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samedi 16 février 2019

#RDVAncestral - Marche avec un inconnu

Comme chaque troisième samedi du mois, le #RDVAncestral est l'occasion de rencontrer nos ancêtres que ce soit dans des circonstances heureuses ou malheureuses. Pour ce trentième numéro, je vous propose de cheminer avec moi, à la rencontre d'une personne particulière...

***

Ce jour est un jour de février comme les autres, du moins, ni trop chaud, ni trop froid. J’habite sur cette terre bretonne depuis presque quinze ans maintenant et je n’arrive pas encore à m’habituer à ses hivers où le froid, le vrai, n’arrive pas à prendre ses quartiers. Qu’ils sont loin ces jours de neige et de froid où le thermomètre descend allègrement sous le zéro degré en plein après-midi ! Je regrette presque ma Moselle natale, terre de mes ancêtres… Enfin… la Bretagne a bien d’autres qualités qui me font rester ici, et c’est bien plus que le cidre et les galettes !

Je travaille en ce moment sur un dossier qui me prend beaucoup de temps et d’énergie et me demande à surpasser mon esprit créatif. Se concentrer, réfléchir, noter, barrer, se reconcentrer, imaginer… Bref, j’ai besoin de faire des pauses et de penser à autre chose, ne serait-ce que l’espace d’un instant. Pour cela, j’ai pris l’habitude de faire le vide, debout, devant la fenêtre de mon bureau. Je contemple alors le jardin et l’immense châtaignier qui se dresse au milieu de la prairie, admirant la beauté de ce que la nature peut nous offrir. Pourtant, ce matin de février, ce tableau vivant prend des couleurs et des traits qui suscitent en moi un sentiment tout particulier. Comme attiré par l’extérieur, je décide de m’octroyer une pause bien méritée pour poursuivre mes réflexions en cheminant au milieu des prés et des champs.

Écharpe au cou et bonnet sur la tête, je marche d’un pas léger et lent. La campagne est silencieuse et les oiseaux se font rares en cette saison. Sans doute attendent-ils des moments plus propices pour se lancer dans les premières notes du concerto du printemps. Pourtant, ces paysages me laissent plutôt dans la tête des airs de Moldau qui me transportent, bien au-delà de mes émotions.

Je marche depuis plusieurs minutes quand j’aperçois, au loin, un homme qui faisait de même, sur une route qui rejoignait la mienne. Les rencontres de promeneurs sont plutôt rares en cette saison me dis-je intérieurement. Nos pas se rejoignent enfin à la croisée des chemins et nous nous saluons. C’est la première fois que je vois cet homme, pourtant, j’ai l’impression de le connaître. D’une voie posée, il se propose de m’accompagner pendant un moment, ce que j’accepte volontiers.

