samedi 19 janvier 2019

#RDVAncestral - Pour exhausser son vœu le plus cher...

Comme chaque mois, le #RDVAncestral permet de partir à la rencontre de ses ancêtres. C'est l'occasion de vivre des moments importants de leur vie ou de participer à leur quotidien. Aujourd'hui, j'ai exploré un scénario différent des précédents, puisque ma rencontre se place dans une période plutôt récente...




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Vendredi 18 janvier 2019. Fatigué de ma longue journée de travail, je suis confortablement assis dans mon fauteuil placé à côté de la cheminée ; vous savez, ces grandes cheminées en pierre, surmontées d'un linteau en granite et qui font le charme des maisons bretonnes. Bien installé, je me laisse à rêver... Cette douce chaleur du foyer et le crépitement des flammes me rappellent cette si belle soirée que j'avais passée auprès de la famille de Charles DANY dans l'un de mes tous premiers rendez-vous ancestraux. Peu à peu je m'assoupis...

Les yeux clos, j'entends soudain une voix qui m'interpelle. Je sursaute.

"- Eh ! Vous ! Que faites-vous ! Vous êtes en train de vous reposer ! Vous n'avez pas autre chose à faire!"

Je me relève du fauteuil dans lequel j'étais assis. Pourtant, plus de flammes, plus de cheminée bretonne. Me voilà transporté dans un autre lieu, et sans doute un autre temps, prêt pour un nouveau #RDVAncestral.

Observant rapidement la pièce où je me trouve, je n'ai aucune difficulté à reconnaître une chambre d'hôpital. Chose étonnante, je suis vêtu d'une blouse. Visiblement agacé par mon manque d'initiative, l'homme qui m'avait interpellé vient vers moi:

"- Vous êtes nouveau ici ? Sachez qu'il n'y a pas de place ici pour les paresseux ! Retournez à votre poste et que je ne vous reprenne plus !"

Cet homme doit être médecin et il doit me prendre pour un infirmier ou un aide-soignant. Peu habitué à être rabroué de la sorte, je reste sans voix pendant quelques instants. Me scrutant une dernière fois, il quitte enfin la pièce me laissant reprendre mes esprits. Comme à l'accoutumé, je ne sais qui je dois rencontrer. Le #RDVAncestral a pour principe de laisser son principal protagoniste dans le flou le plus complet. A lui de comprendre la situation et de se laisser porter au gré des événements et des rencontres...



Suivant donc mon instinct, je sors de la chambre et me dirige vers le couloir. Juste à ce moment-là, une infirmière passe et me demande d'aller dans la chambre n°230 pour vérifier si le patient n'a besoin de rien. Ne voulant pas revivre la situation de mon arrivée, je m'exécute aussitôt.

Chambre 230, nous y sommes. Je frappe à la porte et rentre dans la pièce. Une dame est assise à côté du lit, au chevet d'un homme d'une soixantaine d'année, visiblement très affaibli. Elle se retourne et me demande alors si elle doit quitter la chambre. C'est à ce moment que ce  #RDVAncestral bascule.

Me voilà devant à une situation inédite et totalement déroutante. Je sens rapidement les larmes me monter aux yeux. Je me rapproche alors du patient. Je le reconnais. C'est lui. Cet homme qui est alité est mon Papi et la dame assise à ses côtés est sa sœur, ma grande-tante, toujours en vie aujourd'hui.


Je ne dois pas montrer mes émotions. Je dois me ressaisir.

Ma grande-tante rassemble alors ses affaires en disant qu'elle devait de toute manière partir car son mari l'attendait en bas depuis quelques temps. Elle embrasse son frère en lui disant ces mots :

"- Prends soin de toi, je reviendrai te voir.
- Tu crois que je le verrai mon petit-fils ?
- Mais oui que tu le verras !"

Ces mots me bouleversent. Ce petit-fils qu'il veut tant voir, n'est autre que moi...


Pendant qu'elle l'embrasse à nouveau, je remarque la date du jour inscrite sur la feuille de suivi accrochée à l'avant du lit : 20 juin 1981. Il n'y a aucun doute, je suis à quelques jours de ma propre naissance et de la disparition de mon Papi.

