jeudi 27 septembre 2018

#Projet3Mois – Catherine Valentin – Episode 5 : des actes retrouvés

Dans le quatrième épisode de mon premier #Projet3Mois, j’en étais resté sur les seules informations en ma possession au sujet du décès de Catherine VALENTIN et de Jacques REGULIER : l’état-civil et le registres de catholicité. Bien déterminé à en savoir plus, j’ai souhaité dépouiller les actes notariés de cette période car les archives de la Justice de Paix ont disparu en 1944. 

Les inventaires des Archives départementales de la Moselle m’ont permis de retrouver, par chance, la présence d’un notaire en résidence dans le village des Étangs : maître Lamarlé. D’actes en actes, de feuillets en feuillets, je me plonge dans le passé de ce village dans les 1808 et 1809. Enfin, sur une minute en date du 6 novembre 1809 : un inventaire après décès. Mes yeux s’arrêtent sur deux noms : Jean Jacques REGULIER et Catherine VALENTIN. Imaginez ma joie à la découverte de cet acte qui se rapporte pourtant au décès de Catherine ! Outre de nouvelles « révélations », je trouve également dans la minute suivante, un acte de vente des biens mobiliers des défunts, en date du 13 novembre de la même année.

Inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1 - Année 1809, n°96)


Dans la suite de cet article, je vous propose de faire un point sur les avancées que j’ai pu réaliser grâce à ces deux documents (AD57 - 407U1).


Des informations inédites et une confirmation sur le statut marital de Catherine


Dès le début de l’acte, j’apprends que Jacques REGULIER (nommé ici Jean-Jacques) était boulanger, renseignement que je n’avais pas puisqu’il apparaissait dans les derniers actes de catholicité et d’état-civil comme manœuvre.

La suite du document me permet également de préciser le statut et la situation de Catherine à son décès :
  • Elle est bien divorcée d’avec Jacques REGULIER, qui avait émigré, même si elle vit à nouveau avec lui,
  • Elle est toujours mariée civilement avec Nicolas GASNER, mais celui-ci ne vit pas avec elle car il demeure à Courcelles-Chaussy, là où il a toujours vécu (ce qui me conforte dans l’idée qu’il s’agissait d’un mariage de « façade »),
  • Même s’il est le père et tuteur de Marguerite GASNER, ce n’est pas lui qui s’en est occupé après le décès Catherine. C’est Nicolas BERARD, beau-frère de Catherine VALENTIN, qui en assure la « protection ». 

Louis Joseph, finalement le fils de Jacques REGULIER ? 


La suite du document aborde les liens qui unissent les défunts avec les différents membres de la famille.

Comme je le savais, l’acte mentionne trois enfants :
  • Jean-Jacques REGULIER, 
  • Joseph VALENTIN,
  • Marguerite GASNER. 

Les détails de la situation de ces enfants vont m’apporter une information des plus capitales :

Jean Jacques REGULIER est dit « garçon mineur et émancipé […] sous l'autorité du Sieur Nicolas Bérard, manoeuvre, demeurant à Pontigny ». Joseph VALENTIN est cité de la sorte « Joseph Valentin, né Régulier garçon majeur et Militaire au service de Sa Majestél'Empereur, absent ».

Extrait de l'inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1)

Oui, vous lisez bien Joseph VALENTIN, né Régulier ! 

La suite ne laisse guère planer de doute : « Ces deux derniers procréés dudit mariage des deux deffunts ».

Concrètement, cela signifie que Louis Joseph WALENTIN (nommé ici Joseph VALENTIN) est considéré dans cet acte comme étant le fils de Jacques REGULIER. L’acte suivant relatif à la vente mobilière de la succession fait état de la même situation en mentionnant les deux enfants de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER : Jean-Jacques REGULIER et Joseph VALENTIN REGULIER.

Le doute est-il permis ? 

Pour moi, ces informations ne me permettent pas de valider avec certitude la paternité de Jacques REGULIER (même si cela me permettrait de remplir une partie vierge de mon arbre).

Pourquoi a-t-on considéré Jacques REGULIER comme le père de Louis-Joseph ?

  • Pour des raisons successorales ? Louis Joseph était absent au décès de sa mère et son possible père. Il n’a donc pas pu personnellement influer pour signifier qu’il était le fils des deux défunts. Par ailleurs, il apparait que ses parents n’avaient que très peu de biens et qu’au final ils étaient endettés. 
  • Pour un état de fait ? Dans la famille, on pourrait dire que Jacques REGULIER a été un père pour Louis-Joseph. Or, s’il l’on s’en tient à sa présence effective dans le foyer, on peut douter de cette affirmation. En effet, Jacques est rapidement parti en émigration après son mariage avec Catherine VALENTIN. Louis Joseph devait être âgé de 4 ou 5 ans. Vraisemblablement, il serait revenu en 1804/1805. Louis Joseph avait alors 16 ans. 