Très vite, nous commençons à bavarder de la pluie et du beau temps et de tous ces sujets qui font généralement le commencement de toute conversation. Curieux d’en savoir plus sur mon compagnon de route, je lui demande si cela fait longtemps qu’il réside ici :
"- Et bien pour ainsi dire non. Je ne suis pas originaire de la région, me répond-il.
- Vous savez, moi non plus. Sans être indiscret, d’où venez-vous ?
- Je suis originaire de l’est de la France, d’un village situé non loin de Thionville. "
A ces mots, je me tourne vers lui, et je m’arrête. Je lui explique que je suis également originaire de la Moselle. Quelle coïncidence ! Tout aussi surpris que moi, du moins il me semble, il m’explique qu’il est né à Yutz et qu’il a vécu à Schell. Comment ? Schell ? Mon étonnement est à son comble car Schell est le village d’une partie de mes ancêtres. L’évocation de ces lieux m’amène alors à parler de généalogie et d’histoire familiale.
"- Tous ces sujets m’intéressent aussi, tout comme vous. Je suis issu d’une grande famille et mon père s’est marié par deux fois. Pourtant, avec mes demi-frères et sœurs, nous avons toujours réussi à nous entendre. Par contre, je ne sais malheureusement que très peu de choses sur mes grands-parents, excepté qu’ils vivaient plutôt modestement.
- Mes ancêtres étaient aussi des gens modestes
- Enfin, nous avons tout de même réussi à trouver notre place, et je suis optimiste malgré la morosité ambiante que nous vivons en France depuis plusieurs années !
- Oui, c’est clair.
- Vous voyez, j’ai tout de même réussi à être maire pendant quelques mandats, certes, dans une petite commune, mais il s'agit d'une grande responsabilité !
- Très certainement ! Et maintenant, que faites-vous ici ?
- Je suis de passage, en voyage, et je suis heureux de découvrir un endroit que je ne connaissais pas ! La campagne est belle par ici !"
A ces derniers mots, je me rends compte à quel point il a raison. Ces lieux sont si beaux et apaisants! En silence, nous continuons notre marche. Les champs laissent la place à une portion boisée qui s'ouvre ensuite vers un paysage de prairies et de bocage. Peu à peu, la brume se fend, laissant passer quelques rayons du soleil. Mon compagnon de route semble ému par ce spectacle, et cela me touche.

Pourtant, notre heureuse rencontre devait se terminer. Arrivé à un carrefour, nous devons prendre chacun une direction opposée et nous nous saluons chaleureusement :
"- Je vous remercie pour ce bout de chemin très agréable. En tout cas, je garderai un bon souvenir de mon court voyage en Bretagne !
- Merci à vous également. Je suis heureux d’avoir pu discuter avec un compatriote mosellan ! A bientôt peut-être !
- Sans nul doute ! A bientôt !"
Enchanté par cette conversation plutôt inattendue, je repars le cœur en joie et plein d’entrain.

Soudain, après quelques minutes, sans que je puisse prendre le temps de me retourner, je l’entends crier au loin :
« Et au fait, je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Jean COQUARD et je suis heureux d’avoir fait votre connaissance mon enfant ! » 
Bon sang ! Jean COQUARD, mon ancêtre à la 7ème génération !

Je me retourne mais trop tard, le voilà disparu !

Finalement, ce jour est un jour de février pas comme les autres, où j’ai pu déambuler et discuter, sans le savoir, avec l’un de mes ancêtres…

vendredi 16 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre N écrite à Nicolas DANY

Nous sommes dans la deuxième moitié du #ChallengeAZ et la motivation est toujours au rendez-vous ! Aujourd'hui, ma missive est destinée à Nicolas DANY, mon sosa 1630. Il fait partie de mes ancêtres thiérachiens qui ont migré vers la Lorraine dépeuplée après la guerre de Trente Ans.



 ***
Vendredi 16 novembre 2018,


Sieur Nicolas DANY,
Entre vous et moi, plus de trois siècles nous séparent. Pourtant nous sommes liés par une chaine d'hommes et de femmes. Ce sont vos descendants, ce sont mes ancêtres. Je me prénomme Sébastien, et je suis votre descendant.

Nicolas, savez-vous que c’est grâce à vous que j’ai pu remonter les origines des familles qui habitaient à Schell, Vinsberg et Kirsch à partir des années 1690 ? Lorsque j’ai débuté mes recherches, il était dit que vous étiez nés à Schell, paroisse de Luttange, aux environ de l’année 1653.

J’étais très étonné car cette information, reprise par tous, n’était pas vérifiée, ni vérifiable, étant donné que les archives des registres de la paroisse de Luttange ne démarrent qu’à partir de l’année 1670. Fait plus troublant, il n’y avait rien au sujet de vos enfants, ni de votre mariage, avant 1687.

