lundi 5 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre D écrite à Dominique GUNGLER

Deuxième semaine et quatrième jour du #ChallengeAZ 2018. Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

Ma missive de ce lundi est destinée à Dominique GUNGLER, curé originaire du Luxembourg ayant vécu à la fin du XVIIè siècle. Il était le frère de l'une de mes aïeules, Gertrude GUNGLER (ma sosa 1345). A partir de 1681, il s'est installé dans le pays de Bitche et a activement participé à l'arrivée des BECKERICH à Bettviller en Moselle...

Source : http://www.bitscherland.fr/Canton-de-Rohrbach/Bettviller/eglise-bettviller.html


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Lundi 5 novembre 2018,

Mon père, 
Permettez-moi de vous écrire cette lettre, en remerciement de vos actions et de votre ministère.

Je ne sais que très peu de choses sur vos origines, si ce n'est que vous avez officié de 1652 à 1677 à Garnich, puis un temps à la paroisse de Sandweiler, située à l'est de Luxembourg. En 1681, vous arrivez, comme d'autres prêtres luxembourgeois, dans le Comté de Bitche. Vous vous installez d'abord à Lemberg, puis à Bettviller.

A cette époque, les effets de la Guerre de Trente Ans étaient encore perceptibles tant la population avait été meurtrie et décimée. Les instances politiques et religieuses cherchaient alors à repeupler le pays. A partir de 1660, les villages se repeuplent grâce à l'arrivée de Suisses, de Tyroliens, de Picards,  puis de Savoyards.

Dans cette quête au repeuplement, vous avez su habilement attirer des membres de votre famille et de vos connaissances; certains diront en faisant valoir votre réussite non pas sur le plan spirituel, mais surtout sur le plan matériel... Les voies du Seigneur sont impénétrables me direz vous !

Je tenais tout de même à vous féliciter pour votre propension à appliquer quotidiennement les Saintes Écritures. Je dois dire que vous avez réussi avec brio à mettre en pratique les principes de la multiplication des pains, à votre propre richesse pécuniaire.

Bon, certaines mauvaises langues diront que vous ne vous montriez pas très empressé à desservir les paroissiens le dimanche, et que le maniement de l'argent constituait une activité pendant laquelle le zèle ne vous faisait pas défaut.  Mais bon, tout de même, Mon Père, la moitié de la paroisse de Bettviller vous devait de l'argent ! 


Quoi qu'il en soit, je ne vous en tiens pas rigueur. Grâce à vous (et donc grâce à Dieu, ne l'oublions pas!), vous avez contribué à l'installation de votre sœur, Gertrude, ainsi que de ses enfants, tous BECKERICH dans le pays de Bitche. Étant le descendant de Guillaume, votre neveu, qui s'est marié en 1705 avec Marie Elisabeth FISCHER, je ne peux que vous en être reconnaissant !

Enfin, sachez que grâce à vous, la famille BECKERICH a prospéré dans tout le territoire et bien au-delà de ses frontières ; rendez-vous compte à Paris et mêmes aux Amériques !  Ceci fait que je rencontre de temps à autres de lointains cousins ou cousines BECK(E)RICH. Je pense par exemple à Catherine avec qui j'ai noué contact il y a quelques mois. 

Vous voyez, Mon Père, en définitive, tout ceci valait bien quelques "écarts" dans votre ministère !

Je suis en tout cas heureux d'avoir pu écrire ces quelques mots et je vous prie d’agréer, Mon Père, l'expression de mon respectueux souvenir.

Sébastien

samedi 3 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre C écrite à CLAUDEL Eugénie, née BOLZINGER

Troisième jour du #ChallengeAZ 2018. Cette année, j'ai choisi de rédiger chaque jour une lettre à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

Pour la lettre C, j'ai décidé d'écrire une lettre posthume à une collatérale : Eugénie CLAUDEL, née BOLZINGER. Elle était la tante par alliance d'un cousin de mon arrière-grand-père. Pourquoi lui écrire pensez-vous ? Et bien Eugénie est, à mes yeux, une grande dame. Une dame qui a donné sa vie pour ses idées. Résistante pendant la seconde guerre mondiale, elle a été déportée dans le camp de Ravensbrück en 1943 où elle mourra gazée en avril 1945.