Alors, dans ce cas, pourquoi Jacques REGULIER n’a-t-il pas reconnu son fils prétendu issu de sa relation avec Catherine ? Est-ce lié au contexte troublé de la révolution ?

Encore des questions sans réponse...

L’inventaire après-décès : dans l’intimité de la maison de Catherine et Jacques REGULIER


Comme je le supposais, le couple vivait avec un niveau de vie plutôt faible. Ils n’avaient aucun bien immobilier et louaient une petite maison de manœuvre appartenant à Simon MICHAUX, laboureur vivant dans la commune.

De dimension modeste, la maison était composée de 4 pièces :
  • Une « chambre » donnant jour sur la rue composée de quelques meubles : un coffre de bois de chêne, un pétrin, deux chaises garnies de roseaux, des tonneaux et cuveaux, ainsi qu’un tas de pommes de terres et une pendule en bois. 
  • Une chambre donnant jour à l’arrière comportant une table, un banc, des chaises, une armoire, deux lits à colonne, ainsi que différents ustensiles de cuisine (la cheminée devait s’y trouver)
  • Un grenier avec différents outils et un tas de fagots de bois
  • Une écurie comportant quelques outils et quelques animaux (trois porcs maigres et quatre poules). 
Cette configuration correspond à la maison de manoeuvre qui était en Lorraine composée d'une seule travée.

A la recherche de la maison mortuaire de Catherine...


Lors de ma dernière visite aux Archives Départementales de la Moselle, j’ai essayé de retrouver la maison mortuaire de Catherine et Jacques. Mon seul indice est que cette maison appartient à Simon MICHAUX.

Le cadastre napoléonien de la commune des Étangs date de 1807. L’état de classement pour cette année est ainsi contemporain à la période où Catherine et Jacques vivaient dans la commune.

Après une recherche rapide, je trouve qu'effectivement, Simon MICHAUX possédait deux maisons dont une beaucoup plus petite que l'autre (AD57 – 30P202/1). Malheureusement, l’atlas cadastral date de 1840 et la matrice a complètement été remaniée. En 1839/40, Simon MICHAUX est encore vivant et possède toujours deux maisons (AD57 – 30P202/5).

Extrait de l'atlas cadastral de 1839 de la commune des Etangs (NUM/35P202/1)
 
Sans en avoir la certitude, et en comparant avec le cadastre actuel, je suppose que la maison de Catherine est celle que vous voyez en photo ci-dessous (capture Google Map). Cette hypothèse semble très probable car il s’agit d’une maison de manœuvre à une seule travée.

C’est très émouvant en tout cas d’imaginer qu’elle y a vécu ses derniers instants....


Localisation possible de la maison mortuaire de Catherine VALENTIN (GoogleMap)




Sources :

Archives Départementales de la Moselle :

  • 407U1, Etude de Maître Lamarlé, notaire aux Étangs Minutes notariées de Maître Lamarlé (An13 à 1810.
  • 30P202/1, Cadastre napoléonien de la commune des Etangs, état de classement de 1807. 
  • 30P202/5, Cadastre napoléonien de la commune des Etangs, matrice cadastrale de 1840. 
  • NUM/35P202/1, Cadastrale napoléonien de la commune des Etangs, plan minute de 1839.

2 commentaires:

  1. Incroyable, cette enquête. Je la suis à chaque fois avec délice. C'est presque comme si c'était autant mes ancêtres, tu la racontes avec tellement d'énergie, de dynamisme et d'enthousiasme.
    En plus c'est extrêmement complet, tu ne laisses rien de côté. Chapeau bas comme on dit ! Qu'une seule déception : qu'il n'y ait pas déjà la suite. À bientôt et continue comme ça ;)

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  2. Je te remercie Stanislas. On se pose toujours la question : est-ce que mes recherches vont intéresser les lecteurs ? Vraisemblablement oui et j'en suis très heureux. C'est un travail minutieux qui se prolonge dans le temps (d'ailleurs ce n'est pas un "projet 3 mois" mais un "projet 1 an" :) !).
    A bientôt donc pour la suite dans laquelle il sera question des derniers instants de Catherine et de la vente mobilière.

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