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vendredi 22 novembre 2019

#ChallengeAZ 2019 - Seigneur, Survivant et Sac

Jour 19 du ChallengeAZ : place aux mots SEIGNEUR, SURVIVANT et SAC !
Pour ma quatrième participation, j'ai choisi de solliciter mes abonnés Twitter dans le cadre d'un défi estival devenu rapidement un concours de mots suivi par une cinquantaine de personnes. Merci à eux ! Au final, j'ai choisi pour chaque lettre trois mots qui devront me servir pour la rédaction des mes articles... 


***



Voici la deuxième partie de l'article débuté hier sur la guerre de Trente Ans et ses conséquences.

Batailles et saccages de Luttange



En 1635, lorsque la France déclare la guerre à l'Espagne, les troupes du Roi Louis XIII occupent les Trois Évêchés et sont donc à Metz. Le gouverneur de Metz charge alors le capitaine Busselat de lever des hommes à cheval pour attaquer les lignes et villages adverses du partie Luxembourgeois. Ce dernier tient alors sa garnison au village d'Ennery et décide d'attaquer, entre autre, le village de Luttange. Ils s'emparent alors de près de 1500 cochons et moutons qu'il vendent ensuite au marché du Champ à Seille. Avec ces pillages, de nombreux laboureurs et vignerons sont ruinés et certains meurent de misère. 

Carte du Pays Messin - Source Gallica. En jaune les lieux de combats du côté messin (France), en bleu le village de Luttange. En orange la frontière.


En parallèle, le colonel Maillard, qui était du parti luxembourgeois, décide d'attaquer la ville de Vigy (en pays messin). Pourtant, la garnison retirée au château réussit à repousser toutes les attaques. Furieux, Maillard décide de mettre le feu au village. Les malades, femmes et enfants sont brûlés dans leur lit, ainsi que les bestiaux dans leurs étables.

Le château de Luttange (Moselle)
Après ces évènements, la consternation envahit la ville de Metz. Il faut absolument des représailles. Busselat prend alors la décision d'attaquer le colonel Maillard qui était retiré au château de Luttange. Busselat envoie 100 hommes d'élites, 100 piétons, 100 cavaliers et 30 carabins (soldats munis de carabines). Au petit jour, la bataille s'engage au château. Les trois quarts des soldats de Maillard sont tués et le feu est mis au village. Tout est détruit. Les villageois partent alors dans les campagnes et les forêts.


Suite à ce désastre, les SURVIVANTS, aidés par les SEIGNEURS de Luttange, reconstruisent les maisons. Pourtant, les garnisons de Metz reviennent en 1638 et mettent à nouveau à SAC le village

Pendant cette période, les épidémies et les pillages ont pour conséquence une forte mortalité et un regroupement des populations des villages isolés autour des places fortes et des châteaux. Le village de Rexange et Terlange, situés à côté de Luttange sont définitivement abandonnés et ruinés.

La reconstruction et le repeuplement des villages de Schell et Vinsberg


Après la fin de la guerre de Trente Ans en 1648, des troubles subsistent et c'est finalement le Traité des Pyrénées en 1659 qui apporte la paix. Ce traité officialise ainsi le rattachement de la prévôté de Thionville au Royaume de France.

Le territoire de la Seigneurie de Luttange subit lui aussi une forte baisse du nombre d'habitants et les quelques familles encore présentes tentent de reconstruire et réexploiter les terres alors en friches.

En 1667, les villages de Schell et Vinsberg où ont vécu mes aïeux de 1687 à 1932 semblent également être totalement ruinés et désertés. Ainsi, l'aveur de dénombrement de Charles et Jean-François d’Attel, Seigneurs en partie de Luttange, Weinsberg et autres lieux décrit la situation de la manière suivante :

« De toutes les rentes et redevances cy-dessus spécifiées provenant de Schellen on n’en tire rien estant ledit village présentement tout en bois et il n’y a aucune apparence de maison » (AD57 - 116 J9).
Contrairement aux villages ruinés de Terlange et Rexange dont les bans sont proches du fief de Luttange, les bans et villages de Schell et Vinsberg sont excentrés et il doit être difficilement concevable pour des laboureurs du village d'exploiter ces terres. Ainsi, il semble que les Siegneurs de Luttange décident dans le dernier quart du XVIIIe siècle de reconstruire les villages de Schell et Vinsberg.

La carte ci-dessous permet de voir la localisation de Schell, Vinsberg (ancienne Seigneurie de Vinsberg rattachée ensuite à la Seigneurie de Luttange).