C’est au hasard de recherches que j’ai remarqué que de nombreuses familles DANY/DANIES vivaient dans le nord de la France, et plus précisément dans les secteurs de Fourmies, Trélon et Momignies (dans l’actuelle Belgique). Ce territoire correspond à la Thiérache. Et effectivement, mon intuition était juste. Je remarque votre présence ainsi que celle de votre épouse dans le village de Wallers-Trélon. Rapidement, je retrouve dans les registres des noms qui me sont familiers : DANY, DEFLORENNE, LEPORC, LONGUEVILLE… Il n’y a plus de doutes : tous les habitants de Schell, Vinsberg et Kirsch-lès-Luttange sont originaires d’une seule et même région et sont tous arrivés en Lorraine dans une période allant de 1687 à 1696.

Nicolas, j'ai retrouvé une carte de votre région natale.




A votre arrivée à Schell, dans le bailliage de Thionville, vous êtes mariés avec Hélène LONGUEVILLE depuis près de neuf ans et vous avez au moins quatre enfants. Ce voyage, vous ne l'avez pas fait seul. Il y a avec vous la famille de Laurent DROMMEREY, celle d’Ambroise et Lambert DANY, que je pense être vos frères, les DEFLORENNE, les LEPORC, les VALDOR…J’ai estimé que vous étiez au moins 50 hommes, femmes et enfants, à parcourir les 50 lieues qui vous séparaient de votre demeure.

Nicolas, il n’y aucun doute que votre venue était attendue. Vous étiez le symbole du renouveau et du retour de la vie dans des villages qui avaient été ruinés pendant la guerre de Trente Ans. Les Seigneurs de Luttange vous en sont reconnaissant puisque, à la naissance de votre premier enfant dans la seigneurie, les parrains et marraines sont désignés parmi les membres de leurs familles.A cette époque, c'était un privilège.

Petit à petit, une nouvelle hiérarchie sociale s’organise. Avec Ambroise DANY, vous détenez la majorité des terres et vous êtes laboureurs. Je ne sais comment s’est passé votre « assimilation » dans la communauté de Luttange. Même si vous étiez distants d’une lieue du village, vous nouez des liens avec les familles déjà présentes. C'est ainsi que vous mariez certains de vos enfants avec jeunes hommes et femmes originaires de la région.

Après votre disparition, c’est votre fils, Charles, qui reprendra la plupart des terres et la gestion de la ferme. En 732, il fera réaliser des travaux de construction ou d’agrandissement de la maison. Le bâtiment est toujours visible aujourd'hui, mais tombe malheureusement en ruine. 

Nicolas, vous qui êtes aux confins de mon arbre, je vous adresse mes salutations les plus respectueuses.  


Sébastien

jeudi 8 mars 2018

#RMNA 2018 - Episode 4 : Catherine... la fin de la guerre ? A quoi bon !

Quatrième et dernier article de la première saison de #RMNA – Raconte-Moi Nos Ancêtres. Le principe est simple:  prendre une année comme point de départ d'une saga ou d'une série d'articles. Pour cette saison, notre point de départ à tous est l'année 1918. 

Dans les trois premiers épisodes, j'ai souhaité montrer, au travers des parcours de Pierre, Paul et Chrétien, que la fin de la guerre a eu des conséquences diverses en Moselle, redevenue française. Pour ce dernier épisode, 8 mars 2018, je vous propose le portrait d'une femme, Catherine BAUR, mon arrière-arrière-grand-mère.

La fin de la guerre ? A quoi bon !


11 novembre 1918, village de Schell

En cette journée de novembre 1918, il règne une agitation inhabituelle dans le petit village de Schell. Dans la rue, des hommes et des femmes sont attroupés. L'un d'entre-eux tient un journal à la main : le Lothringer Zeitung. En gros titre on peut y lire :

Die Waffenstillstandsbedingungen angenommen.
Les conditions d'armistice acceptées.

Einstellung des Feindseligheiten heute Mittag ! 
Suspension des hostilités aujourd'hui à midi !

Ubdankung des Kaisers. 
Abdication de l'Empereur. 
 
