samedi 16 juin 2018

#RDVAncestral - Catherine VALENTIN, un rendez-vous manqué...

Comme chaque troisième samedi du mois, Guillaume Chaix et toute l’équipe du #RDVAncestral nous proposent de partir à la rencontre de nos ancêtres. Pour ce nouvel épisode, j'avais décidé de m'entretenir à nouveau avec Catherine VALENTIN, mon aïeule rencontrée il y a deux mois...



Les recherches généalogiques ne sont pas aisées pour celui qui habite loin de sa région d'origine et les occasions d'aller aux archives départementales sont rares. En ce mois de juin 2018, je profite d'un passage en Lorraine pour me rendre aux archives départementales de la Moselle. Sans idée précise, j'avais en tête de consulter les archives du Notaire des Étangs, commune où Catherine Valentin avait vécu les dernières années de sa vie. Ne sait-on jamais au hasard d'un acte, Catherine ou sa famille y sont peut-être mentionnés ? Je commande le document : 407U1.

Après un petit temps d'attente, assis sur ma chaise, j'entends le bruit si caractéristique du chariot, annonciateur de l'arrivée des documents en salle de lecture. Je récupère la liasse de feuillets placés dans une pochette en carton, puis je dépouille les actes un par un. Ah, que j'aime ces odeurs de vieux papiers !


1806, 1807, 1808... les années défilent sous mes yeux sans m'apporter le moindre acte intéressant pour mes recherches. Je commence quelque peu à me lasser lorsque mes yeux s'arrêtent sur des noms familiers. Sur un papier jauni et taché par le temps, je déchiffre très distinctement les noms de Catherine Valentin et de Jacques Régulier : un inventaire après décès.

Inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1)


Imaginez mon excitation et ma joie à la découverte de cet acte qui symbolise à lui-seul l'épilogue de mes longues recherches sur mon aïeule. Je me pose alors un instant et ferme mes yeux pour me préparer à déchiffrer l'acte dont certaines parties sont peu lisibles.

A cet instant, je sens une main me taper sur mon épaule. Une voix d'homme m'interpelle : "Vous arrivez trop tard". Je sursaute et me retourne.

Bien loin de la salle de lecture, je me trouve désormais dans une vieille maison. La pièce dans laquelle je me tiens est relativement sombre malgré la fenêtre ouverte sur l'extérieur. Humide et frais, cet endroit me semble inanimé, véritablement sans âme. Il faut dire que cette "chambre" semble avoir été vidée de ses meubles : une pendule, un miroir, un seau et un tonneau, deux chaises en paille, un coffre en bois et dans le coin un tas de pommes de terre. C'est à peu près tout. Sans nul doute, je suis de retour dans le passé pour un nouveau rendez-vous ancestral.


Devant moi, se tient un homme âgé d'une bonne quarantaine d'années. Curieux, je suis décidé à connaître son identité et les circonstances de mon RDVAncestral. Je décide donc de l’interroger:
"- Trop tard ? Pourquoi ?
- Les funérailles de Catherine Valentin ont eut lieu ce matin. Vous ne la verrez plus."
Ces mots me transpercent le cœur. Même si je sais pertinemment que Catherine est décédée un jour de septembre 1809, l'annonce de sa mort par un de ses contemporains me bouleverse et m'emplit de chagrin. La gorge serrée, je sens les larmes monter. Et pour cause. En travaillant depuis plusieurs mois sur sa vie, je me suis réellement attaché à Catherine : sa vie, ses douleurs, ses joies et ses peines. Plus que le sosa 481 de ma généalogie, elle est devenue un membre à part entière de ma famille.

Voyant une larme couler sur ma joue, l'homme pose sa main sur mon épaule en essayant de trouver un mot de réconfort :
"- Je comprends votre peine, sans doute l'avez-vous bien connu pour être si triste. Mais... excusez-moi... je ne me suis pas présenté. Je suis Nicolas Bérard, son beau-frère, marié avec sa sœur Marie Valentin.
- Heureux de faire votre connaissance Nicolas, je m'appelle Sébastien et je suis un membre éloigné de la famille Valentin."
Nicolas Bérard habite dans le village de Pontigny, situé non loin de la commune des Étangs où nous nous trouvons. Lui et sa femme sont restés très proches de Catherine et de ses enfants. En effet, après le divorce de Catherine d'avec Jacques Régulier pour cause d'émigration, Nicolas et Marie les ont accueillis pendant plusieurs années.



Remis de mes émotions, je continue notre discussion en le questionnant sur les causes de la mort de Catherine :
"- Catherine et Jacques (Régulier) étaient bien malades depuis plusieurs semaines. Ils étaient très faibles et la viande qu'ils devaient manger n'a été d'aucun effet. En une semaine, ils sont partis tous les deux. De toute manière, ils devaient partir ensemble...  Ce qui me chagrine le plus, c'est que Louis Joseph, son fils, est parti depuis plus d'un an maintenant au service de l'armée de l'Empereur. Il ne sait pas encore que ses parents sont morts !
- Ses parents dites-vous ? Mais Louis-Joseph n'est-il pas né de père inconnu ?
Ma question semble gêner Nicolas qui me répond tout de même après un moment d'hésitation :
- Dans l'état-civil oui. Après, vous savez ce que c'est... Jacques Régulier était un vrai père pour Louis-Joseph. Je ne peux vous le garantir, mais on dit que c'est son père. Catherine et Jacques, c'est une longue histoire, malheureusement très tourmentée.

Je suis stupéfait par cette nouvelle : Jacques Régulier serait-il donc le père biologique de Louis-Joseph Valentin ? Aucune certitude certes, mais cette hypothèse est relancée. Étrangement, Nicolas semble vouloir se confier et il poursuit :
- La vie de Catherine a été particulière... jusqu'au bout. Vous saviez que Catherine s'était remariée avec le maçon de Courcelles, Nicolas Gasner ? Même s'ils ont eu une fille, c'était je pense un mariage de façade. Dès le retour définitif de Jacques Régulier d'émigration, Catherine l'a retrouvé et ils se sont installés ensemble ici, aux Étangs. Ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre. Ils ont trouvé cette maison qu'ils ont loué à Simon Michaux. Jacques a pris le métier de boulanger. Malheureusement, la vie a été difficile pour eux. A plusieurs reprises ils ont du procéder à la vente de meubles pour pouvoir subvenir à leurs besoins. 

Cette description de la vie de Catherine m'attriste beaucoup. Que de tourments et de peines pour elle et sa famille ! Nicolas perçoit ma tristesse et essaie alors de me réconforter :
- Vous savez, malgré toutes ces séparations et ces épisodes douloureux, leurs enfants sont restés soudés. Je suis persuadé qu'ils resteront en contact et se soutiendront. En tout cas, j'y veillerai."
A ces mots, Nicolas m'invite à sortir de la maison et ferme la porte car les scellés doivent y être apposés. Dans une dernière accolade, nous nous saluons.