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Samedi 3 novembre 2018,
Madame, 

C'est avec un très grand honneur que je vous écris cette lettre. Par ces mots, je souhaite vous faire part de mon admiration pour votre courage, votre engagement et l'ensemble des actes qui vous ont malheureusement conduite à la mort.

Vous êtes née au village de Veymerange, un jour de décembre 1885 dans un territoire annexé par l'Empire allemand depuis près de 14 ans. Puis, en 1914, la guerre éclate. Sans doute a-t'elle fait naître en vous l'espoir d'un retour de la Moselle à la France ? Lorsque enfin l'Armistice est signé le 11 novembre 1918, vous aviez 32 ans. Je ne connais pas votre réaction du moment, mais j'imagine que vous avez vécu cela comme un soulagement, malgré les incertitudes de ce moment si particulier.

Quelques années plus tard, par un beau jour de juillet 1924, vous avez épousé à Hayange Henri CLAUDEL, un homme de votre âge, originaire de la Petite Raon, dans les Vosges. Malheureusement, vous n'aurez aucun enfant.

En 1939, la guerre éclate. C'est d'abord la drôle de guerre, puis l'invasion allemande durant l'été 1940. La Moselle et l'Alsace sont à nouveau annexées. Vous deviez être abattue.

Un an plus tard, en juin 1941, vous êtes expulsée avec votre époux en zone non occupée. Vous arrivez dans la commune de Murol, dans le Puy-de-Dôme. Vous habitiez une petite maison située à côté de la boulangerie. C'est ici que votre engagement dans la résistance prendra tout son sens. En 1942, avec votre mari, vous entrez en contact avec le commandant Paul JOHANNES, alias Jansen, votre neveu, qui était alors chef d'un réseau clandestin de contre-espionnage basé à Clermont-Ferrand. La résistance devient une affaire de famille et vous mettez votre maison à disposition pour un service de radio de contre-espionnage dans le cade du réseau de Résistance du Poste 113.

En juin 1943, les allemands arrêtent un membre du réseau auquel vous appartenez. Les mains écrasés avec un marteau, sous la torture, il cède. La Gestapo fait alors une descente dans toute la vallée et vous arrête. Votre voisine se souvient vous avoir dit "aurevoir", en sachant bien qu'elle ne vous reverrait plus. A ce moment, vous pleurez, les mains cachant votre visage.Vous partez.

Votre époux aura plus de chance car il a réussi à se cacher à la boulangerie sous le pétrin et des sacs de farine.

Le 9 juillet 1943 vous êtes incarcérée avec votre nièce à la prison militaire de Clermont-Ferrand, puis vous êtes conduites au fort de Romainville en octobre 1943. La suite ne laisse guère de doute. J'imagine votre situation... ou non. Je ne peux imaginer ce que vous avez enduré. 

31 janvier 1944. Un train part de Compiègne avec à son bord  959 femmes dont vous et madame De Gaulle Anthonioz. Vous êtes amassées dans des wagons à bestiaux. Ce convoi est également appelé le convoi des 27000, en référence à la série des immatriculations faites à l’arrivée au camp. Aux yeux des nazis, vous devenez le matricule n°27359.

Madame, ce que vous avez vécu, je ne peux l'imaginer. Je veux croire en tout cas que même dans ces moments de barbarie et d'inhumanité, vous avez gardé votre dignité de femme. En voyant les photographies de cette époque, je ne peux qu'être pris de malaise et d'une profonde tristesse.
 
Source : http://www.racontemoilhistoire.com
Avril 1945. La fin de la guerre approche et le pouvoir nazi est pris en étau. C'est la panique la plus totale et le sort des prisonnières du camp ressemble à un mauvais jeu de hasard. Sous la pression de la Croix-Rouge internationale suédoise et danoise, une partie des françaises eut la chance de pouvoir partir pour la France. Ainsi, le matin du 5 avril, vous êtes appelées pour vous regrouper avec vos camarades au Block 31.  Le tri s'opère. Les déportées tondues à cause des poux, les malades et les juives sont sorties du rang et devront rester. 

En ce jour d'avril 1945,  sans doute étiez-vous malade ?

Quelques jours plus tard, la petite flamme qui vacillait et résistait au fond de votre âme s'est éteinte pour toujours. 

Gazée.

