samedi 4 novembre 2017

Retracer le parcours militaire d’un soldat mosellan en 14-18 : quelles sources disponibles ?



Après plusieurs années d’absence, je reprends mon blog de généalogie ; et quoi de mieux que le généathème de novembre pour s’y remettre ? Sophie Boudarel nous propose ce mois-ci de parler de nos poilus, des sources utilisées et des astuces de recherche. Tâche plutôt compliquée pour ma part car aucun de mes aïeux ou des membres de ma famille n’a été poilu entre1914 et 1918 puisqu’ils étaient Alsaciens-mosellans. Qu’à cela ne tienne, je vous propose une série d’articles sur ces soldats qui ont combattu pour l’Empire allemand. Pour débuter, je vais tenter de faire un inventaire des sources disponibles pour retracer le parcours militaire d’un soldat mosellan.


Bref retour historique


Escouade allemande en 1916/1917 (Coll. pers.)
Au début de la première guerre mondiale, la Moselle et l'Alsace étaient sous l’autorité de l’Empire allemand depuis 44 ans, soit près de deux générations. Cependant, malgré les efforts du pouvoir en place, la germanisation n’était pas complète. C’est notamment le cas dans les communes francophones du sud du département de la Moselle. Mon arrière-grand-père maternel racontait d’ailleurs qu’il avait reçu une éducation à la française et que la majorité des gens du village parlaient le français entre-eux.

Le 1er août 1914, l’Empereur allemand Guillaume II ordonne la mobilisation générale. Il déclare la guerre à la France le 3 août. Les mosellans réservistes ont ainsi été mobilisés comme tous les hommes de l’Empire pour combattre soit sur les fronts de l’Est (Russie) soit sur le front français. Certains ont choisi de passer la ligne de front pour rejoindre les soldats français et combattre à leur côté, mais leur nombre reste limité.


Particularités sur les sources


De fait, vous ne trouverez aucune trace d'un soldat mosellan combattant sous l'uniforme allemand sur les bases des soldats morts pour la France ou bien dans les journaux de marche. 
Concernant les registres matricules, ils existent bien pour les hommes des classes antérieures au retour de la Moselle et de l’Alsace à la France. Cependant, il s’agit de reconstitutions établies en 1919 qui ne donnent aucun détail sur le parcours militaire pendant la guerre.

Tableau comparatif et équivalence des sources disponibles


J’ai tenté dans le tableau suivant de présenter les différentes sources existantes pour la Moselle et leur équivalence par rapport aux sources utilisées pour le reste du pays. Ce tableau n’est pas exhaustif. Aussi, si vous connaissez d’autres sources, je suis preneur. N’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires !


France hors Alsace-Moselle
Equivalence de sources possibles pour la Moselle
Archives, listes et bases nominatives
Liste des soldats morts aux combats

Base des soldats « Morts pour la France », Base des soldats Fusillés, sur le site « Mémoire des Hommes »



Base des militaires mosellans morts en 1870 et 1914-1918 sur le site des Archives Départementales de la Moselle :
Registres, inventaires et mémoriaux

Relevés du site Mémorial
Genweb

Relevés collaboratifs sur Généanet, notamment des monuments aux morts

Relevés du site Mémorial
Genweb ainsi que Généanet (cf lien à gauche)

Site internet "Denkmalprojekt" proposant des listes de soldats allemands tombés durant différentes guerres (listes par régiments, retranscription de monuments...) :
Registres matricules militaires des bureaux de recrutement
Registres matricules, classés en série R aux Archives Départementales, retraçant le parcours du soldat (décédé ou non pendant la guerre)
Registres matricules reconstitués seulement pour les survivants après 1918. Le parcours dans l’Armée allemande n’est pas détaillé (Sous-série 2R aux AD57, en ligne pour les classes 1893-1921). 