Les seigneuries de Vinsberg et Luttange (d'après extrait de rapport - AD57 - 116J1, fonds de la famille d'Attel)

Néanmoins, étant donné le faible nombre d'habitants, il fallait faire venir de nouvelles familles. C'est ainsi que des familles en provenance de la Thiérache (région de Momignies/Trélon à la limite actuelle entre la Belgique et la France) viennent s’installer dans les villages de Schell et Vinsberg. Arrivent à ce moment les familles DANY, DEFLORENNE ou DROMMEREY. Le village de Kirsch est également repeuplé de cette manière. D'après mes estimations, entre 30 et 40 personnes ont migré depuis la Thiérache jusqu'à Schell et Vinsberg. Les défrichements et travaux de reconstruction des maisons semblent démarrer dès 1684/1685 et les familles arrivent à partir de début 1687.

La hiérarchie sociale se met en place très vite. Les 3 familles DANY sont des laboureurs (Nicolas, Ambroise et Lambert DANY, sans doutes frères). Les autres familles sont plutôt des familles de manœuvres. Parmi Nicolas DANY et son épouse, Hélène LONGUEVILLE, sont mes sosas 1630 et 1631.

Finalement, après le chaos, la vie se réinstalle...

vendredi 16 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre N écrite à Nicolas DANY

Nous sommes dans la deuxième moitié du #ChallengeAZ et la motivation est toujours au rendez-vous ! Aujourd'hui, ma missive est destinée à Nicolas DANY, mon sosa 1630. Il fait partie de mes ancêtres thiérachiens qui ont migré vers la Lorraine dépeuplée après la guerre de Trente Ans.



 ***
Vendredi 16 novembre 2018,


Sieur Nicolas DANY,
Entre vous et moi, plus de trois siècles nous séparent. Pourtant nous sommes liés par une chaine d'hommes et de femmes. Ce sont vos descendants, ce sont mes ancêtres. Je me prénomme Sébastien, et je suis votre descendant.

Nicolas, savez-vous que c’est grâce à vous que j’ai pu remonter les origines des familles qui habitaient à Schell, Vinsberg et Kirsch à partir des années 1690 ? Lorsque j’ai débuté mes recherches, il était dit que vous étiez nés à Schell, paroisse de Luttange, aux environ de l’année 1653.

J’étais très étonné car cette information, reprise par tous, n’était pas vérifiée, ni vérifiable, étant donné que les archives des registres de la paroisse de Luttange ne démarrent qu’à partir de l’année 1670. Fait plus troublant, il n’y avait rien au sujet de vos enfants, ni de votre mariage, avant 1687.

C’est au hasard de recherches que j’ai remarqué que de nombreuses familles DANY/DANIES vivaient dans le nord de la France, et plus précisément dans les secteurs de Fourmies, Trélon et Momignies (dans l’actuelle Belgique). Ce territoire correspond à la Thiérache. Et effectivement, mon intuition était juste. Je remarque votre présence ainsi que celle de votre épouse dans le village de Wallers-Trélon. Rapidement, je retrouve dans les registres des noms qui me sont familiers : DANY, DEFLORENNE, LEPORC, LONGUEVILLE… Il n’y a plus de doutes : tous les habitants de Schell, Vinsberg et Kirsch-lès-Luttange sont originaires d’une seule et même région et sont tous arrivés en Lorraine dans une période allant de 1687 à 1696.

Nicolas, j'ai retrouvé une carte de votre région natale.




A votre arrivée à Schell, dans le bailliage de Thionville, vous êtes mariés avec Hélène LONGUEVILLE depuis près de neuf ans et vous avez au moins quatre enfants. Ce voyage, vous ne l'avez pas fait seul. Il y a avec vous la famille de Laurent DROMMEREY, celle d’Ambroise et Lambert DANY, que je pense être vos frères, les DEFLORENNE, les LEPORC, les VALDOR…J’ai estimé que vous étiez au moins 50 hommes, femmes et enfants, à parcourir les 50 lieues qui vous séparaient de votre demeure.

Nicolas, il n’y aucun doute que votre venue était attendue. Vous étiez le symbole du renouveau et du retour de la vie dans des villages qui avaient été ruinés pendant la guerre de Trente Ans. Les Seigneurs de Luttange vous en sont reconnaissant puisque, à la naissance de votre premier enfant dans la seigneurie, les parrains et marraines sont désignés parmi les membres de leurs familles.A cette époque, c'était un privilège.

Petit à petit, une nouvelle hiérarchie sociale s’organise. Avec Ambroise DANY, vous détenez la majorité des terres et vous êtes laboureurs. Je ne sais comment s’est passé votre « assimilation » dans la communauté de Luttange. Même si vous étiez distants d’une lieue du village, vous nouez des liens avec les familles déjà présentes. C'est ainsi que vous mariez certains de vos enfants avec jeunes hommes et femmes originaires de la région.