Après le départ de ma grande-tante, je m'approche alors de mon Papi qui, malgré la douleur et son état de fatigue, se tourne vers moi et me dit :

"- Vous savez, je voudrais tant voir mon petit-fils avant de mourir. Il doit naître bientôt. J'aimerais tant avoir la force de pouvoir vivre encore un peu."

Comment le lui-dire ? Dois-je lui avouer que je suis ce petit-fils qu'il désire tant voir de ses propres yeux ? Je doute qu'il va me croire. Et puis, qu'ai-je à perdre ? Je m'en voudrai sans doute toute ma vie de ne pas lui avoir dit. C'est la seule occasion que nous avons de nous rencontrer. Je ne dois pas manquer ce moment !

"- Pierre, j'ai un aveu à vous faire. Je suis votre petit-fils, Sébastien. C'est peut-être difficile à croire, mais je viens dans ce que nous appelons le #RDVAncestral. Je suis sans doute venu ici aujourd'hui pour corriger votre vœu le plus cher et qui n'a pas pu être exhaussé. "

Son regard s'attendrit et je vois une larme couler sur sa joue. Il me croit ! Les liens du cœurs sont plus fort que la raison. La gorge nouée, je me mets à pleurer et entre deux sanglots je m'approche de lui et le prend dans mes bras: "Oh papi ! Je suis si heureux !". Nous restons un long moment l'un contre l'autre. Je suis bien. Nous sommes biens.

Sentant que mon #RDVAncestral s'achève ici, je me relève, j'embrasse Papi une dernière fois et lui dit adieu. Visiblement soulagé, il pose sa tête sur l'oreiller et ferme les paupières...

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Les bruits de l'hôpital laissent peu à peu la place aux crépitements des flammes. J'ouvre les yeux. Je suis à nouveau assis dans mon fauteuil, heureux d'avoir pu exhausser le vœu de mon grand-père, et en espérant au plus profond de mon cœur, que cette rencontre s'est réellement déroulée...





jeudi 17 janvier 2019

#Projet3Mois - Le W de Louis-Joseph et l'apprentissage de l'écriture dans la famille VALENTIN (Saison 2, Episode 1)

Mon nouveau #Projet3Mois constitue la suite logique du précédent, puisqu’il va s’intéresser à la vie de Louis-Joseph WALENTIN, fils de Catherine VALENTIN. Depuis début décembre, j'ai pu avancer sur mes différents sujets de recherche, notamment grâce à quelques visites aux Archives Départementales de la Moselle, et à la lecture de nombreux documents, ouvrages et sites internet.
 
Dans ce premier épisode de la saison 2 consacrée à Louis-Joseph WALENTIN, je vous propose de partir à l'origine du W du patronyme V(W)ALENTIN. Et comme d'habitude, vos idées et commentaires sont toujours les bienvenus !


Retour aux origines de la famille VALENTIN et sur leur maîtrise de l'écriture

Bernard VALENTIN, père de Catherine et grand-père de Louis-Joseph était originaire du village d’Hagondange. Ces parents et grands-parents paternels étaient manœuvres et vivaient modestement, contrairement à une autre branche « VALENTIN » qui était composée de laboureurs (Ces deux branches sont sans doute liées, mais ceci est une autre histoire !). Dans ces conditions, Bernard était destiné à rester manœuvre et à vivre une existence plutôt modeste. Pourtant, la suite de son histoire démontrera qu’il saura dépasser le destin qu’il lui était tout tracé.

Le village d'Hagondange en 1755 (BNF, département Arsenal, MS-6452 (443), Gallica)

Ainsi, peu après son mariage avec Barbe GARAND, Bernard rejoint les armées du roi Louis XV pour participer en tant que soldat à la guerre de Sept Ans (j'en parle plus précisément pour mon précédent #Projet3Mois). En 1765, il revient en Lorraine et s'installe à Courcelles-Chaussy d'où est originaire son épouse. D'abord manœuvre, sa situation va évoluer à partir de 1778.

