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lundi 11 novembre 2019

#ChallengeAZ 2019 - Irrégulier, Introuvable et Incroyable

Que faire aujourd'hui avec Irrégulier, Introuvable et Incroyable ?
Initié par Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres, le ChallengeAZ est devenu un rendez-vous annuel incontournable. Il propose aux généablogueurs de rédiger, chaque jour de novembre (sauf le dimanche), un article en suivant les lettres de l'alphabet. Pour ma quatrième participation, j'ai choisi de solliciter mes abonnés Twitter dans le cadre d'un défi estival devenu rapidement un concours de mots suivi par une cinquantaine de personnes. Merci à eux ! Au final, j'ai choisi pour chaque lettre trois mots qui devront me servir pour la rédaction des mes articles...


***

Pour le défi du jour, je vais vous demander un peu d’Indulgence car je n’ai rien d’IRREGULIER à vous proposer. Au contraire, ce sera d’un certain REGULIER dont il sera question. 

L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui se déroule à Craon, en Mayenne, le jeudi 22 octobre 1767. Cette scène se passe quelques heures après l’évasion, plutôt rocambolesque, de Jacques Régulier de la prison de Craon. Il est le père de Jacques Régulier qui était l'époux de Catherine Valentin, ma sosa 481.

Imaginez la scène.

Il est 15h00. Dans une salle d’audience improvisée, sont assis à une table Vincent Cosseron, Juge ordinaire civil et criminel de la ville et baronnie de Craon, assisté de Maître François Chartier, notaire et greffier pour cette occasion, en l’absence du greffier ordinaire. Ils doivent recueillir les témoignages qui viendront appuyer la plainte du procureur de la ville.

Entre alors le premier témoin : Martin Poussin. Le juge de ce jour prend alors la parole.

"- Veuillez me donner votre nom, surnom, âge, qualité et demeure et veuillez me préciser si vous connaissez les parties qu’ils soient parents, alliés, serviteurs ou domestiques. 
- Je m’appelle Martin Poussin, j’ai environ quarante ans. Je suis Maréchal et demeure en cette ville de Craon près de la porte St-Pierre, paroisse de Saint-Clément. Je connais les partis, mais je ne suis ni parent, ni allié, ni serviteur, ni domestique. "

Le juge lit la plainte en forme de remontrance faite à Jacques Régulier et lui demande ensuite de décrire, après serment, ce qu’il connait de cette affaire.

"- Il y a environ quinze jours, pendant les vêpres, j’ai vu la femme au Jacques Régulier qui était proche du petit mur attenant au jardin du Sieur Mottais. Son jardin faisait face par derrière à la prison. Elle parlait à son mari mais je n’ai pas entendu ce qu’elle disait. 
- Et concernant l’évasion, que savez-vous ? 
- Ben, je n'ai appris l’évasion que ce matin vers les septs heures par la femme Gripon, le geôlier de la prison. J’ai vu à ce moment en effet un trou pratiqué dans les latrines du cachot clair ou était ledit Régulier. Il y avait deux draps et une couverture liés qui pendaient depuis ce trou et jusqu’à terre dans la rue. C’est INCROYABLE, je n’ai jamais vu cela. 
- Et le trou, était-il suffisamment grand pour que ledit Régulier sorte du cachot ? 
- Ma foi, oui !
- Bien. C’est tout ce que vous savez ? 
- Oui."
Après avoir relu la déposition transcrite par le greffier, le juge somme Martin Poussin de déclarer si elle contient vérité, s'il veut y augmenter ou diminuer, s’il persiste et s'il sait signer.
"- Oui c’est bien la vérité. Mais je ne sais pas signer." 
Après le passage de Martin Poussin, entre alors le deuxième témoin : Jacquinne Hamard. Tout comme Martin Poussin, le juge lui demande de décliner son identité :
"- Je m’appelle Jacquinne Hamard, femme de René Mottais, tourneur en cette ville de Craon, paroisse Saint-Clément. J’ai 32 ans. Je connais les parties, mais je ne suis ni parent, ni allié, ni servante ou domestique."
Le juge lit également la plainte faite à Jacques Régulier et lui demande ensuite d’expliquer ce qu’elle connait de l’affaire.
" - Cejourd’hui, mon mari s’étant levé à la pointe du jour, est rentré et m’a dit que Jacques Régulier s’était évadé. Je me suis aussitôt levée et j’ai vu le trou pratiqué dans les latrines du cachot clair. Il était assez grand pour qu’il puisse s’évader. J’ai vu également les draps et couvertures attachés ensemble et qui pendaient jusqu’à terre dans la rue. 
- Êtes-vous certaines qu’il s’est évadé par ce trou ? 
- Non. Je sais simplement qu’il est INTROUVABLE. 
- Bien. Et que savez-vous d’autre ? 
- J’ai ouï dire de la femme du jardin du château que Régulier s’était échappé vers les deux heures du matin et qu’elle a vu plusieurs fois la femme audit Régulier en plein jour s’arrêter à côté de son jardin. Elle appelait son mari pour lui parler mais elle n’a point fait attention à ces propos. Elle a juste entendu dire qu’il n’avait pas froid parce qu’il s’enveloppait dans la paille. C’est tout ce que je sais. "
Après avoir relu la déposition transcrite par le greffier, le juge demande à Jacquinne Hamard de déclarer si elle contient vérité, si elle veut y augmenter ou diminuer, si elle persiste et si elle sait signer.
" - Oui je dis bien vérité. Je ne sais signer. "
Suivent ensuite de nombreux autres témoignages qui dureront jusqu’à la fin de journée.