Après votre disparition, c’est votre fils, Charles, qui reprendra la plupart des terres et la gestion de la ferme. En 732, il fera réaliser des travaux de construction ou d’agrandissement de la maison. Le bâtiment est toujours visible aujourd'hui, mais tombe malheureusement en ruine. 

Nicolas, vous qui êtes aux confins de mon arbre, je vous adresse mes salutations les plus respectueuses.  


Sébastien

samedi 20 janvier 2018

Une soirée dans la maison de Charles DANY - # RDVAncestral

Lors de mon premier #RDVAncestral, j’ai rencontré Marie HACARDIO, mon aïeule à la huitième génération, qui était alors âgée de 16 ans. Elle vivait avec son frère chez son oncle, Charles DANY, qui était également son tuteur depuis la mort de ses parents. Lors de notre rencontre, elle m’avait proposé de revenir le soir même pour le rencontrer. J’étais donc bien décidé à rester jusqu’à la fin de la journée pour faire connaissance avec le reste de la famille… 

La magie du Rendez-vous Ancestral vous fait voyager dans le temps et dans l’espace en un clin d’œil. Aussitôt que je m’éloignais de la maison, je me retrouvais à l’entrée du village, quelques heures plus tard.

Dans la campagne, l’ambiance était très différente par rapport à mon arrivée durant l’après-midi. Le bruit des chevaux et des hommes au travail avait laissé la place aux seuls chants des oiseaux. Les merles annonçaient la fin de la journée tandis que les hirondelles planaient au dessus de ma tête. La fraîcheur et l’humidité commençaient à remonter du sol. Le soleil allait bientôt se coucher. Nous étions sans doute à la fin de l’été.

Bien décidé à revoir Marie et à rencontrer son oncle et tuteur, Charles DANY, je m’avançais à nouveau vers le village de Schell, en direction de leur maison. En parcourant la rue, je croisai plusieurs personnes. Je les saluai, et ils me saluèrent non sans un regard mêlé de surprise et d’interrogation. On ne devait pas croiser beaucoup d’étrangers dans le village ! L’un d’entre eux était peut-être Jean DEFLORENNE, également mon aïeul, qui vivait à Schell à cette époque. Je ne le saurai sans doute jamais, à moins d’une rencontre dans un prochain Rendez-vous Ancestral ?

J’arrivai enfin devant la maison. C’était une maison lorraine typique avec d’un côté, une grande porte ouverte sur la grange et les écuries, et de l’autre, séparées par un couloir central, les pièces à vivre. Entre le bâtiment et la rue, différents chariots, outils ainsi que des tas de bois et de fumier étaient entreposés dans un espace que l’on appelle l’usoir.

L'Usoir - village de Bulles en Lorraine belge (Source : Wikipédia)


Marie était là. A côté d’elle, un homme s’employait à détacher un cheval attelé à une charrette en bois. Elle me vit et me fit un sourire. Elle s’adressa alors à l’homme qui était, comme je le supposais, Charles DANY : 
- « Mon oncle, voici la personne dont je vous ai parlée et qui est passée cet après-midi.
- Bonsoir monsieur, me dit-il, Marie m’a parlé de vous. Vous êtes un cousin éloigné m’a-t-elle dit ?
- Oui, en quelque sorte. Je suis très heureux de vous rencontrer. » 
 Charles s’approcha de moi pour me serrer la main. Je pris ce geste comme une marque de confiance et d’approbation de ma visite. Charles repris alors la discussion :
- « Le souper va être bientôt servi. Venez manger avec nous, le repas est simple, mais vous remplira le ventre.
- Avec plaisir. Je vous en remercie !
- Marie, pourriez-vous prévenir votre tante que nous avons un invité ce soir, nous mangerons dans le poële ».
Marie partit alors à l’intérieur de la maison. Charles me laissa quelques instants, le temps d’amener le cheval à l’écurie, puis m’accompagna pour entrer dans la maison. La porte en bois s’ouvrit sur un long couloir qui traversait la maison jusqu’à son fond. Nous prîmes la première porte à gauche pour arriver dans une pièce éclairée par une fenêtre qui donnait sur la rue. Nous étions dans la chambre de devant, que l’on nomme ici le « poële », ou le « pâl ». J’en fus très flatté car il s’agissait de la seule et unique « belle » pièce de la maison où l’on faisait entrer les hôtes d’honneur.

La maison de Charles était une maison récente et plutôt moderne pour l’époque. Le poële servait de chambre pour la nuit, mais également de salle à manger pour les grands jours. Autour de la table et des chaises en paille, on retrouvait une grande armoire, des coffres en bois et des lits recouverts chacun d’un traversin, d’un drap et d’un demi-drap vert.