Madame, votre courage mérite toute la reconnaissance d'un pays. Vous avez ainsi obtenu la mention "Mort pour la France" et reçu la Croix de Guerre avec Étoile de Vermeil. Que votre engagement soit pour nous tous un exemple.

Veuillez recevoir, madame, l'expression de ma sincère et profonde admiration.



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Vous comprendrez à la lecture de cette lettre que son histoire m'a profondément touché, bouleversé, voire bousculé. On se rend compte aujourd'hui que la paix ne tient souvent qu'à un fil et que nous devons tous être des résistants face aux horreurs et aux crimes, pour ainsi faire valoir notre dignité d'être humain.

Quelques liens et sources :

http://www.resistances-morbihan.fr/ravensbruck-3/
http://www.memoresist.org/resistant/eugenie-claudel-nee-bolzinger/
http://www.bddm.org/liv/details.php?id=I.175.#CLAUDEL
http://blogue-ton-ecole.ac-dijon.fr/matricule35494/2016/11/06/la-liberation-du-camp-de-ravensbruck-avril-1945-c-clergue/
Le parcours d'Eugénie Claudel a été reconstitué grâce à son dossier de résistance (SHD - Cote GR69214)

vendredi 2 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre B écrite à Baptiste BRENNA


Nous voici au deuxième jour du #ChallengeAZ 2018 ! Cette année, j'ai choisi de rédiger chaque jour une lettre à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... Aujourd'hui, pour la lettre B, j'ai décidé d'écrire à mon arrière-grand-père, Baptiste BRENNA, mon sosa 14.


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Vendredi 2 novembre 2018,


Battista, Baptiste,

Cette lettre va vous paraître sous doute étrange car elle est écrite par un de vos arrières-petits-enfants : Sébastien, fils de votre petite-fille, Huguette.

Baptiste, je ne sais pas si je dois vous vouvoyer ou vous tutoyer... Bon, après réflexion, nous sommes finalement assez proche, et je pense que l'on peut se tutoyer, même si nous ne nous sommes jamais connus.

Baptiste, ma mère m'a beaucoup parlé de toi : tes origines italiennes, ton choix de partir pour un autre pays, ton mariage avec Catherine (ou Anna...). D'ailleurs, à ce propos, j'ai une question qui me vient. Pourquoi Catherine s'est-elle fait appelée Anna quelques années après votre union ? Nous n'avons jamais compris ce changement de prénom.

Tu es né à Tavernerio, petit village proche de Como, en janvier 1890. J'y suis allé il y a quelques années en compagnie de mon épouse et de ma fille. Une de nos lointaines cousines, avec qui j'ai pris contact, nous a gentiment servi de guide. J'ai retrouvé récemment une ancienne carte postale du village. Peut-être y reconnais-tu l'église, les rues, les maisons ?


Village de Tavernerio (Source : Delcampe)

Grâce aux souvenirs de ma mère et à mes recherches, j'ai pu retracer quelques morceaux de ta vie. Dans les archives de l'état de Como, j'ai retrouvé ta feuille matricule (foglio matricolare). Il y est décrit ton parcours militaire. J'ai appris que tu avais combattu en Libye lors de ton service en 1911 dans le 5ème Régiment Alpin . Est-il vrai que cette expérience t'a donné une profonde aversion pour la guerre et t'a motivé pour fuir ton pays ?

Tu es arrivé à Luttange en 1913 qui était alors dans l'Empire allemand. C'est là que tu as débuté comme maçon dans l'entreprise de M. Toller, un italien également qui était installé dans le village depuis quelques années. Après le retour de la Moselle à la France, tu n'as eu de cesse de t'assimiler à ton nouveau pays, même si tu restais un étranger, un italien. A cette époque, on manquait de main d’œuvre et beaucoup de tes compatriotes sont venus pour travailler dans les usines et les mines. Sais-tu que mon épouse a également des origines italiennes ?

Après ton mariage, tu as eu deux enfants, dont ma grand-mère. Tous les deux sont nés italiens.  Tu as demandé une première fois ta naturalisation, peu avant la seconde guerre mondiale, mais celle-ci t'a été refusée. A la libération, tu as fait une nouvelle demande. La situation était toute autre. La France manquait de maçons. En 1947, tu as été naturalisé, au motif que tu pouvais apporter à la France la main-d’œuvre nécessaire à la reconstruction. 