Après quelques instants, je sens une main qui me tape sur mon épaule. Un homme m'interpelle : "Monsieur, monsieur, vous dormez ?". J'ouvre les yeux. Je suis à nouveau assis dans la salle de lecture des archives départementales de la Moselle, devant l'acte d'inventaire après décès du 6 novembre 1809...

jeudi 31 mai 2018

#Généathème - Hommage à mon papi, malgré-nous de 1942 à 1945

Pour ce Généathème du mois de mai, Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres nous propose, entre autre, de nous plonger dans le parcours d’un membre de notre famille durant la seconde guerre mondiale. Je souhaite, au travers de cet article, rendre hommage à mon grand-père maternel, Pierre HOURTE, qui, comme son père, a été enrôlé pour combattre en uniforme allemand, bien malgré-lui…

Ce texte est une version corrigée et augmentée d’un texte que j’avais écrit en 2013. 

Papi,

Pierre HOURTE, en malgré-nous
Tu vois le jour le 23 octobre 1923 dans le village de Vinsberg. Cela fait maintenant quelques petites années que la Moselle a réintégré la France, non sans difficultés. Tes parents, Pierre et Céline découvrent la vie française. Nés allemands en 1897, ils ont cependant reçus une éducation « à la française ».

A l’âge de 3 ans, ta chère maman trouve le repos éternel, partie trop tôt, à l’âge de 29 ans… Ton père en est très attristé, mais quelques mois plus tard, il rencontre Clémence, qui s’occupera de toi comme de son propre fils. Au moins, tu n’auras pas manqué d’amour, avec ta sœur et ton frère qui naîtront de ce mariage.

Au début des années 1930, toute la famille quitte Vinsberg pour s’installer à Marange-Silvange. La vie de la ferme devenait difficile et l’appel des usines qui cherchaient de la main d’œuvre avait décidé ton père à entrer comme ouvrier dans l’usine d’Hagondange.

1939, la guerre éclate. Tu as presque 16 ans. C’est d'abord la drôle de guerre, rien ne se passe vraiment ; et puis, en mai 1940, les soldats allemands envahissent la France. La Moselle et l'Alsace revivent les moments terribles de 1871 et sont intégrées au Reich... Malgré-toi, tu deviens allemand.

En 1942, tu as 19 ans. La guerre perdure. La police allemande t'as arrêté sans ménage car elle te soupçonne de sabotage à l'usine où tu travailles. Tu pars dans un camp de prisonniers.

Quelques mois plus tard, comme tous les jeunes de ton âge, tu es contraint de prendre l'uniforme allemand, le Feldgrau. Tu entres dans la Wehrmacht. Après trois mois de formation, tu pars ensuite à Allenstein (dans l’actuelle Pologne) au sein du 11ème Bataillon de Réserve d’Artillerie.

En mai 1943, tu es en permission à Marange, chez tes parents. Au moment de partir, tu as une petite altercation avec une jeune fille de la commune qui fait partie de la Bund Deutscher Mädel (Version féminine de la Jeunesse Hitlérienne). Celle-ci t’as sans doute dénoncé car ta famille n’auras plus de nouvelles de ta part pendant plus d’un an.

Après ton retour à Allenstein, tu es hospitalisé, ce qui retardera ton arrivée sur le front.

En octobre 1943, tu entres dans la 5ème Batterie du 11ème Régiment d’Artillerie qui combat sur le front de l’Est. C’est la destination la plus commune pour les Alsaciens et Mosellans qui ont été incorporés de force dans la Wehrmacht, ceci pour éviter toute tentation de fuite.

23 octobre 1943... Voilà un bien triste anniversaire. Le jour de tes 20 ans, tu arrives sur le front, non loin de Leningrad. Devant toi, il n'y a plus aucun arbre, seulement la désolation, la boue, des cratères et des cadavres. Sur un tronc, tu aperçois une main arrachée par un obus… A 20 ans, on ne mérite pas de voir ces choses-là… Les seuls mots qui te viennent sont "Oh maman...".

Tu vis ensuite l'horreur de la guerre et tu n'as jamais vraiment voulu en parler. Tu participes ensuite à différents combats : Narwa, Pernau, Riga... Toutes ces informations, je les tiens des archives de Berlin.

La Bataille de Narwa (Wikipedia)
En février 45, après une longue retraite vers l’actuelle Lettonie, tu es blessé pendant la bataille de Kurland. C’est un soldat allemand qui te sauvera, toi, Alsacien-Mosellan. Tu lui en seras reconnaissant toute ta vie.

Pendant un moment, tu es resté paralysé. Tu es ensuite envoyé à l'hôpital à Regensburg (Ratisbonne). La blessure étant sévère, tu y reste pendant le restant de la guerre. Lorsque l'on connait le sort des soldats allemands qui ont combattu à Kurland, je crois que cette blessure, aussi douloureuse soit-elle, t'a sauvé la vie...

Mai 1945, tu es libéré de l'hôpital. Après avoir récupéré quelques habits civils, tu prends la route pour rejoindre la Moselle. Le 24 mai 1945, une hirondelle entre dans la chambre de ta sœur. Elle est annonciatrice d’une bonne nouvelle : ton retour.

Certes, tu reviens blessé, amaigri, mais tu es redevenu français, et surtout libre. 

Je n'ai malheureusement pas connu mon papi, car il nous a quitté quelques jours après ma naissance. Les blessures de la guerre et les traitements contre ses maux l'ont rendu malade. J'espère en tout cas qu'aujourd'hui, il repose en paix, loin des tourments de cette triste période.

samedi 19 mai 2018

#RDVAncestral - Déambulation anachronique avec Hubert WALENTIN

Comme chaque troisième samedi du mois, Guillaume Chaix et toute l’équipe du #RDVAncestral nous proposent de partir à la rencontre de nos ancêtres. Le mois dernier, j'ai enfin pu faire connaissance avec Catherine VALENTIN, mon aïeule dont j'ai conté l'histoire dans mon #Projet3Mois. Pourtant, alors que je quittais sa maison, quelle ne fut pas ma surprise de tomber nez-à-nez avec Hubert WALENTIN...

Village de Lüe, commune de Hayes

Nous sommes aujourd'hui le 10 Ventôse de l'an 4 de la république française, soit le 29 février 1796. Je sors d'un #RDVAncestral avec Catherine VALENTIN, et voilà que je me retrouve nez à nez avec Hubert... son petit-fils, né 24 ans plus tard. Je suis complètement déboussolé.

