce propos que j'ai souhaité l'interroger. N'ayant que peu d'informations sur sa vie, ma missive esquisse, au travers de mes questionnements, mon futur plan de recherches pour les mois à venir!  :)

(Concernant les moulins, je vous invite les contributions de Sylvie et Raymond Deborde qui abordent, dans le cadre du #ChallengeAZ, la vie de leurs ancêtres meuniers).



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 Mercredi 7 novembre 2018,

Florian, 

Je me trouve assis dans mon fauteuil à écrire à un ancêtre dont je ne sais finalement que peu de choses. Bien évidemment, je connais votre date de naissance ainsi que celle de votre mariage, mais cela ne fait pas une biographie digne de ce nom. 

Vous êtes né en mai 1786 dans le village de Kalhausen, dans l’ancien baillage de Bitche. Votre père était laboureur et vous étiez destiné à suivre les pas de votre père. Pourtant, après votre mariage en 1815 avec Anne-Marie Lang, vous achetez près de 15 ans plus tard le moulin de la Gallenmühle. Vous vous installez avec votre famille et devenez alors meunier. 

J’avoue n’avoir aucune idée sur les motivations qui vous ont conduit à quitter votre vie de laboureur pour celui de meunier. Était-ce là une opportunité à saisir ? Un choix contraint lié à des difficultés financières ? Difficile à croire, puisque vous achetez l’ensemble des bâtiments et, a priori, des terres. Je dis « a priori » car je n’en ai aucune certitude. Il me manque tellement d’informations ! Certes, je peux espérer votre réponse... mais je crains devoir attendre longtemps...

Il me reste néanmoins les documents anciens, qui ont été préservés aux archives du département de la Moselle. En premier lieu, et en toute logique, je devrais pouvoir retrouver une déclaration de succession. Et oui Florian, je n’oublie pas en écrivant ces lignes que vous êtes décédés depuis 1847 ! Sauf que malheureusement, les registres d’avant 1850 ont brûlé ! 

Quoi qu’il en soit, un généalogiste et chercheur d’histoires familiales a toujours d’autres idées de sources complémentaires. Votre fils, Florian, a occupé le moulin jusqu’en 1854, date à laquelle il l’a vendu à Jean Thumser de la Guerstenmühl à Rahling. Je pense pouvoir retrouver l’acte de vente grâce aux tables du même nom et retrouver, je l’espère, le notaire qui traitait les affaires de famille. Sans doute s’agissait-il d’un des deux notaires de Rohrbach-Lès-Bitche ? Malheureusement, les actes d’avant 1850 ont également disparu, brûlés en 1944 pendant une terrible guerre… Me voilà bien avancé ! 

Bon, je ne désespère pas que vous répondiez un jour, car tout irait plus vite ! 

Il me reste à consulter la matrice cadastrale qui me donnera au moins des informations sur vos propriétés. 

Le métier de meunier m’est également inconnu. Je vous le promets, je vais me documenter un peu plus pour comprendre votre quotidien. 

Florian, ne soyez pas fâché, mais je n’ai que très peu travaillé sur ma branche paternelle. C’est d’autant plus dommage que vous faites partie de ma lignée patronymique, celle qui m’a donné mon nom de famille (à la différence près que le H a été remplacé par un L à la naissance de mon grand-père…). 

En vous écrivant, j’ai pu bâtir mon futur projet de recherche et, d’une certaine manière, je vous en remercie. 

Dans l’attente de vous rencontrer au fil de mes explorations, je vous prie de recevoir, mon cher Florian, les salutations de votre arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils. 


Sébastien 


Source :
Joël BECK, 1999. Moulins : huileries, tailleries, scieries du pays de Bitche. Ed. Pierron, Sarreguemine.

Plan du déversoir du moulin de Gallenmühle (Joël BECK, 1999)

mardi 6 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre E écrite à un Evadé, Jacques REGULIER

Nous voici au cinquième jour du #ChallengeAZ 2018. A ce propos, je vous conseille vivement de lire l'ensemble des contributions des participants car elles sont toutes de qualité ! Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

La lettre d'aujourd'hui est destinée au père de Jacques REGULIER, époux de Catherine VALENTIN (sosa 481). Prénommé également Jacques, il est originaire de Cossé-le-Vivien (Mayenne) et a vécu une grande partie de sa vie dans la baronnie de Craon. Il est très probable que Jacques REGULIER (fils) est le père de mon aïeul, Louis-Joseph WALENTIN (sosa 240)...

Dans cette lettre, j'ai souhaité interroger Jacques REGULIER-père sur un sombre épisode de sa vie, puisqu'il a été emprisonné à la prison de Craon en 1767 avant de s'en échapper quelques semaines plus tard...