Nous entrâmes ensuite dans la cuisine, où se tenait le reste de la famille. La pièce était extrêmement sombre car il n’y avait aucune fenêtre. Seule une grande ouverture au-dessus du toit et à côté de la cheminée permettait d’entrevoir le peu de lumière qui subsistait à cette heure de la journée. A l’arrière, une porte était entrouverte. Elle laissait entrevoir une pièce obscure dans laquelle je reconnaissais une maie à pétrir. Le sol était en terre battue.

Charles me présenta ensuite sa famille. Marie, son épouse, portait dans ses bras la petite Christine, qui était âgée de un an. Parmi les autres enfants, il y avait Jean, neuf ans, son unique fils issu de son premier mariage, puis Anne-Marie, sept ans, Madeleine, cinq ans, et Catherine, trois ans. Charles était également tuteur de Marie et Nicolas HACARDIO, ses neveux. Il me présenta enfin un domestique et une servante qui les aidaient dans leurs tâches quotidiennes.

Après ces présentations, la table fut mise.

La servante nous amena une soupe trempée de bouillon et servie avec des choux, des fèves et des morceaux de lard. Tout le monde mangeait en silence et on entendait seulement le bruit des cuillères qui tapaient et raclaient dans les assiettes en étain. Bien que simple, je me régalais de ce souper offert de si bon cœur par mes hôtes de la soirée.

Le repas terminé, je suivis toute la famille en direction de la cuisine ; c’était le temps de la veillée. Nous nous asseyâmes autour de la cheminée, sans autre lumière que celle du foyer. Voilà un moment simple que je n’aurais manqué pour rien au monde. La chaleur de la braise me réchauffait le corps, la chaleur humaine me réchauffait le cœur. J’étais très ému de partager cet instant avec eux. Je pensais alors à notre époque soi-disant moderne où l’on a remplacé les veillées par la télévision où les Smartphones…



Charles parla ensuite des travaux de la journée, de la récolte qui serait plutôt bonne et de l’automne qui arrivait. Au fur et à mesure de la discussion, il me parla de ses parents qui étaient venu s’installer à Schell, près de 50 ans plus tôt :

- "Mon père, Nicolas, était originaire de la paroisse de « Momni* ». Je ne connais pas la raison qui a poussé mes parents et d’autres familles à quitter leur village pour venir ici. Ce que je sais, c’est que leur arrivée était attendue car il fallait repeupler le pays. On raconte qu’il y a cent ans, la peste et des hordes de Cravattes** ont tout ravagé. Depuis, le village de Schell était en ruine et recouvert de forêt. Il fallait défricher, couper le bois, dégager les ruines des anciennes maisons pour en extraire les pierres, puis reconstruire. Les hommes les plus vaillants et les moins fortunés sont venus faire se travail. Puis, lorsque le village fut reconstruit, et les terres labourables, le reste des familles arriva. Ma mère m’a raconté que le voyage n’a pas été facile. C’était l’hiver, il faisait froid et elle-même attendait son quatrième enfant. Ma sœur, Madeleine vint au monde quelques semaines plus tard. Cette naissance symbolisait le retour de la vie, et cela représentait beaucoup pour les Seigneurs de Luttange. Pour preuve, Madeleine eut le Sieur d’Attel pour parrain… "

J’écoutais cette histoire avec fascination, mais le temps était venu de quitter la famille. Je prétextai qu’une personne devait me chercher à Vinsberg. Charles ne me posa pas de question et me remercia de ma visite. En retour, je le remerciai chaleureusement car j’avais passé un moment très fort en leur compagnie. Je saluai Marie HACARDIO en lui demandant de bien prendre soin d'elle.

La magie du Rendez-vous Ancestral vous fait voyager dans le temps et dans l’espace en un clin d’œil. Aussitôt que je m’éloignais de la maison, je me retrouvais assis devant mon ordinateur, bien décidé à mettre des mots sur ce que j’avais vécu…


* Momignies, aujourd’hui en Belgique. On devait le prononcer de la sorte car le nom du village est retranscrit de cette manière dans les registres en Moselle (AD57) 

 ** Croates. Le pays thionvillois subit de nombreuses attaques et mouvements de troupes pendant la guerre de Trente Ans. Ce fut le cas notamment des troupes messines (françaises) qui attaquèrent le village de Luttange par deux fois (le secteur était alors luxembourgeois). D’autres troupes pillèrent certains villages. La présence de croates et de suédois a semble t-il, particulièrement marqué les esprits. 