Baptiste, on dit de toi que tu laissais peu de loisirs à ton épouse et qu'elle n'osait pas sortir. J'imagine que ton caractère n'y était pas pour rien. Quoi qu'il en soit, vous ne vous êtes jamais quittés.

Nous sommes désormais en 2018 et je conserve maintenant ton souvenir. Un souvenir qu'il y a un peu d'italien dans mon sang ! C'est peut-être pour cela que j'apprécie les gnocchis et la polenta !

Trêve de plaisanterie, et puisqu'il faut savoir terminer une lettre, reçois Baptiste, toute mon affection.



Ton arrière-petit-fils, Sébastien.

jeudi 1 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre A écrite à Apollon WALENTIN

Et voilà, après plusieurs mois d'attente, le #ChallengeAZ 2018 démarre aujourd'hui ! 
Rendez-vous compte : près de 90 généablogueurs vont publier pendant un mois, un article par jour en suivant l’alphabet !

Cette année, j'ai choisi de rédiger chaque jour une lettre à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

Pour l'heure, je vous laisse découvrir ma première missive, écrite à Apollon WALENTIN, mon sosa 60.

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Jeudi 1er novembre 2018,


 Cher Apollon,
Je ne sais comment débuter cette lettre car c’est la première fois que j’écris à l’un de mes ancêtres. Peut-être pensez-vous cela improbable, mais vous lisez bien, je suis un de vos descendants. Je m’appelle Sébastien et je suis l’arrière-petit-fils de votre petite-fille, Catherine (la fille de votre fils Paul et Françoise HARTER). 

Apollon, ne le prenez pas mal, mais votre prénom m’a toujours un peu amusé. J'entends encore ma mère me répéter : "et dire que nous avions un Apollon dans la famille" ! Quoi qu'il en soit, je ne sais si votre beauté égalait celle du héros grec, mais votre père, Hubert, vous a trouvé un prénom plutôt élégant.

J'ai fait votre connaissance il y a plusieurs années au fil de mes recherches généalogiques. Je ne savais rien de vous, à part le prénom de vos parents : Hubert WALENTIN et Marie-Anne PISTER. Désormais, je vous connais un peu mieux, même s'il me reste encore beaucoup d'informations à découvrir.

Vous avez vécu toute votre vie dans le village de Gondreville, situé dans la commune de Vry. J'ai retrouvé récemment une carte postale datant de l'année 1907. Elle montre un groupe de personnes devant le restaurant "Grandidier". Peut-être y étiez vous ce jour là ? 


Source : Delcampe


Apollon, il y a des moments de votre vie et des choix qui m'interpellent. Lors de l'annexion par la Prusse en 1871, vous aviez à peine 20 ans. Contrairement à votre jeune frère Jean-Louis, vous avez fait le choix de rester en Moselle annexée. Était-ce par choix ou par dépit ? L'année suivant, vous avez épousé Christine REIMERINGER, originaire de la Sarre. Vous avez eu tous deux neuf enfants. Trois d'entre eux se sont ensuite mariés avec des allemands venus s'installer à Metz. Sans vouloir vous offensez, étais-ce par adhésion aux idées apportées par l'Empire allemand ou bien par nécessité ?

Apollon, ne voyez pas dans mes propos une quelconque accusation. Je ne suis pas là pour critiquer - d'ailleurs, je n'ai aucune légitimité à cela - mais pour comprendre. Qu'aurais-je fait à votre place ?

Je m'interroge aussi sur vos relations avec votre père. J'ai appris récemment qu'il avait été interné à l'asile de Maréville et qu'il n'avait pas pu être présent lors de votre mariage. J'imagine ô combien ces moments ont été douloureux. Au delà des compte-rendus médicaux, j'aimerais tellement pouvoir échanger avec vous à son sujet. Pourquoi est-il devenu "malade" ? Que lui est-il arrivé ?

Encore une fois, j'espère ne pas vous importuner ou vous offenser dans mes propos et mes questions : j'essaye simplement de comprendre ce que vous avez vécu. Malgré tout, j'espère de tout cœur que vous avez pu profiter de moments de joie et de bonheur tout au long de votre vie.

Dans l'espoir de nouvelles découvertes et peut-être de vous rencontrer dans un rendez-vous ancestral, veuillez recevoir, mon cher Apollon, toute mon affection.