Les archives du recrutement des soldats prussiens, conservées à Berlin ont disparu lors d'un bombardement à la Seconde Guerre mondiale. En revanche, les archives du recrutement bavarois existent encore aux archives de l’Etat de Bavière à Munich.
Archives collectives des régiments
Historiques des régiments, collections de photos, récits...
Sur le site « Mémoire des Hommes » :
  • Les Journaux des unités engagées dans la Première Guerre mondiale
  • Les historiques des régiments engagés  
D'autres sources (valables aussis en Moselle)
Certains régiments allemands ont fait l’objet d’ouvrages sur leur historique pendant la guerre de 1914-1918.
La plupart de ces ouvrages sont disponibles à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC) à Nanterre.

(Si on connaît le secteur et la date de présence du soldat, on peut également se reporter sur les journaux des unités françaises présentent de l’autre côté du front qui pourra donner quelques éléments de description).
Archives personnelles et familiales
Livret militaire
Livret militaire retraçant l’historique précis du parcours du soldat.
Equivalents allemands du livret militaire : Militärpass
Correspondances
Lettres, photos et cartes postales
Lettres, photos et cartes postales (écriture gothique allemande type « Kurrentschrift“)




Dans les prochains articles, je vous décrirai deux exemples de recherches que j'ai pu réaliser :

  • Celui de Charles LANG, demi-frère de mon arrière-grand-mère, et qui est décédé au combat en 1915, 
  • Celui de Pierre HOURTE, mon arrière-grand-père, français de cœur, mais qui a du combattre en uniforme allemand au Chemin des Dames.



ADDENDUM : Les dossiers de combattants de la 1ère Guerre Mondiale 


Suite au commentaire d’Andy Larry Walker (que je remercie), je vous propose une dernière source intéressante pour retracer le parcours d’un soldat mosellan : les dossiers de combattants. Il s’agit de dossiers individuels de demande de carte ou de retraite du combattant auprès du service de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre.

Les fonds des Archives Départementales de la Moselle 


Les Archives Départementales de la Moselle possèdent en sous-série 1001W les dossiers des combattants de la 1ère Guerre mondiale qui ont formulé une demande de carte ou de retraite du combattant dans le département. Il s’agit des hommes qui étaient domiciliés dans le département au moment de leur demande.

A la date de la rédaction de cet article, le répertoire alphabétique est en cours d’achèvement. En effet, les services des AD57 ont entamé un travail de tri et de remise en ordre de ces dossiers. Les cotes actuelles changeront donc à la remise en ordre finale de ces dossiers. D’après les Archives Départementales de la Moselle, l’ensemble de ce travail doit être finalisé avant la fin de l’année 2018.

Pour l’heure, il convient de contacter le service des Archives Départementales par mail pour récupérer le fichier du classement actuel ou bien, demander directement au président de salle.

Que trouve-t-on dans les dossiers ? 


Les dossiers possèdent différents documents qui peuvent varier d’un dossier à l’autre. On peut notamment y retrouver :
  • Une fiche ou un formulaire de demande de retraite du combattant ou de carte de combattant mentionnant le parcours militaire, ainsi que les éventuelles blessures et faits de guerre
  • Le détail du parcours fournit par les autorités allemandes 
  • L’avant-dernière carte du combattant (au renouvellement de la carte, l’ancienne carte était retournée par son propriétaire), ainsi que le(s) accusé(s) de réception de cette carte, 
  • Un extrait d’acte de naissance, 
  • D’éventuelles correspondances…

dimanche 27 juillet 2014

Copiage de donnée et citation des sources : respectons les droits d’auteur et la propriété des données…

Voici un article d’humeur sur deux questions qui peuvent se poser pour un généalogiste publiant ses données et informations : le droit d’auteur et la citation des sources. 


Du souhait de partager ses données et découvertes… 



Peu après mes débuts en généalogie et de nombreuses heures de recherches passées sur internet ou dans les salles de lecture d’archives départementales, je me suis posé la question de l’utilisation et de la valorisation des données recueillies. J’avais en effet pu élucider quelques énigmes et retrouver des informations quasi inédites. Je souhaitais donc partager le fruit de mes recherches avec d’autres personnes. Après la publication de mon arbre sur Geneanet, j’ai poursuivi ma démarche en créant le blog Marques Ordinaires.