Que se passe t'il ? La machine à voyager dans le temps s'est-elle détraquée ? Quoi qu'il en soit, les mots d'Hubert se répètent inlassablement dans ma tête. "Je vous avais dit que l'on se reverrait un jour !".  Effectivement, c'est bel et bien la promesse qu'il m'avait faite lors de notre rencontre à l'asile de Maréville. Je me perds dans mes pensées lorsque Hubert m'interpelle à nouveau :
"-Eh ! Sébastien ! Vous rêvez ?
- Excusez-moi Hubert, mais avouez que votre présence ici est quelque peu... anachronique !
- Et la vôtre mon cher ami ?"

Sur ce point il n'a pas tort. Nous quittons le seuil de la maison de Catherine et nous entamons une marche sur le chemin qui conduit vers le village de Hayes. C'est Hubert qui reprend la discussion.
"- Voyez-vous, je suis un peu comme vous, je suis un curieux de nature. Je souhaitais rencontrer ma grand-mère, Catherine car il y a beaucoup d'histoires et de rumeurs à son sujet...
- Je comprends. Vous savez Hubert, son histoire me tient à cœur également. J'ai réalisé beaucoup de recherches sur sa vie et elle concentre la plupart de mes épines généalogiques.
- Épines généalogiques vous dites ?
- Oui, c'est à dire des blocages et des questions sans réponse."
Au fur et à mesure de la discussion, je comprends qu'Hubert connait très peu de chose sur Catherine, et sans doute beaucoup moins que moi. Il me pose alors des questions sur les résultats de mes recherches, sur la vie de Catherine, ses mariages, son divorce, le contexte historique...
"- Et dans toutes vos enquêtes Sébastien, avez-vous retrouvé l'identité du père de mon père* ?
- Tout ceci est une autre histoire. J'ai quelques indices, mais aucune certitude.
- Mon père n'a jamais voulu en parler. Ma mère me disait que c'était un secret de famille et qu'il n'était jamais bon de vouloir rechercher la vérité.
- Sans doute disait-elle vraie. Pourtant, un secret de famille doit-il être enfoui à jamais ? Je ne crois pas... d'autant plus lorsque ce secret ne peut plus donner tort à quiconque.
- Effectivement Sébastien...Mais n'avez-vous pas peur de faire ressortir des vérités qui peuvent déranger ? Avouez que mon cas est dérangeant, n'est-ce pas ?
- Vous savez Hubert, je le fais avec respect, compréhension, indulgence et surtout sans aucun jugement. Qui suis-je d'ailleurs pour juger ?"


Nous continuons à avancer en silence sur le chemin de terre dont la boue est figée par le froid. Déjà au loin, nous apercevons le clocher de l'église du village de Hayes.


Certes, cinq générations nous séparent, mais nous marchons tous deux... comme deux amis qui se connaissent de longue date. La surprise et l'étonnement ont cédés la place à la joie. Je suis heureux de ce moment et de cette déambulation avec Hubert, lui que l'on qualifie de fou ou d'aliéné. Je repense alors à notre premier #RDVAncestral : l'asile, l'infirmière, le médecin... Et si finalement Hubert racontait la vérité ? Est-il un voyageur du temps ? A t'il vraiment rencontré le Christ comme il le prétend ? Voilà que mon esprit s'embrouille à nouveau... Je devrais profiter de cet instant plutôt que de me poser des questions. C'est finalement le hennissement d'un cheval qui me fait sortir de mes pensées.

Une charrette vient dans notre direction. Je reconnais alors Bernard VALENTIN, le père de Catherine, qui revient du village de Hayes où il a déclaré la naissance de son petit-fils, à la maison commune.
"- Vous voilà encore ? Laissez-nous passer, nous devons nous hâter car l'enfant est de petite constitution."
Toujours aussi peu aimable me dis-je... Pourtant, il a raison de se soucier de la santé du nouveau-né car celui-ci s'éteindra malheureusement deux semaines plus tard...

C'est la tombée de la nuit qui aura raison de notre déambulation. Je salue Hubert en le remerciant de ce moment passé en sa compagnie : "Nous nous reverrons Sébastien, n'ayez crainte !". Après une dernière accolade, nous retournons chacun dans notre époque d'origine, lui en 1869, moi en 2018...

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* Le père d'Hubert est Louis-Joseph WALENTIN, fils de Catherine. Il est né de père inconnu et malheureusement, je n'ai pas pour l'instant assez d'indice pour retrouver le père biologique (cf un précédent Article).

samedi 21 avril 2018

#RDVAncestral - Ma rencontre avec Catherine VALENTIN

Comme chaque troisième samedi du mois, Guillaume Chaix et toute l’équipe du #RDVAncestral nous proposent de partir à la rencontre de nos ancêtres. Depuis plusieurs semaines, mon souhait le plus cher était de partager quelques instant avec Catherine Valentin, mon aïeule dont j'ai conté l'histoire dans mon dernier #Projet3Mois. Après un rendez-vous manqué le mois dernier, j'étais bien décidé à ne pas manquer le coche...


Assis devant mon ordinateur, je prends une grande respiration et je ferme les yeux. Mon esprit vacille. Après quelques instants, mon voyage temporel me transporte dans un lieu que je ne reconnais pas encore. Il fait froid. Je rouvre les yeux.

Le paysage que je contemple me semble d'abord froid et hostile; sans doute les températures glaciales et les arbres nus y sont pour quelque chose. Le vent souffle et me glace les os malgré l'épais manteau de laine que je porte. Que suis-je venu faire ici ?

Mes doutes sont bien vite balayés lorsque, en me retournant, j’aperçois un village de quelques maisons avec en son milieu, un petit château entouré d'un jardin et de bassins. Mon cœur s'emplit de joie. Devant moi, se dresse fièrement le château de Lüe, appartenant au Sieur François Louis Joseph JOBAL. Me voici prêt à rencontrer Catherine VALENTIN. Je repense alors à toutes mes recherches, mes questions, mes doutes...

Le Château de Lüe (Source : Communes.com)


Je suis tellement perdu dans mes pensées que je ne prête pas attention à une voiture à cheval qui vient dans ma direction, depuis le village. L'attelage s'arrête à ma hauteur et son conducteur, un homme d'une soixantaine d'année, m'interpelle :
"- Eh vous! Nous devons aller au village de Hayes pour déclarer la naissance d'un enfant. Ecartez-vous de notre chemin !"
Son ton directif me décontenance quelque peu et je m'écarte aussitôt pour le laisser passer... Je ne souhaite pas avoir d'ennui ! Le chariot passe devant moi et j'entrevois à l'arrière une jeune femme qui serre dans ses bras un nourrisson emmailloté.

Remis de cette remontrance, j'interpelle cet homme pour lui demander s'il connait Catherine VALENTIN.