Votre arrière-arrière-arrière-petit-fils, Sébastien.

mardi 30 octobre 2018

#ChallengeAZ 2018 - En guise d'avant-propos

Et voilà, après plusieurs mois d'attente, le #ChallengeAZ 2018 démarre après-demain, jeudi 1er novembre 2018 !

Cette année, près d'une centaine de généablogueurs vont publier pendant un mois, un article par jour en suivant l’alphabet. Pour ma part, je renoue avec cet exercice après une participation en 2013 et partielle en 2014.

J'avoue que le thème que je vous propose cette année a été choisi très (très) tardivement, c'est à dire le 29 octobre... En réalité, j'étais parti sur le projet sans doute trop ambitieux de raconter l'histoire militaire de cinq de mes aïeux de la révolution française jusqu'à la seconde guerre mondiale, et ceci sous la forme de podcasts avec ambiance sonore et musicale... Tout un programme ! Cependant, malgré ma motivation, le temps m'a (énormément) manqué et j'ai du me résoudre à abandonner cette idée. Bon les scripts sont faits, les musiques et sons choisis... je garde donc ce projet sous le coude pour les mois à venir.

Donc qu'en est-il du challenge de cette année ? Après réflexion, j'ai choisi d'appliquer le principe du challenge "au pied de la lettre" : je vais chaque jour rédiger une lettre à l'un de mes aïeux et collatéraux. Le ton est quelque peu différent de ce que j'écris d'habitude et ressemble un peu plus à un #RDVAncestral.

Ces lettres seront pour moi l'occasion de les interroger, de leur rendre hommage, de les remercier ou tout simplement pour dire ô combien certains d'entre-eux me manquent...

Je vous donne donc rendez-vous jeudi 1er novembre à 7h30 (c'est très précis !) pour découvrir ma première lettre, envoyée à mon AAAGP, Apollon.

jeudi 27 septembre 2018

#Projet3Mois – Catherine Valentin – Episode 5 : des actes retrouvés

Dans le quatrième épisode de mon premier #Projet3Mois, j’en étais resté sur les seules informations en ma possession au sujet du décès de Catherine VALENTIN et de Jacques REGULIER : l’état-civil et le registres de catholicité. Bien déterminé à en savoir plus, j’ai souhaité dépouiller les actes notariés de cette période car les archives de la Justice de Paix ont disparu en 1944. 

Les inventaires des Archives départementales de la Moselle m’ont permis de retrouver, par chance, la présence d’un notaire en résidence dans le village des Étangs : maître Lamarlé. D’actes en actes, de feuillets en feuillets, je me plonge dans le passé de ce village dans les 1808 et 1809. Enfin, sur une minute en date du 6 novembre 1809 : un inventaire après décès. Mes yeux s’arrêtent sur deux noms : Jean Jacques REGULIER et Catherine VALENTIN. Imaginez ma joie à la découverte de cet acte qui se rapporte pourtant au décès de Catherine ! Outre de nouvelles « révélations », je trouve également dans la minute suivante, un acte de vente des biens mobiliers des défunts, en date du 13 novembre de la même année.

Inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1 - Année 1809, n°96)


Dans la suite de cet article, je vous propose de faire un point sur les avancées que j’ai pu réaliser grâce à ces deux documents (AD57 - 407U1).


Des informations inédites et une confirmation sur le statut marital de Catherine


Dès le début de l’acte, j’apprends que Jacques REGULIER (nommé ici Jean-Jacques) était boulanger, renseignement que je n’avais pas puisqu’il apparaissait dans les derniers actes de catholicité et d’état-civil comme manœuvre.

La suite du document me permet également de préciser le statut et la situation de Catherine à son décès :
  • Elle est bien divorcée d’avec Jacques REGULIER, qui avait émigré, même si elle vit à nouveau avec lui,
  • Elle est toujours mariée civilement avec Nicolas GASNER, mais celui-ci ne vit pas avec elle car il demeure à Courcelles-Chaussy, là où il a toujours vécu (ce qui me conforte dans l’idée qu’il s’agissait d’un mariage de « façade »),
  • Même s’il est le père et tuteur de Marguerite GASNER, ce n’est pas lui qui s’en est occupé après le décès Catherine. C’est Nicolas BERARD, beau-frère de Catherine VALENTIN, qui en assure la « protection ». 

Louis Joseph, finalement le fils de Jacques REGULIER ? 