…à la découverte des co-piller/coller sauvages 


Si je publie les informations et résultats de mes recherches, c’est que je souhaite en faire partager le plus grand nombre et que les informations transmises soient partagées, discutées et reprises. J’accepte et je suis même heureux que ces découvertes soient reprises. Pour autant, et malgré l’enthousiasme du partage d’informations et des échanges avec d’autres personnes, je fus refroidi par deux mésaventures.

 La première date d’il y a un an et demi. J’effectuais des recherches sur les patronymes de mon arbre sur un moteur de recherche (google pour ne pas le citer). Je suis tombé sur une photo d’un de mes aïeux et que j’avais utilisé comme portrait sur mon arbre Geneanet. Je suis rentré en contact avec la personne qui avait réutilisé la photographie. Celui-ci m’a répondu un peu sèchement qu’il ne fallait pas s’en étonner car la photo était mise en ligne et qu’elle pouvait être réutilisée par tous…

 La deuxième mésaventure est un peu plus récente. Je reçois chaque semaine une alerte "Geneanet a retrouvé de nouveaux ancêtres". Ce fut le cas un jour pour une des branches que j’avais particulièrement travaillé. Très étonné et curieux de cette information, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la personne avait repris intégralement les résultats de mes recherches, et surtout avait « copier-coller » les notes que j’avais rédigées sur cette personne, ceci sans citer l’origine de la source...

Les risques de la mise en ligne… 


Il faut avoir en tête qu’en publiant et en mettant en ligne des médias ou documents, le risque d’une réutilisation ou de co-pillage-collage "sauvage" existe.

Ces deux mésaventures m’ont fait réfléchir quand à la publication des informations et médias. Concernant les photos, et suite à l’utilisation de photos personnelles de mes aïeux, j’ai rapidement supprimé l’ensemble des portraits et photos de famille de Geneanet. Je compte éventuellement les republier, mais avec une qualité d’image et limitée et surtout avec un copyright incrusté sur la photo En ce qui concerne les publications "texte", je ne compte pas forcément restreindre leur publication. Je vais plutôt privilégier l’utilisation du blog avec la rédaction d’articles et de biographies plutôt que la mise en ligne des informations complètes sur Geneanet.

La citation des sources et le respect des auteurs et propriétaires de données 

Déformation professionnelle sans doute, rigueur scientifique également... voici pourquoi j'ai essayé de citer au maximum mes sources. Je ne parlerai pas ici de la méthode que j'utilise pour citer les sources, car je l'avais déjà fait à l'époque dans un article paru pendant le ChallengeAZ 2013 : "S comme Sources".

La citation des sources doit en fait être réciproque. Lorsque j'effectue des recherches, je suis toujours "frustré" de ne pas avoir la source de l'information. C'est dommage, car je ne peux pas en vérifier l'exactitude et surtout effectuer d'autres recherches sur cette même source d'information. 

De la même manière, il m'est important de citer mes propres sources, et ce ci pour plusieurs raisons :


  • Par respect pour l’auteur et pour le temps qu’il a pu passer pour ses recherches, 
  • Par souci de rigueur « scientifique », 
  • Pour donner au lecteur l’origine des informations et ainsi lui permettre de vérifier et également de poursuivre de son côté des recherches, peut-être avec d’autres pistes… 
  • Pour s’y retrouver personnellement, notamment lorsque l’on reprend une recherche que l’on avait mis en pause pendant quelques jours ou quelques années…
A ce sujet, Geneanet a développé un système d'indice permettant d'évaluer, entre autre, la citation des sources dans les arbres publiés. Comme le précise Geneanet, "Plus les informations publiées sont riches et sourcées, plus le nombre d'étoiles est élevé. Ce nombre ne préjuge pas pour autant de l'exactitude des informations publiées".




Pour terminer, voici quelques articles traitant du sujet, sur la blogosphère généalogique :