L'homme qui tient le journal à la main arrive de la ville de Metz. Il est venu pour faire part des nouvelles au reste de sa famille.
- Regardez ! La guerre est terminée, mais le journal ne dit pas tout ! On parle d'une arrivée des soldats français dans les prochains jours à Metz et dans toute l'Alsace-Lorraine ! Les troupes allemande refluent vers la Sarre.
- Mais que va t'il arriver à nos enfants, soldats allemands ?
Les questions et les discussions continuent de plus belle pendant qu'une femme, habillée de noir, sort de sa maison avec ses trois filles. Le visage est mêlé de tristesse et de gravité.
- Que vous arrive t'il ?
- Catherine, regardez, l'armistice a été signé, Guillaume II a abdiqué, la guerre est terminée !
- La guerre est terminée? Et vous croyez que ça va faire revenir mes deux garçons?

Le silence se fait dans l'assistance. Catherine a perdu ses deux fils au début de la guerre. Pourtant, malgré les années, la douleur est encore là, elle qui chérissait tant ses deux garçons. D'un signe de la main elle demande à l'une de ses filles de rentrer à la maison "Lisa, rentrons et laissons-les". Ses deux autres enfants sont restées à l’extérieur. La plus jeune d'entre-elles, Céline, prend alors la parole :
- N'en voulez pas à ma mère. La mort de mes frères l'a profondément touchée et elle ne s'en remet pas.
- Nous comprenons Céline. La douleur d'une mère s'estompe difficilement avec le temps.
Le groupe échange encore quelques mots avant que tout le monde retourne à ses occupations. En cette journée du 11 novembre 1918, les habitants de Schell ne savent pas encore quel va être leur destin..


Catherine BAUR, une femme meurtrie


Catherine BAUR est mon arrière-arrière-grand-mère du côté maternel (sosa 27). Née française à Schell en décembre 1863, elle devient allemande en 1870 lors de l'Annexion. A 24 ans, elle se marie avec Louis LANG dont elle était follement amoureuse. Le couple s'installe d'abord dans le village de Metzeresche situé à quelques kilomètres de Schell. A la fin de l'année, la naissance de leur premier fils, Pierre, vient sceller cet amour.  La famille est plutôt modeste et vit grâce aux revenus de Louis qui est journalier. Au début de l'année 1891, Catherine donne naissance à une fille, Elisabeth, que les parents surnommeront affectueusement Lisa.

Carte des environs de Luttange. Schell se trouve au nord-ouest et Metzeresche au nord-est (Source : BNU de Strasbourg)


En 1892, la famille retourne à Schell pour s'y installer, et en octobre, leur troisième enfant, Charles, voit le jour. Pourtant, la fin de l'année se termine tragiquement. Louis meurt le 17 décembre, la veille de son 31ème anniversaire. Pour Catherine, la mort de son mari est un véritable drame, elle qui en était tellement amoureuse. Elle ne s'en remettra jamais.

La maison "Neisse" à Schell en 2010 (Google Stree-View)
A tout juste 29 ans, Catherine est veuve avec trois enfants en bas-âge. Le remariage est pour elle une nécessité. Moins d'un an plus tard, elle épouse le jeune Pierre NEISSE, 26 ans, originaire de Volstroff, et valet de profession.

Un an après leur union, Catherine met au monde une petite fille, qu'ils prénomment Marie; puis en mai 1897, la famille s'agrandit encore avec l'arrivée de Céline. Pourtant, l'équilibre familial qu'avait retrouvé Catherine vole à nouveau en éclat à la fin du mois de septembre 1900. Pierre meurt et la laisse, veuve, avec cinq enfants..

Cette fois si, Catherine ne trouve plus le courage de se remarier. Son fils ainé, Pierre, alors âgé de 11 ans, l'aide particulièrement dans l'exploitation des deux-trois hectares de terres et de prairies qu'ils possèdent.