La suite du document aborde les liens qui unissent les défunts avec les différents membres de la famille.

Comme je le savais, l’acte mentionne trois enfants :
  • Jean-Jacques REGULIER, 
  • Joseph VALENTIN,
  • Marguerite GASNER. 

Les détails de la situation de ces enfants vont m’apporter une information des plus capitales :

Jean Jacques REGULIER est dit « garçon mineur et émancipé […] sous l'autorité du Sieur Nicolas Bérard, manoeuvre, demeurant à Pontigny ». Joseph VALENTIN est cité de la sorte « Joseph Valentin, né Régulier garçon majeur et Militaire au service de Sa Majestél'Empereur, absent ».

Extrait de l'inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1)

Oui, vous lisez bien Joseph VALENTIN, né Régulier ! 

La suite ne laisse guère planer de doute : « Ces deux derniers procréés dudit mariage des deux deffunts ».

Concrètement, cela signifie que Louis Joseph WALENTIN (nommé ici Joseph VALENTIN) est considéré dans cet acte comme étant le fils de Jacques REGULIER. L’acte suivant relatif à la vente mobilière de la succession fait état de la même situation en mentionnant les deux enfants de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER : Jean-Jacques REGULIER et Joseph VALENTIN REGULIER.

Le doute est-il permis ? 

Pour moi, ces informations ne me permettent pas de valider avec certitude la paternité de Jacques REGULIER (même si cela me permettrait de remplir une partie vierge de mon arbre).

Pourquoi a-t-on considéré Jacques REGULIER comme le père de Louis-Joseph ?

  • Pour des raisons successorales ? Louis Joseph était absent au décès de sa mère et son possible père. Il n’a donc pas pu personnellement influer pour signifier qu’il était le fils des deux défunts. Par ailleurs, il apparait que ses parents n’avaient que très peu de biens et qu’au final ils étaient endettés. 
  • Pour un état de fait ? Dans la famille, on pourrait dire que Jacques REGULIER a été un père pour Louis-Joseph. Or, s’il l’on s’en tient à sa présence effective dans le foyer, on peut douter de cette affirmation. En effet, Jacques est rapidement parti en émigration après son mariage avec Catherine VALENTIN. Louis Joseph devait être âgé de 4 ou 5 ans. Vraisemblablement, il serait revenu en 1804/1805. Louis Joseph avait alors 16 ans. 

Alors, dans ce cas, pourquoi Jacques REGULIER n’a-t-il pas reconnu son fils prétendu issu de sa relation avec Catherine ? Est-ce lié au contexte troublé de la révolution ?

Encore des questions sans réponse...

L’inventaire après-décès : dans l’intimité de la maison de Catherine et Jacques REGULIER


Comme je le supposais, le couple vivait avec un niveau de vie plutôt faible. Ils n’avaient aucun bien immobilier et louaient une petite maison de manœuvre appartenant à Simon MICHAUX, laboureur vivant dans la commune.

De dimension modeste, la maison était composée de 4 pièces :
  • Une « chambre » donnant jour sur la rue composée de quelques meubles : un coffre de bois de chêne, un pétrin, deux chaises garnies de roseaux, des tonneaux et cuveaux, ainsi qu’un tas de pommes de terres et une pendule en bois. 
  • Une chambre donnant jour à l’arrière comportant une table, un banc, des chaises, une armoire, deux lits à colonne, ainsi que différents ustensiles de cuisine (la cheminée devait s’y trouver)
  • Un grenier avec différents outils et un tas de fagots de bois
  • Une écurie comportant quelques outils et quelques animaux (trois porcs maigres et quatre poules). 
Cette configuration correspond à la maison de manoeuvre qui était en Lorraine composée d'une seule travée.

A la recherche de la maison mortuaire de Catherine...


Lors de ma dernière visite aux Archives Départementales de la Moselle, j’ai essayé de retrouver la maison mortuaire de Catherine et Jacques. Mon seul indice est que cette maison appartient à Simon MICHAUX.

Le cadastre napoléonien de la commune des Étangs date de 1807. L’état de classement pour cette année est ainsi contemporain à la période où Catherine et Jacques vivaient dans la commune.