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Sources :
  • Charles DOSSE, 1981. Luttange. 72p. Ed. Zalc, Metz. (Dans cet ouvrage, on retrouve la description de la vie d’un laboureur du 17ème siècle à Luttange, dont je me suis inspiré). 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Justice seigneuriale de Luttange – Cote B5248, acte n°34. Inventaire après décès des biens d’Hellaine Longuville en date du 16 février 1730 (Hélène Longueville est la mère de Charles DANY et la grand-mère de Marie HACARDIO). 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Justice seigneuriale de Luttange – Cote B5247, acte n°22. Inventaire après décès des biens de Charles DANY en date du 16 mars 1771. 
  • Arch. Dep. de la Moselle. Registres paroissiaux de la paroisse de Luttange. Actes relatifs aux baptêmes, mariages et sépultures de la famille Charles DANY/ Marie MAYER (9NUM/431ED1E2 à 9NUM/431ED1E6). 
Retrouvez toutes les contributions du #RDVAncestral sur le site http://rdvancestral.com/

samedi 16 décembre 2017

Emotion pour mon premier #RDVAncestral avec Marie HACARDIO

Depuis quelques semaines, je me prépare à mon premier Rendez-vous Ancestral. Le rendez-vous a été initié par Guillaume Chaix du "Le Grenier de nos Ancêtres". Le principe est très simple : aller à la rencontre d’un de nos ancêtres et raconter ce voyage dans le passé. Je suis à la fois excité par cette nouvelle expérience, et un peu anxieux. Je me pose tout un tas de questions: comment vais-je leur parler ? Comment serai-je habillé ? Est-ce qu’ils vont me comprendre ? Dois-je passer in cognito ?... Bref, beaucoup de questions et aucune réponse tant que je n’avais pas vécu mon premier #RDVAncestral, que je vous propose de découvrir ici. 

Mon arrivée dans le passé se fit en douceur… comme si je me réveillais d’une bonne nuit de sommeil. Les yeux encore fermés, je commençais à percevoir les bruits de ce monde qui m’entourait. C’était d’abord le mugissement d’un bœuf, le bêlement d’un mouton, puis le bruit du vent dans les feuilles d’un arbre. Au loin, on entendait des discussions. Des « Ah ! » et des « Oh ! » s’unissaient aux hennissements des chevaux qui accompagnaient le dur labeur des hommes dans les champs. Puis vinrent les odeurs. Elles me rappelaient les balades estivales à la campagne : une légère odeur d’herbe fraichement coupée qui s’entremêlait à celle d’un bon fumier…

En ouvrant mes yeux, je me rendis compte que j’étais habillé avec des vêtements d’époque. Cela me rassura car ce genre de détail faisait partie des questions que je me posais avant de partir à ce premier RDV Ancestral. Au moins, je passerai « in cognito » !

Pour mon premier voyage dans le passé, je me sentais étonnamment bien. L’appréhension que j’avais avant mon départ s’était finalement dissipée dans ce voyage temporel. J’examinais alors le paysage qui m’entourait. A ma droite, derrière une prairie, on pouvait distinguer une multitude de champs et des cultures dont la largeur ne devait pas dépasser cinq ou six mètres. Au loin, je devinais les laboureurs, manœuvres et attelages qui travaillaient la terre. Une grande forêt se trouvait à ma gauche. Devant moi, le chemin de terre sur lequel j’étais aboutissait à un village constitué d’une dizaine de maisons.

En voyant ce paysage, je pris soudain conscience d’être réellement arrivé dans le passé. Mon excitation et mon enthousiasme devinrent tels que mon cœur commença à battre la chamade : « Je suis bel et bien arrivé dans le passé ! ». Je n’arrive toujours pas à décrire cet état d’émotion intense qui s’empara de moi, entre coup de foudre et émerveillement.

« Bon, OK, Sébastien, je suis dans le passé… mais quand ? ... Et où suis-je précisément ? ». Sans plus tarder, dans un élan d’enthousiasme, je décidai de marcher vers les maisons.

Au fur et à mesure de mon avancée, je commençais à reconnaître les paysages qui ne m’étaient pas étranger. « Je dois être à Schell » me dis-je. C’était somme toute logique, puisqu’une grande partie de mes aïeux y avaient vécu. A la deuxième ou troisième maison, je m’arrêtai net.