La vie s'écoule ensuite dans la maison de Schell. Les enfants grandissent. En octobre 1913, Charles est appelé pour le Wehrpflicht (le service militaire). 

A la mobilisation du 3 août 1914, Pierre et Charles sont appelés pour rejoindre les troupes. Pierre entre dans le Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 30 (30ème Régiment d'Infanterie de Réserve) et Charles continue dans le régiment où il effectue son service, le 2e régiment d'artillerie à pied Royal bavarois. Mais l'année 1915 va de nouveau amener le chagrin dans le cœur de Catherine. Au mois de mars, Pierre meurt à l'hôpital de Bonn. Quatre mois plus tard, c'est au tour de Charles de perdre la vie dans les combats du Ban de Sapt, dans les Vosges.

Quel terrible douleur pour Catherine ! La perte effroyable de ses deux fils lui rappelle la mort de Louis, son cher Louis. Malheureusement, les cris et les pleurs d'une mère n'y peuvent rien. Seul le temps réussira à atténuer un peu le chagrin, sans le cicatriser complètement.


Catherine portera ainsi toute son affection pour sa fille Lisa, seule preuve vivante de son amour perdu avec Louis. Marie et Céline se sentirons alors délaissées par leur mère...

Les enfants de Catherine BAUR

Après la fin de la guerre, ses trois filles se marient : Lisa avec Jules FLAMMAND, de Manom, Marie, avec Joseph KREMER, de Florange et enfin Céline avec mon arrière-grand-père, Pierre HOURTE de Vinsberg, dont j'ai relaté l'histoire au premier #RMNA.

Catherine part finalement s'installer avec sa fille Lisa, à Manom, où elle meurt le 12 mai 1933, à l'âge de 69 ans.

Collection personnelle et familiale

La première saison du #RMNA se termine donc ici. Vous trouverez sur le site du #RDVAncestral l'ensemble des excellents textes de tous les participants, que je vous conseille de lire et de relire ! J'espère en tout cas que vous avez apprécié mes contributions !


Sources :

- Archives Départementales de la Moselle pour l'ensemble des actes de naissance, mariage et décès de la famille de Catherine BAUR,
- Archives Départementales de la Moselle - Base des militaires mosellans morts en 1870 et 1914-1918 http://www.archives57.com/index.php/recherches/memoire-1870-1918
-  Communications personnelles et familiales.




mercredi 4 juin 2014

D comme Dévotion

Le thème que j'ai choisi d'aborder pour la première semaine du Challenge AZ concerne des histoires, anecdotes ou faits qui m’ont interpellés lors de la lecture et du dépouillement de registres paroissiaux. L'acte de sépulture que je vous présente aujourd'hui est particulièrement intéressant car il résumé assez bien la vie du défunt...



Aveugle par Gavarni (http://www.crcb.org)
Le 10 juin 1724 a eu lieu à Guénange l'enterrement de Lambert DANIS, en présence notamment de son frère, Ambroise et de son fils, Jean-Baptiste. Je vous laisse découvrir le début de l'acte dans lequel on retrouve de nombreuses informations sur la vie de Lambert DANIS (ou DANY) :


L’an 1724 le 10 de juin a été par moy curé de Guenange soussigné
inhumé le corps de défunt Lambert Danis natif de momny de la conté
de chiny au pays de Luxembourg agé de 85 ans après avoir recu
et avoir été par moi munis de tous les droits de l’église et avoir
donné des marques de bon chretien mort de la belle mort cy devant
Laboureur à Chelle paroisse de Luttange lequel se trouvant
Affligé pour avoir perdu la vu est venu résider sous les yeux des
Enfants de sa femme Catherine budlinger dans le village de
Bousse ou ayant concu une dévotion particulière pour la ditte chappelle
Il avoit demander a moy curé d’y estre enterré ce que je luy ai
Accordé dautant plus volontiers que plusieurs des dits enfants sont
Les protecteurs et bienfaiteurs de cette chapelle le tout sans préjudice

 
Petites explications de texte...