"- Catherine VALENTIN ? Que lui voulez-vous ? 
- Je suis un parent éloigné et je souhaite lui rendre visite. Savez-vous où je peux la trouver ?"
- De parenté vous dites ? Je ne vous connais pas. Je suis son père et l'enfant à l'arrière de mon chariot est son nouveau-né. "

L'homme qui se tient devant moi est donc Bernard VALENTIN et la jeune femme à l'arrière doit être sa fille, Marie. C'est la première fois que la rencontre avec un de mes aïeux se passe de manière si abrupte. Son caractère bien trempé et son autorité naturelle sont sans doute des qualités qui lui ont permis de devenir Garde des Bois. Soudain, pour je ne sais quelle raison, Bernard semble changer de position et me réponds d'une manière beaucoup moins directive:
"- Bon, effectivement, si vous êtes de la famille éloignée, je ne vous connais sans doute pas... Bon... Vous trouverez Catherine dans notre maison. Je vous demande juste de ne pas trop l'importuner car elle est encore fatiguée."
Bernard me montre la localisation de sa demeure puis reprends sa route. Sans plus attendre, je me dirige vers la maison. Le trajet n'est pas long et j'arrive rapidement sur le pas de la porte. Je frappe et une femme vient m'ouvrir. Je me présente en lui disant que j'avais vu Bernard VALENTIN en chemin. Elle me laisse entrer. Il doit s'agir de la sage-femme.

La chaleur de la maison contraste très nettement avec le froid à l'extérieur. Tout y est beaucoup plus doux. Une odeur de soupe se mêle aux senteurs du feu de bois. Catherine n'est pas seule à la maison. Outre la sage-femme, j'aperçois un homme attablé. Malgré mon arrivée, il ne bouge pas et reste assis devant la cheminée. Je trouve enfin Catherine, encore alitée dans un lit en alcôve. Je m'approche et me présente :

"- Bonjour Catherine, je suis très heureux de faire votre connaissance. Je suis Sébastien, un membre de la famille éloignée. Je viens prendre de vos nouvelles.
- Bonjour Sébastien. Je suis très heureuse également. On m'a prévenu de votre visite.

Je suis un peu surpris pas son propos, mais je n'y prête pas plus attention. Nous entamons la conversation et nous échangeons sur cette période troublée de la révolution.
- La révolution a bouleversé beaucoup de choses ici. Voyez-vous Sébastien, je me retrouve à présent divorcée. Je ne l'ai pas choisi. Mon mari, Jacques, a du suivre le Sieur Jobal. Certains ont dit à mon père que je risquais d'être emprisonnée si je restais mariée avec lui. Que faire alors ? J'ai du renoncer à beaucoup de choses...
- Mais votre fils, celui que vous avez mis au monde ce matin, qui est le père ? Jacques Régulier ?"
Catherine ne me répond pas. Elle esquisse seulement un sourire puis me demande de la laisser se reposer un peu. A ce moment, un homme entre dans la maison avec deux jeunes garçons qui courent embrasser leur mère. Je reconnais facilement le plus grand car la couleur rousse de ses cheveux "poil de carotte" correspondent à la description de Louis Joseph, fils de Catherine, également mon aïeul. Je suis ému par ce moment de tendresse entre une mère et ses deux fils. Je décide alors de prendre congé de mes hôtes.

Après avoir salué Catherine, je sors de la maison. A ce moment, l'homme qui était assis devant la cheminée se lève et me suit. Une fois à l'extérieur, je me retourne.

A cet instant, je sursaute. Les battements de mon cœur s'accélèrent. Ce visage, ce regard. Je connais cet homme. Devant mes yeux écarquillés et mon air hagard, il me salue :
"- Bonjour Sébastien, je suis heureux de vous revoir ! Je vous avais dit que l'on se reverrait un jour !"
C'est Hubert WALENTIN, mon aïeul que j'avais rencontré à l'asile de Maréville lors d'un précédent #RDVAncestral... Je suis sidéré. Pourtant, je ne suis qu'au début de mes surprises...

(la suite le mois prochain...)

vendredi 6 avril 2018

Mise en ligne de l’état-civil en Moselle : où en est-on ?

Les Archives Départementales de la Moselle ont entamé depuis 2011 la mise en ligne des registres paroissiaux, bien utiles pour les généalogistes qui ne peuvent se déplacer sur le site de Saint-Julien lès Metz. La collection n’est pourtant pas complète car il manque les registres que les communes n'ont pas déposés. En 2013, les tables décennales ont été mises en ligne sur la période 1792-1952, mais depuis, plus rien en ce qui concerne l’état-civil. Nous sommes aujourd’hui nombreux à nous interroger sur la prochaine mise en ligne de ces documents. 

Pour en savoir plus, j’ai questionné le service des Archives Départementales de la Moselle qui m’a aimablement répondu. Voici donc les dernières informations concernant les registres paroissiaux et l’Etat-Civil de la Moselle. 

 

Etat-civil : du nouveau pour fin 2018 !


Le problème de l’état-civil allemand (1876-1918)


Pour comprendre la situation, revenons à l’histoire récente de la Moselle. En 1871, le département est annexé par l’Empire allemand (tout comme les départements alsaciens). A partir de 1876, les règles de l’état-civil impérial s’appliquent et font apparaître sur les actes les mentions de la religion des intéressés. Or, selon l’article 8 de la Loi Informatique et Libertés, les informations religieuses constituent des données dites « sensibles ». Suite à la délibération n°2012-113 du 12 avril 2012 de la CNIL, les « données sensibles peuvent être accessible […] au-delà d'un délai de 150 ans ». Concrètement, cela signifie donc que l’on pourra avoir accès l’Etat-Civil de l’année 1876 en 2027…

Sur ce sujet, la décision du département de la Moselle est claire et il souhaite se conformer aux règles de la CNIL.

Et pour l’état-civil de 1792-1875 ?


Heureusement, nous avons une bonne nouvelle pour l’état-civil de 1792 à 1875 !

En effet, les archives départementales de la Moselle préparent la mise en ligne d'un premier lot de documents pour la fin de l’année 2018. Les images qui sont déjà numérisées font l’objet d’une vérification de leur qualité avant de les ouvrir à la consultation. Pour l’heure, la liste des communes qui seront publiées n’est pas encore connue.

La suite de la mise en ligne dépendra d’un partenariat ou d’un financement qui restent à déterminer.


Les registres paroissiaux complétés grâce au prêt des communes. 


La numérisation et la mise en ligne des registres paroissiaux a été effectuée sur la base des documents originaux (les microfilms ne sont doute pas d’assez bonne qualité pour une numérisation et une mise en ligne, et mon expérience le confirme !). Elle s’est donc faite sur la base d’une « collection idéale », réalisée à partir de la collection du greffe et des communes.

Cependant, certaines communes n’avaient pas déposé leurs archives aux services départementaux. Depuis 2012, les Archives Départementales complètent donc les documents numérisés sur la base de prêts des communes manquantes. Ainsi, durant deux années consécutives, une collecte de registres a été lancée auprès des communes de l’arrondissement de Thionville et de Sarrebourg (anciennes limites). Cette année, c’est l’arrondissement de Metz qui sera concerné. Le taux d’acceptation est pour l’instant de 60% et, depuis, des maires déposent volontairement leurs registres. Le stock en ligne augmente donc lentement mais sûrement !