Les yeux écarquillés, la bouche ouverte et mon cœur qui repartit de plus belle... Certes, la maison n’avait rien de particulier, puisqu’il s’agissait d’une ferme lorraine typique avec une grande porte de grange, une porte d’entrée principale qui donnait sur un long couloir, et une fenêtre qui donnait sur la rue. Non, ce qui me laissa pantois, c’est l’inscription qui figurait sur le linteau de porte taillé dans une pierre ocre: « CD – 1732 – MM ». Il n’y avait aucun doute, cette grande maison était la ferme de Charles DANY et Marie MAIRE. J’étais donc bien à Schell. Ce qui me frappa, c’était le très bon état du bâtiment qui n’avait rien à voir avec l’état de ruine dans lequel il nous est parvenu aujourd’hui…


Mon émotion était telle que je ne fis pas attention à la jeune fille qui sortait de la grange. Habillée d’une jupe et d’une chemise, elle portait des sortes de souliers aux pieds. J’étais très étonné car je pensais que les personnes de l’époque portaient tous des sabots. Aux traits de son visage, je lui donnais 16 ans, 18 ans tout au plus. Sur le moment, je ne savais pas trop quoi lui dire. Les quelques secondes qui s’écoulèrent me paressèrent une éternité… Finalement, c’est elle qui engagea la conversation et qui me sortit de mon hébétude.

« Si vous souhaitez voir mon oncle Charles, il est partit dans les champs et reviendra avant le soir. »

Reprenant mes esprits, et après quelques nouvelles secondes de silence, je lui répondis :

- Merci. Je l’attendrai, enfin… je ne suis pas certain d’être encore là ce soir (pour un premier RDV ancestral, je ne savais pas combien de temps j’allais rester).
- Voulez-vous que je lui dise que vous êtes passé ?

Ne sachant pas quoi lui répondre à nouveau, j’esquivais en lui demandant comment elle s’appelait et si elle vivait dans cette maison. Étrangement, elle me répondit avec un grand sourire et sans forme d’appréhension :

- Je m’appelle Marie. J’habite chez mon oncle avec mon frère Nicolas depuis la mort de mes parents.

Il n’y avait guère de doute. La jeune fille qui me parlait devait être Marie HACARDIO. Nous devions être dans les environs de 1735/1740. Marie est mon aïeule du côté de mon grand-père maternel à la 8ème génération. Sa mère, Thérèse DANY avait épousé Jacques HACARDIO qui était laboureur à Marspich. Pour valider mon hypothèse, je remis un peu d’ordre dans mon esprit pour ressortir les quelques informations que j’avais en mémoire sur elle et sa famille:

- « Votre père se nommait bien Jacques n’est-ce pas ? Vous habitiez à la Cense de Konacker ?
- Oui, c’est bien cela. Vous connaissiez mon père ?
- Oui et non… En fait, je suis un membre de la famille, un cousin très éloigné en quelque sorte.
- Vous connaissez alors mon oncle Charles et son épouse Marie ?
- Oui, de nom. J’ai beaucoup entendu parler de lui, mais il ne me connait sans doute pas.
- Je vais devoir retourner à ma tâche. Si vous souhaitez voir mon oncle, passez en fin de journée.
- Je vous remercie. J’essayerai de passer. »

A ces mots, elle retourna dans la grange pour continuer son travail.

Ce premier contact avec une de mes ancêtres s’était finalement bien déroulé. J’étais très heureux d’avoir pu faire la connaissance de Marie, même si je restais quelque peu frustré de la brièveté de notre échange. Je reste néanmoins surpris de la facilité avec laquelle nous avons échangé… comme si finalement le lien familial, aussi lointain soit-il, avait créé une relation de confiance entre elle et moi. Après cette première rencontre, j’étais bien décidé à rester jusqu’à la fin de la journée pour voir Charles DANY et passer un peu plus de temps avec Marie pour la connaître un peu plus…



Vous trouverez la suite de ce #RDVAncestral dans l'article suivant :
http://marques-ordinaires.blogspot.com/2018/01/une-soiree-dans-la-maison-de-charles.html

mardi 10 juin 2014

I comme "I comme Inventaire après décès"



Pour cette deuxième semaine du ChallengeAZ, je vous propose de découvrir quelques uns des documents, sources ou archives qui peuvent permettre d’avancer dans les recherches généalogiques. Aujourd’hui, je vous propose de poursuivre sur les documents relatifs aux successions et héritages : les inventaires après décès.

De quoi s’agit-il ?

Il s'agit d'un acte notarié ou judiciaire. Les inventaires étaient réalisés généralement très peu de temps après le décès. Pour les inventaires que j’ai pu retrouver, il s’agissait souvent d’une question de quelques jours après le décès. 

Où trouver les inventaires après-décès ?
Pour ma part, j’ai retrouvé deux sources principales : les archives de notaire (Sous-série 3E aux archives départementales de la Moselle) et les archives judiciaires (Série B). Sans contrôle des actes, j'ai du réaliser un dépouillement systématique.

Que retrouve t’on ?