Évolution sociale et apprentissage de l'écriture chez les VALENTIN


La lecture attentive des registres paroissiaux de Courcelles-Chaussy nous permet de repérer l'évolution de carrière de Bernard VALENTIN. Ainsi, dans un acte de 1778 il est cité comme "Bedeau", puis comme "Verger". Il le restera d'ailleurs jusqu'à son départ de la paroisse, moins de 10 ans plus tard.

D’après la définition du dictionnaire de l’Académie française, le bedeau est un employé d’église qui a pour insigne une verge ou canne et pour fonction principale de marcher devant les ecclésiastiques, devant les quêteurs, etc., et de leur faire ouvrir passage (vous trouverez plus de détail sur le bedeau dans le très bon article de Maxime Tigé du blog « Les épis de Beauce »). Le terme "Verger" est ici une variante de "Bedeau".

Toujours est-il qu'avec cette évolution de situation, Bernard va apprendre à écrire, ou du moins à signer. J'ai compilé ci-dessous quelque captures de ses signatures entre 1776 et 1785. Le dernier acte où il appose une marque ordinaire date de la fin de l'année 1778. Sa première signature date de juillet 1779. Donc, son apprentissage se situe au début de l'année 1779.




Lorsque Bernard apprend à signer, ses trois enfants ont été à l'école ou sont en âge d'y aller :
  • Catherine, l'ainée, a 19 ans,
  • Joseph, a 13 ans,
  • Marie, la cadette, a 11 ans.
A cette époque, le régent d'école de Courcelles-Chaussy était Pierre de GLATIGNY.

Comment Bernard VALENTIN a-t-il appris à signer ?



Au XVIIIe siècle, le régent, ou maître d’école, est recruté par la communauté selon trois critères : la présence et l’accord du curé, leur vote des habitants, et l’approbation épiscopale (Cabourdin, 1984). Très souvent, c’est le curé qui conseille à la communauté le meilleur candidat pour ce poste et c’est seulement après la validation de l’évêché que le régent d’école prête serment.

Le grand maître d'école par Boissieu, Jean-Jacques de, 1736-1810
Bibliothèque municipale de Lyon (F18BOI001451)

Comme le signale Michel LECOMTE du Cercle Généalogique de pays messin, dans un exemple de contrat de maître d'école, (cf ce Lien), les contrats d’embauche ne laissent rien au hasard et tout est scrupuleusement décrit pour les deux parties avec un extrême souci du détail : rémunération en argent et en nature, exemption d’impôts, obligations d’éducation et d’apprentissage de la lecture aux enfants, obligations liées à ses fonctions au sein de l’église...

Le plus souvent, le régent d’école est également chantre et marguillier. Ainsi, il travaille en étroite « collaboration » avec le bedeau dans le cadre de ses fonctions au sein de l’église. De ce fait, il ne fait aucun doute que Bernard VALENTIN devait côtoyer Pierre de GLATIGNY régent d’école. C’est ainsi que ses enfants ont pu bénéficier d’une instruction scolaire et que, par conséquent, il a pu apprendre à signer. Je ne sais cependant pas si c'est Pierre de GLATIGNY qui lui a enseigné les rudiment de l'écriture, ou bien l'un de ses enfants.

Enfin, pour aller plus loin, et d’après l’ouvrage de Guy Cabourdin, les maîtres d’école n’apprennent à écrire qu’aux enfants dont les parents en ont manifesté le désir (et qui en ont la capacité). Encore une marque possible de la volonté de Bernard de vouloir donner le meilleur à ses enfants.


L'apprentissage de l'écriture chez les enfants VALENTIN


Les trois enfants qui ont vécu jusqu'à l'âge adulte ont appris à écrire, ou du moins à signer. La comparaison des trois signatures (ci-dessous) montre néanmoins que l'une d'entre-elles se détache du lot : c'est celle de Joseph VALENTIN. Sûre de lui, il montre une très bonne maîtrise du geste.

Cependant, un élément ne vous aura peut-être pas échappé : il signe WALENTIN et non VALENTIN. 



J'ai retrouvé cette signature dans l'acte de baptême de Louis-Joseph WALENTIN dont Joseph est le parrain. Ça y est, nous y arrivons !