Voici quelques précisions à apporter à cette micro-biographie :

Le village d'origine de Lambert DANIS est Momignies, situé dans l'ancien Comté de Chiny et actuelle en Belgique, non loin de la frontière avec la France.
Il s'est installé dans le village de Schell avec sa première femme Marie PIERSON avant qu'elle ne décède en 1694. Il se marie ensuite avec Catherine BUDLINGER le 30 juillet 1695 à Guénange.

Vous trouverez le lien vers la fiche Généanet de Lambert DANY ici.


Avez-vous retrouvé d'actes aussi détaillés ?

A très bientôt! 



vendredi 5 avril 2013

E comme « Erreurs»



Je parlais hier des erreurs que l’on peut retrouver en généalogie. J’ai fait le constat que de nombreuses erreurs ou approximations existaient notamment dans les arbres en ligne. Le copiage d’informations non sourcées est malheureux, puisqu’avec le temps, une hypothèse émise par quelqu’un peut se transformer en vérité générale et non vérifiable… Voici une expérience qui m’a amené à reconsidérer non seulement certaines informations de ma généalogie, mais également tout un pan de l’histoire d’une partie de mes ancêtres…

En débutant ma généalogie, je n’avais aucune certitude, mais il y avait une chose dont j’étais à peu près certain, c’était que mes ancêtres étaient d’origine lorraine (exceptée par branche italienne…). L’ensemble des données que j’avais pu récupérées en premier lieu me permettaient en effet de remonter jusque vers les années 1680/1700, à la limite des données existantes dans les registres paroissiaux. Ceci était notamment le cas des familles DANY, DEFLORENNE ou encore DROMERY, dont on retrouvait les traces à Schell et Vinsberg (villages de la paroisse de Luttange). Dans l’ensemble des arbres en ligne (Généanet notamment), ces personnes sont installés dans ces villages depuis 1630 au moins. Parmi eux, nous pouvons citer Joseph DEFLORENNE, qui serait né à Vinsberg en 1630…

Des lacunes dans les registres paroissiaux ?

La publication d’une partie des registres paroissiaux de la Moselle m’a permis de passer du temps à éplucher les actes de la paroisse de Luttange. Premier élément troublant, les registres paroissiaux débutent en 1682, mais on ne retrouve pas de trace de ces familles avant janvier 1687…  Au grand hasard, il n’y eut peut-être aucun évènement entre 1682 et 1686 ?
Je continuais mes recherches et retrouvais les mariages des enfants des couples installés à Schell et Vinsberg, quelques années plus tard. Il apparaît que des enfants étaient bien nés entre 1682 et 1686… Ces dates approximatives sont confirmées par leur âge au moment de leur décès…
Autre détail, les dénombrements de feux effectués en 1611 ne signalent aucunement ces patronymes…

J’étais alors devant deux hypothèses : soit les registres présentent des lacunes, soit il s’agit d’une erreur, et ces familles n’habitaient pas Schell et Vinsberg…

Des homonymes troublants…

J’oubliais quelque peu cette histoire en attendant de pouvoir retrouver des informations plus fines, éventuellement au sein des actes notariaux… Pourtant, quelques semaines plus tard, je fis une découverte qui allait me faire avancer d’un grand pas…

Lors de recherches de patronymes sur Généanet, je fus surpris de retrouver des DANY, des DEFLORENNE ou des DROMMEREY dans le département du Nord en en Belgique. Après quelques recherches, je trouvais l’existence d’un couple Nicolas DANIS/Hélène LONGUEVILLE, mariés le 16 juillet 1678 à Wallers-Trélon. S’agissait-il du même couple présent dans mon arbre, et résidant à Schell ?