L'acte d'inventaire après décès n'est généralement pas isolé dans les liasses. On retrouve par exemple des documents où un des héritiers demande la réalisation de l'inventaire.
L'acte en tant que tel comprend notamment :

  • l'identité et les situations des demandeurs de l'inventaire (requérants),
  • la liste des biens (meubles, effets, titres, papiers)

Les inventaires après décès permettent notamment d’avoir une « photographie » de l'époque et de se replonger dans le quotidien de nos aïeux. Ils permettent également d’évaluer le niveau de richesse par comparaison avec d’autres.

Exemple :

Pour illustrer mes propos, voici un inventaire après décès retrouvé en Série B sous la côte B5247 (Justice Seigneuriale de Luttange, actes divers du XVIIIème siècle).
Porte d'entrée de la maison de Charles DANY

Il s’agit de l’inventaire des biens mobiliers d’un certain Charles DANY, laboureur au village de Schell, dont le décès date du 13 mars 1771. Il est le frère de Thérèse DANY, mon aïeule à la 9ème génération et également oncle et tuteur de Marie HACARDIO que je vous ai présenté lors du dernier Challenge 2013 (Lien).

L’inventaire a été réalisé les 15 et 16 mars 1771, soit 2 jours après le décès. L'acte liste ensuite, pièce par pièce les objets présents.

On note par exemple pour la cuisine :

  • les objets en cuivres et en airain (3 chaudrons, 3 marmites, une passoire...),
  • les objets en étain (5 plats, 10 assiettes, 15 cuillères...)
  • les meubles en bois (2 seaux ferrés, un baquet, une table tirante, 4 bois de lit, 6 chaises de paille, une armoire, 3 coffres)
  • les plumages et équipages de lit (5 plumeaux, 6 traversins, un tour de lit)
  • les appartenances du défunt (un habit de pinchinat, une veste, une chemise, un chapeau, une paire de soulier et une paire de bas de laine)
L'acte permet véritablement une visite de guidée de la maison. Les pièces de la maison de Charles DANY (comme la plupart des maisons lorraines de l'époque) sont peu nombreuses. Il y avait une cuisine, pièce commune ouverte sur le devant de la maison par une fenêtre, une chambre à l'arrière, un grenier, une grange et une écurie.

D'autres documents (dont les actes paroissiaux) m'avaient permis de conclure sur le fait que Charles DANY était un des principaux laboureurs du village de Schell. Pourtant, à la lecture de l'inventaire après décès, sa richesse était toute modeste, comparativement à d'autres laboureurs de la région.



Et vous, avez-vous pu trouver ce type d'actes ? Qu'en avez-vous appris ?



mercredi 4 juin 2014

D comme Dévotion

Le thème que j'ai choisi d'aborder pour la première semaine du Challenge AZ concerne des histoires, anecdotes ou faits qui m’ont interpellés lors de la lecture et du dépouillement de registres paroissiaux. L'acte de sépulture que je vous présente aujourd'hui est particulièrement intéressant car il résumé assez bien la vie du défunt...



Aveugle par Gavarni (http://www.crcb.org)
Le 10 juin 1724 a eu lieu à Guénange l'enterrement de Lambert DANIS, en présence notamment de son frère, Ambroise et de son fils, Jean-Baptiste. Je vous laisse découvrir le début de l'acte dans lequel on retrouve de nombreuses informations sur la vie de Lambert DANIS (ou DANY) :


L’an 1724 le 10 de juin a été par moy curé de Guenange soussigné
inhumé le corps de défunt Lambert Danis natif de momny de la conté
de chiny au pays de Luxembourg agé de 85 ans après avoir recu
et avoir été par moi munis de tous les droits de l’église et avoir
donné des marques de bon chretien mort de la belle mort cy devant
Laboureur à Chelle paroisse de Luttange lequel se trouvant
Affligé pour avoir perdu la vu est venu résider sous les yeux des
Enfants de sa femme Catherine budlinger dans le village de
Bousse ou ayant concu une dévotion particulière pour la ditte chappelle
Il avoit demander a moy curé d’y estre enterré ce que je luy ai
Accordé dautant plus volontiers que plusieurs des dits enfants sont
Les protecteurs et bienfaiteurs de cette chapelle le tout sans préjudice

 
Petites explications de texte...

Voici quelques précisions à apporter à cette micro-biographie :

Le village d'origine de Lambert DANIS est Momignies, situé dans l'ancien Comté de Chiny et actuelle en Belgique, non loin de la frontière avec la France.
Il s'est installé dans le village de Schell avec sa première femme Marie PIERSON avant qu'elle ne décède en 1694. Il se marie ensuite avec Catherine BUDLINGER le 30 juillet 1695 à Guénange.

Vous trouverez le lien vers la fiche Généanet de Lambert DANY ici.


Avez-vous retrouvé d'actes aussi détaillés ?