Pour conclure, tout est mis en œuvre par les Archives Départementales de la Moselle pour compléter les collections en ligne. N’oublions pas d’ailleurs que depuis quelques années, nous avons accès aux registres matricules et au cadastre napoléonien, preuve que les choses avancent ! Enfin, n’oublions pas que la patience est une des meilleures qualités du généalogiste et que les associations de généalogistes et l’entraide existent encore !

mardi 27 mars 2018

#Projet3Mois - Episode 4 - Catherine : une vie bouleversée par la Révolution française

Quatrième et dernier épisode de la vie de Catherine VALENTIN, de 1791 à 1809, année de son décès. Je vous propose dans cet article de découvrir comment la Révolution française a bouleversé la vie de Catherine, de l'émigration de son mari et de son divorce jusqu'à son remariage et aux naissances troublantes...

Un contexte troublé : Révolution française et terreur


Lorsque Catherine met au monde son premier enfant issu du mariage avec Jacques REGULIER, le royaume est en pleine période révolutionnaire. Même si le roi Louis XVI est encore en place, son pouvoir s'amenuise. En avril 1792, le royaume de France déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. Il s'ensuit alors une entrée en guerre des puissances européennes qui voyaient d'un mauvais œil la révolution.

La bataille de Valmy (Horace Vernet - National Gallery - Domaine publique - Wikipédia)


Cette période plus que troublée affecte également les campagnes et le château de Lue. En 1791, Joseph JOBAL était Colonel puis Lieutenant-Général au 4ème régiment de Chasseurs (DONOP, 1890). Tout comme la plupart de la noblesse, il était hostile aux idées révolutionnaires et a choisi de quitter la France. Ainsi, le 4 juillet 1792, les douaniers du poste de Collonges (Ain) saisissent une malle et une caisse contenant ses effets et ses armes personnels, parmi lesquels les cravates d’étendards du régiment (BRAYARD et CROYET, 2010). Il s'engage ensuite dans l'armée de Condé, contre-révolutionnaire (L'armée de Condé a été créée par Louis V Joseph de Bourbon-Condé, cousin du Roi et était composée d’émigrés pour lutter pour la révolution française de 1792 à 1801).

En l'absence de Joseph François Louis JOBAL, le château, les terres et les bois de Lue sont confisqués par la Nation. Ainsi, le 9 Germinal de l'An II (29 mars 1794), Bernard VALENTIN, père de Catherine, prête le serment de Garde de Lüe pour la conservation des bois de l'émigré Jobal requis à la Nation (AD57, 2L78).

Joseph de JOBAL n'est pas le seul à quitter le château de Lüe, comme le signale la liste des émigrés établie par André GAIN  :
  • Joseph François Louis JOBAL, fut dénoncé par les trois communes où il avait des biens. Il dut émigrer peu après le 25 juin 1792. Rentré d'émigration, il fit sa déclaration le 17 prairial an X devant le préfet de la Moselle (6 juin 1802).
  • Jacques REGULIER, de Lue, dénoncé par la municipalité de Hayes, fut inscrit par délibération du district de Boulay du 29 juin 1793 et par arrêté du département le 6 juillet suivant.
  • Les deux fils de François COUSIN, de Lüe. Tout comme Jacques REGULIER, tous les deux sont dénoncés par la municipalité de Hayes et furent inscrits par le district de Boulay le 29 juin 1793 et par arrêté le 6 juillet suivant.
Le mari de Catherine part donc en émigration avec Joseph JOBAL. Il est cependant difficile de dater précisément son départ. A t'il suivi son employeur dans son émigration ou l'a t'il rejoint plus tard ?


Catherine et Jacques : un divorce nécessaire...


Le sort des émigrés et des suspects de la République


Décret du 17/09/1793 (Wikipedia)
Devant la fuite des nobles et des personnes hostiles à la révolution, des listes locales de personnes absentes de leur domicile sont dressées conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1791. Cette "liste des absents" devait recenser les propriétaires fonciers pour leur confisquer leur patrimoine. Ces listes deviennent une arme contre les biens mais aussi contre les personnes sous la forme de « Listes des émigrés » (Archives Nationales).

En septembre 1793, la Terreur est mise à l'ordre du jour de la Convention Nationale pour prendre toutes les mesures nécessaires à sauver les acquis de la Révolution et repousser l'invasion étrangère. Le 17 septembre 1793, la loi des suspects est votée (Source : Hérodote). Ainsi, cette loi visait directement les femmes d'émigrés dans son article 5 :

Sont réputés comme suspects : [...] ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.  
Dans ces conditions, même si Catherine était restée en France, cette nouvelle loi faisait de Catherine VALENTIN une "suspecte" en puissance... Le divorce était alors plus que nécessaire...

Le divorce de Catherine d'avec Jacques REGULIER


La loi autorisant le divorce en France a été adoptée par l'Assemblée nationale le 20 septembre 1792 et apparaît dans le Décret du 20 septembre 1792 qui détermine le mode de constater l’état civil des citoyens (apparition de l'Etat-Civil) (Source).

Le divorce de Catherine VALENTIN d'avec Jacques REGULIER est effectué en mairie de Hayes le 8 Frimaire de l'an II, soit le 28 novembre 1793 (AD57, 5 MI 312/1). Dans l'acte, il est clairement mentionné que son mari est émigré avec Joseph François Louis JOBAL.

Extrait de l'acte de divorce de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57, 5MI 312/1)


D'après Jean Lhote (LHOTE, 1972), le divorce était généralement demandé par les femmes d'émigrés pour sauvegarder une partie de leurs biens qui allaient être vendus. Cependant, il en est pour qui la crainte semble avoir joué un rôle certain.


Le jour de son divorce, Catherine VALENTIN est accompagnée de plusieurs "hommes de loi" :
  • Jean-Pierre FLOSSE, homme de loi, 
  • Joseph JACQUEMIN, Huissier
  • Ferdinand Ernest HURTE, notaire public. 
Leur présence ne doit rien au hasard car elle consolide l'acte de divorce. Ils apportent sans doute également une sorte de "caution légale". Ceci est confirmé par l'étude de Jean Lhote qui signale que les divorces sont souvent réalisés sur le conseil d'hommes de loi, tournant la loi pour sauvegarder une partie de leurs biens (Lhote, 1972).


Jacques REGULIER, émigré.. et pourtant père d'un enfant en 1796.