Cette scène a été retranscrite et imaginée à partir du procès-verbal établi le 22 octobre 1767 (Archives Départementales de la Mayenne, B3153 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Grands et petits criminels - Procédures et sentences - 1766/1769).

Finalement, je n’ai retrouvé aucune trace de Jacques REGULIER après son évasion, exceptées des mentions dans des actes civils. Ainsi, il était absent en 1768, avec son épouse, Julienne POTTIER, pour établir les comptes de tutelle des enfants pour lesquels ils étaient tuteurs (AD53 - B3012 et 3097).

Dans mon premier #Projet3Mois, j’avais établi qu’il était décédé « dans les isles » ce qui me fait penser à une condamnation au bagne ou aux galères. Aurait-il été retrouvé puis condamné plus durement du fait de son évasion ?

Si cette histoire vous intéresse, je vous propose de lire ou de relire la lettre que j'avais écrite à Jacques Régulier lors du #ChallengeAZ de l'année passée : Lettre E, écrite à un évadé.

lundi 26 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre V écrite à VALENTIN Catherine


Le #ChallengeAZ 2018 arrive dans sa dernière semaine. Depuis début novembre, les lettres écrites à mes aïeux et collatéraux m'ont permis de mettre par écrit des interrogations, des doutes mais également des sentiments. Je vous remercie en tout cas, fidèles lecteurs, pour l'ensemble de vos marques de sympathies, commentaires et partages qui m'ont touchés.

Ma lettre d'aujourd'hui est destinée à Catherine VALENTIN, mon aïeule pour qui j'ai consacré tout un projet de recherche au début de l'année 2018 (#Projet3Mois). Pour ceux qui me suivent déjà, vous savez que son histoire me tient particulièrement à cœur...


***


Lundi 26 novembre 2018


Ma chère Catherine,
En écrivant ces mots, je ressens une profonde émotion teintée de tendresse, de respect mais aussi de tristesse. En réalité, même si nous sommes séparés de huit générations, je me sens très proche de vous, au point d'avoir l'impression de vous avoir connu.

Durant ces derniers mois, vous avez accompagné mes longues soirées pendant lesquelles j'essayais de retrouver les traces de votre vie. Et pour cause ! Vous concentriez une très grande partie de mes interrogations généalogiques. Alors, j'ai commencé à mieux vous connaître : les circonstances de votre naissance, la venue au monde de vos enfants naturels, votre mariage avec Jacques Régulier, les vicissitudes de la révolution, votre divorce, vos joies et surtout vos peines. 

Catherine, j'ai été particulièrement touché par votre histoire car la mauvaise fortune ne vous a pas épargnée.

Votre destin est intimement lié à celui de Jacques Régulier, votre premier mari. Je crois très sincèrement que vous vous aimiez. Certes, je n'en ai aucune preuve et pourtant ! Peu après votre mariage en 1791, vous êtes contrainte de divorcer d'avec lui car il a du émigrer pendant la Terreur avec Sieur Louis Jobal, son employeur. Votre vie en est alors bouleversée. Vous devez élever seule vos deux enfants : Louis Joseph et Jean-Jacques. Heureusement, votre sœur Marie et son époux vous accueillent et vous soutiennent. En 1801, vous attendez un nouvel enfant. Devant cette situation, vous vous mariez avec Nicolas Gasner, maçon de Courcelles-Chaussy, veuf, et sans doute ami de la famille. Était-il vraiment le père ? Catherine, permettez-moi d'en douter. J'ai le sentiment qu'il s'agit en fait de Jacques, revenu d'émigration et dont la présence est à ce moment totalement clandestine. Le mariage doit alors éliminer tout soupçon.