Le W de Joseph à Louis-Joseph

L'apparition du W dans le patronyme est donc du fait de Joseph V(W)ALENTIN, fils de Bernard, qui a sans doute voulu se démarquer et s'affirmer vis-à-vis de sa famille, éventuellement incité par son régent d'école. C'est une possibilité.

Une question se pose néanmoins : pourquoi et comment mon aïeul, Louis-Joseph WALENTIN, a t'il lui aussi orthographié son nom de la sorte, alors que sa mère a conservé le V ?

Mon hypothèse est tout simplement que Joseph WALENTIN, devenu à son tour régent d'école, a été le professeur de son filleul. En lui apprenant à écrire, il lui aurait également incité à orthographier son nom avec un W. Sans être un spécialiste de la graphologie, je trouve qu'il existe des similitudes dans l'écriture de Louis-Joseph et de son parrain.

  


Joseph WALENTIN n'aura aucun enfant lors de ses deux mariages (tout comme sa sœur, Marie VALENTIN). Ainsi, son patronyme en W, qui était destiné à ne pas perdurer, va traverser les génération et arriver jusqu'à nous.

Le W de 1788 à aujourd'hui

Prenons comme point de départ la génération de Joseph WALENTIN et de sa sœur Catherine. Louis-Joseph est donc la 2ème génération des WALENTIN.

A la troisième génération (celle des enfants de Louis-Joseph), on compte 8 WALENTIN, dont Jean Jacques Hubert, mon ancêtre qui finira sa vie à l'asile de Maréville (54). La suite est présentée dans cette infographie, réalisée sous forme de carte mentale. J'ai voulu ici synthétiser les différents VALENTIN/WALENTIN au fil des générations. Les WALENTIN apparaissent en vert et les VALENTIN en bleu. 

(Pour information, cette carte mentale a été réalisée avec la version de test de I MindMap 11).

Les WALENTIN du XVIIIè siècle à aujourd'hui (branches descendantes partielles de Bernard VALENTIN).
Vous remarquerez que les WALENTIN n'ont pas tant "prospéré" que cela. Cela s'explique par les branches féminines d'une part, mais également par les nombreux célibataires et mariages laissés sans descendance.

La branche WALENTIN qui conduit à moi s'arrête avec Anna WALENTIN, mon arrière-grand-mère.

Aujourd'hui, il existe toujours des WALENTIN dans le secteur de Vry. Il s'agit sans doute de cousins éloignés mais que je n'arrive pas pour l'instant à raccrocher à cet arbre.

Vous aurez peut-être remarqué que dans les dernières générations, le V réapparait. C'est le cas d'un certain nombre de frères et sœurs de mon arrière-grand-mère qui ont corrigé leur nom pour revenir à la forme initiale VALENTIN. Pourquoi ? S'agissait-il de gommer ce W qui paraissait sans doute plus allemand que français ? C'est fort possible car la légende familiale disait que le W était apparu pendant l'annexion en 1871 et qu'il s'agissait d'une forme germanisée de VALENTIN... Comme quoi, après quelques recherches, la généalogie est capable de tordre le coup à des idées reçues et vieilles croyances familiales bien ancrées !


Dans le prochain épisode, nous partirons en conscription avec Louis-Joseph WALENTIN ! 


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Sources


CABOURDIN Guy, 1984. La vie quotidienne en Lorraine aux XVIIe et XVIIIe siècles. Paris. Ed. Hachette. 319p.

BONTEMPS Daniel, 1993. Au temps de la soupe au lard, la vie traditionnelle d’autrefois en Lorraine. Metz. Editions Serpenoise. 490p.

Archives départementales de la Moselle

  • Registres paroissiaux de Courcelles Chaussy. BMS 1766-1793, 9NUM/5E111/3 (En ligne)
  • Registres paroissiaux de Hayes.  BMS 1761-1790,9NUM/312ED1E3 (En ligne)
  • Archives de l'étude de Boulay I, maître FLOSSE. Minutes de l'année 1825 (307 U 22)
Les infographies ont été réalisées sur Canva et avec l'aide du logiciel I MindMap 11.