Extrait de l'acte de naissance du 10 Ventôse an IV

Donc, Jacques REGULIER est émigré, et il est logiquement absent... Et pourtant! Le 10 Ventôse de l'an IV (29 février 1796), Catherine donne naissance à un enfant, désigné comme le fils de... Jacques REGULIER, son époux (AD57, 5 MI 312/1)!  C'est à n'y rien comprendre. Prénommé Nicolas Jacques, il décède deux semaines plus tard sous le prénom de Jean Augustin... (une énigme dans l'énigme...)

Jacques REGULIER était-il revenu, ne serait-ce que quelques temps auprès de Catherine ? Je n'ai à ce jour aucune source qui me permettrait de la confirmer.

Quoi qu'il en soit, cette information me conforte dans l'idée que le divorce était un acte de pure forme, qui permettait à Catherine de se séparer officiellement de Jacques et d'éviter d'être suspectée comme ennemie de la Nation.


Mariage surprise de Catherine avec un certain Nicolas GASNER et naissance d'une fille

An X de la République française : nouveaux rebondissements dans la vie de Catherine VALENTIN.

Le deux Vendémiaire de l'An X (24/09/1801), Catherine VALENTIN épouse en secondes noces Nicolas GASNER dans la commune de Pontigny (aujourd'hui rattachée à Condé-Northen).

Nicolas GASNER est un maçon résidant à Courcelles-Chaussy, âgé de 57 ans et veuf de Catherine AUBERTIN. Dans l'acte de mariage, il est bien précisé que Catherine VALENTIN est divorcée d'avec Jacques REGULIER, émigré.

Ce mariage semble s'expliquer par la naissance sept mois plus tard d'une fille. Ainsi, le 4 Floréal de la même année (24/04/1802), Catherine VALENTIN donne naissance à Marguerite GASNER, dans la commune de Bronvaux (AD57, 9NUM/114ED1E1)

Cette naissance à Bronvaux m'interpelle car Pontigny et Bronvaux sont distants de plus de 20 kilomètres à vol d'oiseau... Pourquoi à Bronvaux ? Fallait-il cacher la naissance ?




Et si Jacques REGULIER était le père biologique de Marguerite GASNER ?

Voici une hypothèse possible que je vais tenter de vous expliquer.

Le contexte du retour des émigrés



Un senatus-consulte du 6 Floréal de l’an X (26 avril 1802) accorde l’amnistie générale aux émigrés qui rentreront en France avant le 23 septembre 1802 (premier jour de l’an XI) et prêteront serment à la constitution (TESTE-LEBEAU, 1825 ; WARESQUIEL, 2013).

Le retour de Joseph François Louis JOBAL et de ses domestiques se situe sans doute autour de cette date (ou un peu avant). En effet, l’Armée de Condé dans laquelle Joseph JOBAL était officier a été dissoute le 1er mai 1801. Son retour d’émigration après cette date est possible, même s’il devait rester caché et discret. Joseph JOBAL rentre donc en France après cette date. Il prête ensuite serment à la constitution le 17 Prairial an X, soit le 6 juin 1802 (GAIN, 1925).

Je pense donc qu’il rentre avec Jacques REGULLIER et les deux fils COUSIN entre le mois de mai 1801 et le mois de juin 1802.

Tout est une question de date...


Revenons à la naissance de Marguerite. Sa date de naissance permet de supposer une conception entre fin juillet et mi-août 1801. Or, le mariage entre Catherine VALENTIN et Nicolas GASNER a été célébré le 24 septembre 1801, soit 2 mois après la conception supposée…



Bon. Je n’ai aucune certitude, mais plus j’y réfléchis, plus je pense que l’hypothèse selon laquelle l’enfant serait de Jacques REGULIER est plausible.

En effet, Jacques REGULIER serait vraisemblablement rentré d’émigration dans la seconde moitié de l’année 1801 avec son employeur, Joseph JOBAL. Pourtant, en 1801, leur présence en France restait clandestine, même si le Consulat de Napoléon Bonaparte a fait naître quelques espoirs d’une amnistie des émigrés (WARESQUIEL, 2013).

Suite à son retour, Jacques aurait retrouvé Catherine qui vivait à Pontigny chez sa sœur, Marie, et son beau-frère, Nicolas BERARD. Catherine serait ensuite tombée enceinte. Après deux mois de grossesse, le doute n’était plus possible et il fallait « trouver » un père à l’enfant car il n'était pas possible de le faire reconnaître par Jacques REGULIER, en situation irrégulière. Le choix se serait alors tourné vers Nicolas GASNER, veuf, connu, voire ami de la famille qui vivait à Courcelles-Chaussy. Dans cette folle hypothèse, l’ironie du sort ferait naître Marguerite GASNER deux jours avant le senatus-consulte du 6 Floréal de l’An X qui amnistie les émigrés…

Après la naissance, je ne retrouve plus aucune mention du couple GASNER/VALENTIN. Bien au contraire, le mariage semble avoir été oublié...

Ainsi, l’acte de décès de Nicolas GASNER ne fait aucune mention de son mariage avec Catherine : il décède le 28 avril 1812 à l’âge de 70 ans, veuf de Catherine AUBERTIN (AD57, 5MI158/1). C’est également le cas au décès de Jacques REGULIER. Il décède le 30 août 1809 à son domicile situé dans la commune des Etangs, à l’âge de 64 ans. L’acte d’état-civil et l’acte de catholicité mentionnent tous les deux qu’il est marié avec Catherine VALENTIN, sa survivante (AD57, 61J203/1C1 ; 5MI203/1).

Suite et fin de l’histoire de Catherine… 

J'écris ce dernier chapitre de la vie de Catherine non sans une certaine émotion. Catherine m'a accompagné durant toutes ces dernières semaines, comme un membre de la famille proche... L'évocation de la fin de sa vie résonne comme un deuil.

Sans que je ne sache pourquoi, la vie tourmentée de Catherine touche à sa fin moins d’une semaine après le décès de Jacques : maladie ? chagrin ? Elle décède ainsi le 5 septembre 1809 à son domicile, à l’âge de « seulement » 48 ans.

Les domiciles de Catherine VALENTIN (Fond de carte : Carte d'Etat-Major - Géoportail)

La mort de Jacques et de Catherine laissera trois enfants orphelins:
  • Louis Joseph WALENTIN, âgé de 21 ans, mon aïeul, qui était à ce moment là soldat dans la Grande Armée, 
  • Jean Jacques REGULIER, âgé de 17 ans, manœuvre, 
  • Marguerite GASNER, âgée de 7 ans. 

La jeune Marguerite sera recueillie par Marie VALENTIN, sa tante, et sœur de Catherine (je pense d’ailleurs qu’elles étaient assez proches).

Même s’ils sont issus, a priori, de trois pères différents, les trois enfants resteront proches comme en témoignent leur présence en tant que témoins lors des naissances et baptêmes de leurs neveux ou nièces.