Après une recherche rapide, je trouve qu'effectivement, Simon MICHAUX possédait deux maisons dont une beaucoup plus petite que l'autre (AD57 – 30P202/1). Malheureusement, l’atlas cadastral date de 1840 et la matrice a complètement été remaniée. En 1839/40, Simon MICHAUX est encore vivant et possède toujours deux maisons (AD57 – 30P202/5).

Extrait de l'atlas cadastral de 1839 de la commune des Etangs (NUM/35P202/1)
 
Sans en avoir la certitude, et en comparant avec le cadastre actuel, je suppose que la maison de Catherine est celle que vous voyez en photo ci-dessous (capture Google Map). Cette hypothèse semble très probable car il s’agit d’une maison de manœuvre à une seule travée.

C’est très émouvant en tout cas d’imaginer qu’elle y a vécu ses derniers instants....


Localisation possible de la maison mortuaire de Catherine VALENTIN (GoogleMap)




Sources :

Archives Départementales de la Moselle :

  • 407U1, Etude de Maître Lamarlé, notaire aux Étangs Minutes notariées de Maître Lamarlé (An13 à 1810.
  • 30P202/1, Cadastre napoléonien de la commune des Etangs, état de classement de 1807. 
  • 30P202/5, Cadastre napoléonien de la commune des Etangs, matrice cadastrale de 1840. 
  • NUM/35P202/1, Cadastrale napoléonien de la commune des Etangs, plan minute de 1839.

samedi 16 juin 2018

#RDVAncestral - Catherine VALENTIN, un rendez-vous manqué...

Comme chaque troisième samedi du mois, Guillaume Chaix et toute l’équipe du #RDVAncestral nous proposent de partir à la rencontre de nos ancêtres. Pour ce nouvel épisode, j'avais décidé de m'entretenir à nouveau avec Catherine VALENTIN, mon aïeule rencontrée il y a deux mois...



Les recherches généalogiques ne sont pas aisées pour celui qui habite loin de sa région d'origine et les occasions d'aller aux archives départementales sont rares. En ce mois de juin 2018, je profite d'un passage en Lorraine pour me rendre aux archives départementales de la Moselle. Sans idée précise, j'avais en tête de consulter les archives du Notaire des Étangs, commune où Catherine Valentin avait vécu les dernières années de sa vie. Ne sait-on jamais au hasard d'un acte, Catherine ou sa famille y sont peut-être mentionnés ? Je commande le document : 407U1.

Après un petit temps d'attente, assis sur ma chaise, j'entends le bruit si caractéristique du chariot, annonciateur de l'arrivée des documents en salle de lecture. Je récupère la liasse de feuillets placés dans une pochette en carton, puis je dépouille les actes un par un. Ah, que j'aime ces odeurs de vieux papiers !


1806, 1807, 1808... les années défilent sous mes yeux sans m'apporter le moindre acte intéressant pour mes recherches. Je commence quelque peu à me lasser lorsque mes yeux s'arrêtent sur des noms familiers. Sur un papier jauni et taché par le temps, je déchiffre très distinctement les noms de Catherine Valentin et de Jacques Régulier : un inventaire après décès.

Inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1)


Imaginez mon excitation et ma joie à la découverte de cet acte qui symbolise à lui-seul l'épilogue de mes longues recherches sur mon aïeule. Je me pose alors un instant et ferme mes yeux pour me préparer à déchiffrer l'acte dont certaines parties sont peu lisibles.

A cet instant, je sens une main me taper sur mon épaule. Une voix d'homme m'interpelle : "Vous arrivez trop tard". Je sursaute et me retourne.

Bien loin de la salle de lecture, je me trouve désormais dans une vieille maison. La pièce dans laquelle je me tiens est relativement sombre malgré la fenêtre ouverte sur l'extérieur. Humide et frais, cet endroit me semble inanimé, véritablement sans âme. Il faut dire que cette "chambre" semble avoir été vidée de ses meubles : une pendule, un miroir, un seau et un tonneau, deux chaises en paille, un coffre en bois et dans le coin un tas de pommes de terre. C'est à peu près tout. Sans nul doute, je suis de retour dans le passé pour un nouveau rendez-vous ancestral.