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Mardi 6 novembre 2018


Sieur Régulier, Jacques,


Je me nomme Sébastien et je suis un lointain descendant de Catherine VALENTIN qui avait épousé en 1791 votre fils, Jacques. Ma lettre vous surprendra sans doute car n'avons a priori aucun lien familial (ceci reste néanmoins à démontrer car il semblerait que votre fils soit le père de mon ancêtre, mais ceci est une autre histoire!).

Ma curiosité m'a poussé à rechercher des informations sur votre famille et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver des traces d'une évasion d'un certain Jacques REGULIER à Craon ? J'ai rapidement fait le lien avec vous....  Les faits sont là, vous ne pouvez pas le cacher !

Donc cette histoire m'a intéressé et, disons-le, amusé, car, avouez-le, le récit de votre évasion est assez rocambolesque !

Tout commence le 18 septembre 1767. Suite à la requête du procureur fiscal de Craon, Jean GUION, sergent, et Jacques QUENFOIN, huissier de police, sont venus à votre demeure située au village de la Gaullerie, en la paroisse d'Athée pour vous arrêter et vous conduire la prison de Craon. J'avoue ne pas avoir trouvé les motifs de votre arrestation. On parle de divers crimes...

La prison de Craon était à cette époque située dans une tour près de la porte St-Pierre comme localisé sur le plan ci-dessous. J'espère ne pas me tromper.


Plan extrait de Bodard de la Jacopière, 1872. Chroniques Craonnaises. Deuxième édition. Le Mans.  750p


Quoi qu'il en soit, vous êtes bien décidé à ne pas rester cloitré dans votre cellule.

Savez-vous que l'ensemble des archives judiciaires sont désormais librement accessibles ? Et oui Jacques, votre évasion n'a aujourd'hui plus de secrets pour quiconque ! J'ai ainsi pu lire les procès-verbaux constatant votre "exploit" et à leur lecture, j'avoue avoir suivi cette histoire comme un roman !

Ainsi, après plusieurs semaines de détention, vous aviez la ferme intention de vous échapper. Sans doute avec l'aide de votre femme avec qui vous échangiez régulièrement par la fenêtre de votre cachot, vous avez monté un plan de fuite (certaines mauvaises langues diront qu'elle proférait des insultes aux passants qui tentaient d'écouter vos conversations... !).

Puis, le soir du 21 octobre, tout est prêt. Cette date n'a pas été choisie par hasard, car il s'agissait d'une nuit de nouvelle lune : des conditions optimales pour ne pas être vu !

Le soir avance. Vous attendez que la famille de votre geôlier s'endorme. Sans bruit, grâce à un outil de fortune, vous arrivez à vous défaire de vos menottes et des boucles qui vous tenez les pieds. Doucement, vous posez le tout sur le bord de la fenêtre de votre cachot.

Une fois les mains libres, vous vous approchez du trou des latrines qui communique avec la rue. Consciencieusement (mais rapidement), une par une, vous sortez les pierres que vous aviez pris le temps de desceller les jours et semaines précédentes. Le trou s'agrandit. Vous pouvez passer.

La suite de votre évasion est digne des meilleurs romans. Nous nouez plusieurs draps pour former une corde de fortune assez solide et assez longue pour descendre en bas, dans la rue. Il est deux heures du matin.

En contrebas, une personne est là, avec une monture. Dans cette nuit sombre, nul n'aurait pu deviner qui vous attendez. Une fois descendu, vous montez rapidement à cheval et vous partez au galop en passant pas la porte de Château-Gontier. Seule une personne vous reconnaîtra.

Jacques, qui vous attendez ce soir là ? Étais-ce votre épouse ? Votre fils ?

Si vous me le permettez, j'ai encore une dernière interrogation. J'ai perdu toute trace de vous après votre évasion de la prison de Craon. Je ne sais pas si vous avez été retrouvé, emprisonné, exécuté ou si vous avez vécu le reste de votre vie en cavale... Enfin si, je n'ai qu'un seul indice et ne sais trop comment l'interpréter. Lors du second mariage de votre plus jeune fils, Jacques (décidément, vous manquiez d'imagination) avec Madeleine PERAULT en 1823 à Angers, vous êtes cités comme "décédé dans les isles sans savoir l’époque de son décès ". S'agissait-il de la condamnation donnée suite à votre capture ?

Jacques, malgré vos condamnations et divers crimes, j'ai une affection particulière pour votre histoire... Sans doute est-ce lié au temps qui est passé et qui a effacé toute trace de vos méfaits.

En tout cas, veuillez recevoir, Sieur REGULIER, Jacques, les salutations d'un possible descendant.



Sébastien