Conclusion (provisoire)

J'arrive à la fin de mes articles sur les épines et mystères de l'histoire de Catherine VALENTIN. Pendant ces trois mois, j'ai essayé de comprendre son parcours en fonction du contexte historique et social. Certes, il me reste beaucoup de questions à résoudre, mais me voilà maintenant avec des hypothèses qui seront à creuser dans mes futures recherches. Certaines questions seront sans doute résolues d'ici quelques semaines ou quelques mois. Je vous tiendrai informé.

Le destin de Catherine est particulier et elle a vécu, bien malgré elle, les conséquences de cette période troublée de l'Histoire. Néanmoins, j'ose espérer que Catherine a pu profiter des quelques beaux moments de sa vie.

Vous trouverez ci-dessous le lien vers les précédents articles :

 Sources :


BRAYARD Laurent et CROYET Jérôme, 2010. Chronologie historique de la révolution française. Société d’Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériale. 39p. [En ligne]

DONOP, 1890. Historique abrégé du 4e régiment de chasseurs. Saint Cloud, Impr. Belin frères.168p.

GAIN André, 1925. Liste des émigrés, déportés et condamnés pour cause révolutionnaire du département de la Moselle, 1ère et 2ème partie. Mets, Les arts graphiques. 220p.

LHOTE Jean, 1972. Le divorce et les femmes d'émigrés à Metz sous la terreur in Les Cahiers Lorrains. N°2 Année 1972. pp42-48.

TESTE-LEBEAU Justinien, 1825. Code des émigrés, déportés et condamnés révolutionnairement. Deuxième édition. Paris, 842p. [En ligne].

WARESQUIEL (de) Emmanuel, 2013. Joseph Fouché et la question de l’amnistie des émigrés (1799-1802) » in Annales historiques de la Révolution française, 372 | avril-juin 2013 [En ligne].

Archives nationales :

  • F/7 Police générale - Emigrés : demandes de radiation de la liste et de main-levée de séquestre. Présentation générale du fonds [En ligne]

Archives départementales de la Moselle :

  • 9NUM/114ED1E1, paroisse et commune de Bronvaux. Baptêmes, mariages, sépultures (1791-1792). Naissances, mariages, décès (1793-an X). 
  • 5MI158/1, commune de Courcelles-Chaussy. Registres d'état-civil NMD An II-Juillet 1836, microfilms de substitution;
  • 5MI203/1, commune des Etangs. Registres d'état-civil NMD  1792-1892, microfilms de substitution.
  • 61J203 1C1, paroisse des Etangs. Registres de catholicité BMS 1808-1818.
  • 5 MI 312/1, commune de Hayes. Registres d'état-civil NMD 1792-1892, microfilms de substitution.
  • 2L78. Tribunal de Boulay. - Délits forestiers, feuilles d'audience et extraits des liasses de rapports de délits champêtres, réception de gardes forestiers (1791-an II). Pièce de procédure civile (1791).

vendredi 23 mars 2018

#Projet3Mois - Episode 3 - Des questions sur l'origine de Jacques REGULIER, premier époux de Catherine VALENTIN

Nous arrivons fin mars et mes recherches de mon #Projet3Mois avancent tout doucement. J'attends impatiemment l'acte de baptême d'une sœur de Catherine VALENTIN, née à Cologne en 1763, qui devrait me permettre d'avancer sur le contexte de la naissance de Catherine. En attendant, je vous propose de partir à la rencontre de Jacques REGULIER, son premier mari. En effet, il me pose pas mal de questions sur ses origines et surtout sur un possible "acte criminel" de son père... 

Qui est Jacques REGULIER ?


Après la naissance de ses deux enfants naturels, Catherine VALENTIN se marie à Hayes avec Jacques REGULIER, le 11 octobre 1791 (AD57 - 2MI376/1). Ce dernier vit également à Lüe où il est domestique de M. JOBAL, propriétaire du château, et dont j'ai parlé dans mon dernier article.

Jacques REGULIER est originaire de la paroisse d'Athée, anciennement en Anjou, dans la Baronnie de Craon (aujourd'hui département de la Mayenne). Il est né le 5 novembre 1744 et il est le fils de Jacques REGULIER, marchand, et d'Anne LEBA(S)TARD (AD53 - BMS-Athée 1712-1746).


Baptême de Jacques REGULIER le 6/11/1744 (AD53 - BMS-Athée 1712-1746)
La famille Régulier s'installe ensuite dans la paroisse de Livré (à quelques lieux d'Athée). En avril 1753, Anne LEBA(S)TARD meure à l'âge de 34 ans. Jacques a 8 ans (AD53 - BMS Livré-la-Touche 1751-1769).


Extrait de la carte dite "de Cassini" - Feuille de Laval (n°97) - BNF/Gallica


Le père de Jacques se remarie quelques mois plus tard avec Julienne POTTIER, originaire de la paroisse de Livré. Ils auront au moins sept enfants dont deux arriveront de façon certaine à l'âge adulte :
  • Jacques REGULIER (encore un Jacques, je l'appelle "le jeune"), né le 23 janvier 1763 à Livré,
  • Louise Françoise REGULIER, née le 25 mai 1764 à Livré.


Quand un certain Jacques REGULIER est poursuivi pour vol et bris de prison...


Extrait Inventaire Sommaire AD53.
Mes recherches m'ont amené à parcourir les inventaires sommaires des archives de la Mayenne, et en l’occurrence la série B (Duchemin et al., 1904).

Parmi les documents, je retrouve l'existence d'une procédure criminelle contre un certain Jacques REGULIER, poursuivi pour "vols et bris de prisons", en date du 18 novembre 1767 (Cote B3153). S'agit-il du futur mari de Catherine ? de son père ? d'un homonyme ?

Un premier passage aux archives départementales de la Mayenne m'a permis de consulter le document relatif à cette procédure. J'y découvre les circonstances de l'évasion rocambolesque de ce Jacques REGULIER, avec divers procès-verbaux et témoignages. Malheureusement, je ne retrouve aucune mention de son origine ou d'un membre de sa famille. Le mystère reste entier concernant l'identité de ce "criminel"...


Tout vient à point à qui sait... persévérer !


J'avais cette information depuis plusieurs années. Pourtant, je n'avais pas pris le temps ou la peine de chercher plus loin pour savoir qui était vraiment ce Jacques REGULIER, poursuivi pour son évasion de la prison de Craon. Le #Projet3Mois m'a permis d'enfin résoudre cette énigme.

Il y a quelques semaines, j'ai repris l'analyse de l'inventaire sommaire des archives de la Mayenne pour y recenser tous les documents et sources qui pourraient m'en apprendre plus sur cet évènement. J'ai pointé une dizaine de cotes. Parmi elles, figurent les livres d'écrou de la prison de Craon, là où il était détenu (Cote B3168).