Devant moi, se tient un homme âgé d'une bonne quarantaine d'années. Curieux, je suis décidé à connaître son identité et les circonstances de mon RDVAncestral. Je décide donc de l’interroger:
"- Trop tard ? Pourquoi ?
- Les funérailles de Catherine Valentin ont eut lieu ce matin. Vous ne la verrez plus."
Ces mots me transpercent le cœur. Même si je sais pertinemment que Catherine est décédée un jour de septembre 1809, l'annonce de sa mort par un de ses contemporains me bouleverse et m'emplit de chagrin. La gorge serrée, je sens les larmes monter. Et pour cause. En travaillant depuis plusieurs mois sur sa vie, je me suis réellement attaché à Catherine : sa vie, ses douleurs, ses joies et ses peines. Plus que le sosa 481 de ma généalogie, elle est devenue un membre à part entière de ma famille.

Voyant une larme couler sur ma joue, l'homme pose sa main sur mon épaule en essayant de trouver un mot de réconfort :
"- Je comprends votre peine, sans doute l'avez-vous bien connu pour être si triste. Mais... excusez-moi... je ne me suis pas présenté. Je suis Nicolas Bérard, son beau-frère, marié avec sa sœur Marie Valentin.
- Heureux de faire votre connaissance Nicolas, je m'appelle Sébastien et je suis un membre éloigné de la famille Valentin."
Nicolas Bérard habite dans le village de Pontigny, situé non loin de la commune des Étangs où nous nous trouvons. Lui et sa femme sont restés très proches de Catherine et de ses enfants. En effet, après le divorce de Catherine d'avec Jacques Régulier pour cause d'émigration, Nicolas et Marie les ont accueillis pendant plusieurs années.



Remis de mes émotions, je continue notre discussion en le questionnant sur les causes de la mort de Catherine :
"- Catherine et Jacques (Régulier) étaient bien malades depuis plusieurs semaines. Ils étaient très faibles et la viande qu'ils devaient manger n'a été d'aucun effet. En une semaine, ils sont partis tous les deux. De toute manière, ils devaient partir ensemble...  Ce qui me chagrine le plus, c'est que Louis Joseph, son fils, est parti depuis plus d'un an maintenant au service de l'armée de l'Empereur. Il ne sait pas encore que ses parents sont morts !
- Ses parents dites-vous ? Mais Louis-Joseph n'est-il pas né de père inconnu ?
Ma question semble gêner Nicolas qui me répond tout de même après un moment d'hésitation :
- Dans l'état-civil oui. Après, vous savez ce que c'est... Jacques Régulier était un vrai père pour Louis-Joseph. Je ne peux vous le garantir, mais on dit que c'est son père. Catherine et Jacques, c'est une longue histoire, malheureusement très tourmentée.

Je suis stupéfait par cette nouvelle : Jacques Régulier serait-il donc le père biologique de Louis-Joseph Valentin ? Aucune certitude certes, mais cette hypothèse est relancée. Étrangement, Nicolas semble vouloir se confier et il poursuit :
- La vie de Catherine a été particulière... jusqu'au bout. Vous saviez que Catherine s'était remariée avec le maçon de Courcelles, Nicolas Gasner ? Même s'ils ont eu une fille, c'était je pense un mariage de façade. Dès le retour définitif de Jacques Régulier d'émigration, Catherine l'a retrouvé et ils se sont installés ensemble ici, aux Étangs. Ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre. Ils ont trouvé cette maison qu'ils ont loué à Simon Michaux. Jacques a pris le métier de boulanger. Malheureusement, la vie a été difficile pour eux. A plusieurs reprises ils ont du procéder à la vente de meubles pour pouvoir subvenir à leurs besoins. 

Cette description de la vie de Catherine m'attriste beaucoup. Que de tourments et de peines pour elle et sa famille ! Nicolas perçoit ma tristesse et essaie alors de me réconforter :
- Vous savez, malgré toutes ces séparations et ces épisodes douloureux, leurs enfants sont restés soudés. Je suis persuadé qu'ils resteront en contact et se soutiendront. En tout cas, j'y veillerai."
A ces mots, Nicolas m'invite à sortir de la maison et ferme la porte car les scellés doivent y être apposés. Dans une dernière accolade, nous nous saluons.

Après quelques instants, je sens une main qui me tape sur mon épaule. Un homme m'interpelle : "Monsieur, monsieur, vous dormez ?". J'ouvre les yeux. Je suis à nouveau assis dans la salle de lecture des archives départementales de la Moselle, devant l'acte d'inventaire après décès du 6 novembre 1809...