Mariage de Nicolas DANY et Hélène LONGUEVILLE (Archives départementales du Nord -
WALLERS-TRELON / BMS [1671-1736] (5 Mi 11 R 025)

 Mes recherches dans les archives numérisées du Nord allaient payer. Je retrouvais au fur et à mesure des recherches, la quasi-totalité des couples installés après 1687 à Schell et Vinsberg.
Il fallait se rendre à l’évidence : les informations donnant toutes ces personnes originaires de Schell et Vinsberg étaient infondées.  

Remettre en cause ses certitudes…

Je découvris alors que toutes les familles installées dans les villages de Schell et Vinsberg s’y étaient installés entre fin 1686 et janvier 1687, ces villages étant sans doute inhabités avant cette date.
Mon hypothèse est la suivante :
La guerre de Trente Ans et les épidémies de la première moitié du 17ème siècle causèrent la ruine en Lorraine. La population fut durement touchée, les villages rasés et les champs laissés en friches pendant plusieurs décennies.
Pour remettre la Lorraine d’aplomb, une politique fiscale fut mise en place pour favoriser l’installation de nouveaux arrivants dans les villages dépeuplés. L’arrivée des nombreuses familles originaires de la même région (et plus ou moins parentées) fut sans doute lié à cette politique.


Mes recherches continuent toujours aujourd’hui pour retrouver des traces de cette migration. Pour l’instant, les archives notariales n’ont rien données, mais j’ai d’autres pistes…
Cette histoire bouleverse un peu mes certitudes initiales concernant mes origines. Pourtant, il n’est rien de plus exaltant et motivant de pouvoir retracer une histoire qui était jusque là oubliée… tout ça à partir d’une simple erreur !

mardi 2 avril 2013

B comme "Bibiche"



Suite du Challenge lancé par La Gazette des Ancêtres "Bloguez votre généalogie de A à Z". Un court billet concernant ce terme si particulier, mais qui a bercé la vie de tant de mes ancêtres… En réalité, un prétexte pour signaler qu'au-delà des archives, il faut comprendre le contexte et le territoire dans lequel vivaient nos ancêtres...


Bibiche... non, il ne s’agit pas d’un mot doux employé par un de mes aïeux pour sa dulcinée (quoique, on ne sait jamais !),
… ni d’un cousinage éloigné avec Louis de Funès….

La Bibiche est en réalité un petit ruisseau (et également village de Moselle), qui prend sa source sur la commune de Bettelainville. Son cours remonte vers le nord en passant par les villages de Kirsch-lès-Luttange, Volstroff, Distroff, Kuntzig, Valmestroff avant de se jeter dans la Moselle à Basse-Ham.

Pour une partie de mes aïeux qui habitaient Schell et Vinsberg, la Bibiche avait une importance particulière. Dépendants de la paroisse de Luttange située à quelques kilomètres au sud-est, les habitants de Schell et Vinsberg (tout comme ceux de Kirsch) devaient traverser la rivière dans le cadre de leur vie chrétienne : baptêmes, mariages, sépultures, messes… Les cartes anciennes (Naudin) ne signalent pas de pont à cet endroit, et le passage devait se faire grâce à un passage à gué. Le passage devenait ainsi particulièrement difficile pendant les périodes de crues (comme lors du baptême d'André Coquard en 1747).


La généalogie ne se limite pas au dépouillement d'actes ou au dessin d'arbres. C'est un véritable travail qui mêle à la fois l'histoire, l'archéologie, la sociologie, mais également la géographie. Pour comprendre la vie de nos ancêtres, il est important de comprendre le contexte géographique et le territoire dans lequel ils vivaient. Aujourd'hui, nos modes de vie modernes nous font souvent oublier que nous sommes dépendants à la nature et soumis à ses lois... Les inondations et les ouragans nous le rappellent quelques fois, mais nous l'oublions vite...