Je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps car, en deuxième page, je retrouve l'écrou de Jacques Régulier :

Transcription de l'écrou de Jacques Régulier (AD53 - B3168)

Jacques REGULIER est donc originaire du village de la Gaullerie, de la paroisse d'Athée. Tout se précise. Trois sources et informations me permettent désormais de penser que ce Jacques REGULIER, emprisonné à la prison de Craon, est bien le père de Jacques, futur époux de Catherine VALENTIN :

  1. Lors du baptême de son dernier fils, en juin 1766, Jacques REGULIER réside bien à la Gaul(l)erie, en la paroisse d'Athée (AD53 - BMS de la paroisse d'Athée)
  2. Le registre des rôles de taille et de capitation pour l'année 1767 montre effectivement la présence d'un seul Jacques REGULIER, à la Gaulerie (AD53 - C56)
  3. Enfin, les témoignages de la procédure de poursuite pour bris de prison évoquent la présence à plusieurs reprise de la femme dudit Jacques REGULIER à proximité de son cachot (AD53 - B3153)
Tous ces indices laissent à penser que le père de Jacques REGULIER, futur mari de mon aïeule, a été emprisonné pour divers crimes et s'est ensuite évadé dans une histoire rocambolesque que je vous raconterai dans un prochain article.

Quelle fin pour Jacques REGULIER, père ?


Je ne retrouve plus aucune trace de Jacques REGULIER après son évasion, exceptées des mentions dans des actes civils. Ainsi, il ne serait pas présente en 1768, lui et son épouse, Julienne POTTIER, pour établir les comptes de tutelle des enfants pour lesquels ils étaient tuteurs (AD53 - B3012 et 3097).

En généalogie, il ne faut rien négliger. J’ai continué mon enquête en retraçant la vie des enfants de Jacques REGULIER et de Julienne POTTIER. C’est son pus jeune fils, Jacques, qui va me permettre de préciser la destinée de son père.

Jacques "le jeune" s’est marié en première noce avec Jeanne RAYON, dans la commune d’Azé (proche de Château-Gontier). Ils s’installent ensuite à Angers où il devient Cardeur de Laine. Après le décès de sa première épouse, en septembre 1817, il se marie en secondes noces avec Madeleine PERAULT (AD49 - Comm. Angers NMD 1823-3e Arrdmt). L’acte de mariage est très détaillé et nous apprends plusieurs informations :
  • Son père est dit « décédé dans les isles sans savoir l’époque de son décès » 
  • Sa mère, Julienne POTTIER est décédée à l’Hospice de Craon le 1er février 1786. 
Extrait de l'acte de mariage de Jacques REGULIER et Madeleine PERAULT (AD49 - NMD-Angers (2/3ème Arrdmt) 1823)



La mention « décédé dans les isles » me fait penser à une condamnation au bagne ou aux galères. Pourtant, les quelques sources disponibles en ligne ne me permettent pas de le retrouver :
  • La base des bagnards originaires du nord-ouest de la France (http://www.galfor.fr/search.php) ne donne rien. 
  • La base des ANOM ne donne rien non plus, puisque la liste nominative des bagnards débute au 19ème siècle. 
Il reste éventuellement à rechercher dans les registres des bagnes à Brest, mais la tâche s'annonce longue et fastidieuse... 


Pourquoi Jacques REGULIER, fils, est-il parti d'Athée pour s'installer à Lüe ?

La paroisse d'Athée est située à plus de 700 kilomètres du château de Lüe. Pourquoi, quand, et dans quelle circonstance Jacques REGULIER a t'il quitté sa région natale pour s'installer dans cette partie du Royaume ?

Un engagement militaire ?

D'après Alain Corvisier (Corvisier, 1970), l'engagement militaire est un facteur de migration au XVIIIème siècle. Les migrations s'effectuent généralement lorsqu'un soldat se marie avec une jeune fille lors du campement des troupes. Il existe également d'autres cas où les militaires en fin de service s'installent par groupe dans un village ou une ville, surtout s'ils n'ont pas ou plus d'attaches familiales. Une des hypothèses serait donc que Jacques REGULIER a été soldat et se serait retrouvé dans le secteur de Metz. Je n'ai aucun élément ou indice allant dans ce sens.

Un exil forcé ? 

Jacques REGULIER était âgé de 23 ans au moment de l'emprisonnement de son père et de son évasion. A t'il participé à son évasion ? Dans ce cas, a t'il été contraint et forcé de fuir sa région natale pour ne pas être inquiété par la justice locale ? Cette hypothèse est également possible.



Cet article se termine sur de nombreuses questions. 
Je suis en tout cas intéressé par vos suggestions et commentaires (notamment, si vous avez des idées de sources complémentaires ou d'autres hypothèses sur la raison qui a conduit Jacques REGULIER a s'installer près de Metz). 

Dans le prochain article du #Projet3Mois, j'essayerai de comprendre ce qui a poussé Catherine VALENTIN à divorcer d'avec Jacques REGULIER... 

Sources :

Corvisier, 1970. Service militaire et mobilité géographique au XVIIIe siècle. In: Annales de démographie historique, 1970. Migrations. pp. 185-204.

Duchemin, de Martonne et Laurain, 1904. Inventaire sommaire des Archives Départementales de la Mayenne antérieures à 1790 - Série B, Tome Deuxième. Laval, L. Barnéoud. 409p.

Archives départementales du Maine-et-Loire (AD49):
  • NMD - Angers (2/3ème Arrdmt) 1823. Etat-Civil - Commune d'Angers. Mariage de Jacques REGULIER et Madeleine PERAULT, le 2/09/1823 [En ligne].

Archives départementales de la Mayenne (AD53):
  • B3012 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Audiences civiles, criminelles, de police et des eaux et forêts (1767-1770).
  • B3053 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Civil - Tutelles et curatelles, avis de parents, bénéfices d'âge et d'inventaire... (1767-1771)
  • B3153 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Grands et petits criminels - Procédures et sentences (1766-1769).
  • B3168 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Livre d'écrou de la prison de Craon (1767-1789)
  • BMS-Athée 1712-1746. Registres paroissiaux - Paroisse d'Athée - Baptême de Jacques REGULIER le 06/11/1744 [En ligne].
  • BMS-Livré-La-Touche 1751-1769. Registres paroissiaux - Paroisse de Livré - Sépulture d'Anne LEBASTARD - 11/04/1753 [En ligne].
  • C55 - Rôles de tailles et de capitation de la paroisse d'Athée.

Archives départementales de la Moselle (AD57) :
  • 2MI-376/1 - BMS 1668-1792 ; NMD 1793. Registres paroissiaux - Commune de Hayes - Mariage de Jacques REGULIER et Catherine VALENTIN le 11/10/1791. 
Bibliothèque Nationale de France
  • Extrait de la carte dite "de Cassini" - Feuille de Laval (n°97) - BNF/Gallica