A très bientôt! 



vendredi 5 avril 2013

E comme « Erreurs»



Je parlais hier des erreurs que l’on peut retrouver en généalogie. J’ai fait le constat que de nombreuses erreurs ou approximations existaient notamment dans les arbres en ligne. Le copiage d’informations non sourcées est malheureux, puisqu’avec le temps, une hypothèse émise par quelqu’un peut se transformer en vérité générale et non vérifiable… Voici une expérience qui m’a amené à reconsidérer non seulement certaines informations de ma généalogie, mais également tout un pan de l’histoire d’une partie de mes ancêtres…

En débutant ma généalogie, je n’avais aucune certitude, mais il y avait une chose dont j’étais à peu près certain, c’était que mes ancêtres étaient d’origine lorraine (exceptée par branche italienne…). L’ensemble des données que j’avais pu récupérées en premier lieu me permettaient en effet de remonter jusque vers les années 1680/1700, à la limite des données existantes dans les registres paroissiaux. Ceci était notamment le cas des familles DANY, DEFLORENNE ou encore DROMERY, dont on retrouvait les traces à Schell et Vinsberg (villages de la paroisse de Luttange). Dans l’ensemble des arbres en ligne (Généanet notamment), ces personnes sont installés dans ces villages depuis 1630 au moins. Parmi eux, nous pouvons citer Joseph DEFLORENNE, qui serait né à Vinsberg en 1630…

Des lacunes dans les registres paroissiaux ?

La publication d’une partie des registres paroissiaux de la Moselle m’a permis de passer du temps à éplucher les actes de la paroisse de Luttange. Premier élément troublant, les registres paroissiaux débutent en 1682, mais on ne retrouve pas de trace de ces familles avant janvier 1687…  Au grand hasard, il n’y eut peut-être aucun évènement entre 1682 et 1686 ?
Je continuais mes recherches et retrouvais les mariages des enfants des couples installés à Schell et Vinsberg, quelques années plus tard. Il apparaît que des enfants étaient bien nés entre 1682 et 1686… Ces dates approximatives sont confirmées par leur âge au moment de leur décès…
Autre détail, les dénombrements de feux effectués en 1611 ne signalent aucunement ces patronymes…

J’étais alors devant deux hypothèses : soit les registres présentent des lacunes, soit il s’agit d’une erreur, et ces familles n’habitaient pas Schell et Vinsberg…

Des homonymes troublants…

J’oubliais quelque peu cette histoire en attendant de pouvoir retrouver des informations plus fines, éventuellement au sein des actes notariaux… Pourtant, quelques semaines plus tard, je fis une découverte qui allait me faire avancer d’un grand pas…

Lors de recherches de patronymes sur Généanet, je fus surpris de retrouver des DANY, des DEFLORENNE ou des DROMMEREY dans le département du Nord en en Belgique. Après quelques recherches, je trouvais l’existence d’un couple Nicolas DANIS/Hélène LONGUEVILLE, mariés le 16 juillet 1678 à Wallers-Trélon. S’agissait-il du même couple présent dans mon arbre, et résidant à Schell ?

Mariage de Nicolas DANY et Hélène LONGUEVILLE (Archives départementales du Nord -
WALLERS-TRELON / BMS [1671-1736] (5 Mi 11 R 025)

 Mes recherches dans les archives numérisées du Nord allaient payer. Je retrouvais au fur et à mesure des recherches, la quasi-totalité des couples installés après 1687 à Schell et Vinsberg.
Il fallait se rendre à l’évidence : les informations donnant toutes ces personnes originaires de Schell et Vinsberg étaient infondées.  

Remettre en cause ses certitudes…

Je découvris alors que toutes les familles installées dans les villages de Schell et Vinsberg s’y étaient installés entre fin 1686 et janvier 1687, ces villages étant sans doute inhabités avant cette date.
Mon hypothèse est la suivante :
La guerre de Trente Ans et les épidémies de la première moitié du 17ème siècle causèrent la ruine en Lorraine. La population fut durement touchée, les villages rasés et les champs laissés en friches pendant plusieurs décennies.
Pour remettre la Lorraine d’aplomb, une politique fiscale fut mise en place pour favoriser l’installation de nouveaux arrivants dans les villages dépeuplés. L’arrivée des nombreuses familles originaires de la même région (et plus ou moins parentées) fut sans doute lié à cette politique.


Mes recherches continuent toujours aujourd’hui pour retrouver des traces de cette migration. Pour l’instant, les archives notariales n’ont rien données, mais j’ai d’autres pistes…
Cette histoire bouleverse un peu mes certitudes initiales concernant mes origines. Pourtant, il n’est rien de plus exaltant et motivant de pouvoir retracer une histoire qui était jusque là oubliée… tout ça à partir d’une simple erreur !