Comprendre la vie de nos ancêtres c'est se replacer dans le contexte dans lequel il vivait. Pour eux, la nature, les paysages, les cours d'eau, les reliefs ou les forêts avaient une importance toute particulière. Ils étaient à la fois ressource alimentaire ou d'énergie, mais également danger potentiel. Plus qu'aujourd'hui, ces éléments marquaient leur vie....

dimanche 30 septembre 2012

André Coquard, baptisé contre vents et marées

En dépouillant les registres paroissiaux de Luttange (Moselle), je suis tombé sur un acte de baptême particulièrement intéressant, et nous permettant de retracer quelques heures de la vie de nos ancêtres...

Nicolas COQUARD (Sosa 436) était marié en première noce avec Anne CERFONTAINE. Il était manoeuvre de profession et demeurait à Schell. Ce village dépendait de la paroisse de Luttange qui était située à plus de 5 kilomètres.

Le 14 décembre 1747, naquit leur 4ème enfant : André COQUARD. En lisant le registre de Luttange, nous apprenons que le baptême a été réalisé à Volstroff. Voici ce qu'écrit le curé de Luttange :

"Ledit Bateme s'est fait à Wolstroff comme il nous a parus par le certificat du Sr Echett curé de Wolstroff qui nous a marqué l'enregistrement cy dessus et qu'il ne l'a faite qu'après que le père de l'enfant luy a exposé le danger et la difficulté de passer les eaux pour venir à Luttange le dit Nicolas Kokar étant habitant de Schelle par conséquence de la paroisse de Luttange"

Le baptême d'un enfant était une priorité juste après la naissance, car la mort des nouveaux-nés était fréquente. Sans baptême, point de salut et point de paradis! Il était donc important que la cérémonie ait lieu le jour-même ou le lendemain de la naissance, quelque soit les travaux en cours ou la météo... Cependant, force est de constater que la montée de eaux à du contraindre Nicolas COQUARD à faire baptiser son enfant à Volstroff.

Carte des Naudins (18ème siècle) - Source : http://www.chr-lorraine.fr/naudin/
A partir de la carte des Naudins, datant du 18ème siècle, il est possible d'imaginer le chemin qu'emprunta ce jour là, le 14 décembre 1747, Nicolas et son enfant, accompagnés du futur parrain et de la future marraine : des chemins, sans doute détrempés par la pluie, longeant les Bois de Vinsberg puis traversant le village de Kirsch. Avant de remonter vers le village de Luttange, il fallait traverser le ruisseau de la Bibiche. Il semblerait qu'il n'existait pas de pont à l'époque, mais un passage à gué. Des fortes pluies ont du considérablement faire grossir les cours d'eau. Devant le danger, Nicolas COQUARD a du se résoudre à faire baptiser son enfant dans une autre paroisse. Avant Volstroff, il y a Metzeresche et Metzervisse, mais tous deux situés de l'autre côté du ruisseau...


Devant les circonstances, le curé de Volstroff accepta de baptiser le jeune André COQUARD.

Peut-être une explication...


Existe t'il quelques traces de cet épisodes pluvieux dans les almanachs et chroniques historiques ? A première vue, pas grand chose sur "L'histoire du climat en Lorraine de 1312 à nos jours". 

Après quelques recherches, je tombe finalement sur un évènement particulier, qui s'est déroulé à Liège (à moins de 200 km), dans la nuit du 12 au 13 décembre 1747 :
 « Nos devanciers ont longtemps conservé la mémoire de l'épouvantable ouragan qui survint dans la nuit du 12 au 13 décembre 1747, et qui causa des ravages déplorables dans notre pays. Il y eut un nombre considérable de maisons renversées, et d'autres effondrées par la chute des cheminées. Bien des personnes, surprises pendant leur sommeil par la tempête, périrent sous ces ruines ».


Rien ne prouve qu'il y ait eu une tempête aussi violente dans la région de Luttange, néanmoins, il est fort probable que dans cette situation météorologique, de fortes pluies tombèrent durant cette période...