Catherine, je me sens si proche de vous. Ces derniers mois, mes recherches m'ont amené à retracer le fil de votre existence et à comprendre le contexte si particulier dans lequel vous avez vécu. Je connais beaucoup de choses sur vous mais finalement, que sais-je vraiment ? J'ai l'impression de vous connaître et pourtant, nos regards ne se sont jamais croisés. Nos regards sans doute, mais nos âmes et nos cœurs ?

Je ne sais pas si nous pouvons ressentir, nous vivants, les signes d'une présence et d'une bienveillance de nos aïeux. Pourtant, lorsque je suis passé dernièrement à Lüe et aux Etangs, j'ai eu une sensation très étrange, comme si je ressentais un lien très fort, au plus profond de mon être. J'en fus bouleversé. Peut-être qu'à ce moment précis, nos cœurs et nos âmes se sont croisés.

Catherine, j'ai été particulièrement ému lorsque j'ai retrouvé l'inventaire après décès de la maison que vous occupiez avec Jacques à la fin de votre vie. J'y ai appris que vous étiez tous deux malades et que votre situation financière n'était pas des plus confortables. Émotion et tristesse d'autant plus fortes que l'ensemble de vos biens ont du être vendus aux plus offrants pour pouvoir payer vos dettes : toute une vie éparpillée en quelques heures... 
Catherine, je voulais au travers de cette lettre vous rendre hommage et vous sortir de l'oubli. Toute votre existence, vous n'avez eu de cesse de vous battre pour votre vie, celle de vos enfants, et j'imagine pour vos idées.

Puissiez-vous Catherine recevoir, au travers de ces mots, la marque de mes sentiments et de mon amour filial. 


Sébastien
Le Château de Lüe à côté duquel a vécu Catherine VALENTIN (Source : Delcampe)

samedi 16 juin 2018

#RDVAncestral - Catherine VALENTIN, un rendez-vous manqué...

Comme chaque troisième samedi du mois, Guillaume Chaix et toute l’équipe du #RDVAncestral nous proposent de partir à la rencontre de nos ancêtres. Pour ce nouvel épisode, j'avais décidé de m'entretenir à nouveau avec Catherine VALENTIN, mon aïeule rencontrée il y a deux mois...



Les recherches généalogiques ne sont pas aisées pour celui qui habite loin de sa région d'origine et les occasions d'aller aux archives départementales sont rares. En ce mois de juin 2018, je profite d'un passage en Lorraine pour me rendre aux archives départementales de la Moselle. Sans idée précise, j'avais en tête de consulter les archives du Notaire des Étangs, commune où Catherine Valentin avait vécu les dernières années de sa vie. Ne sait-on jamais au hasard d'un acte, Catherine ou sa famille y sont peut-être mentionnés ? Je commande le document : 407U1.

Après un petit temps d'attente, assis sur ma chaise, j'entends le bruit si caractéristique du chariot, annonciateur de l'arrivée des documents en salle de lecture. Je récupère la liasse de feuillets placés dans une pochette en carton, puis je dépouille les actes un par un. Ah, que j'aime ces odeurs de vieux papiers !


1806, 1807, 1808... les années défilent sous mes yeux sans m'apporter le moindre acte intéressant pour mes recherches. Je commence quelque peu à me lasser lorsque mes yeux s'arrêtent sur des noms familiers. Sur un papier jauni et taché par le temps, je déchiffre très distinctement les noms de Catherine Valentin et de Jacques Régulier : un inventaire après décès.

Inventaire après décès de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57 - 407U1)


Imaginez mon excitation et ma joie à la découverte de cet acte qui symbolise à lui-seul l'épilogue de mes longues recherches sur mon aïeule. Je me pose alors un instant et ferme mes yeux pour me préparer à déchiffrer l'acte dont certaines parties sont peu lisibles.

A cet instant, je sens une main me taper sur mon épaule. Une voix d'homme m'interpelle : "Vous arrivez trop tard". Je sursaute et me retourne.

Bien loin de la salle de lecture, je me trouve désormais dans une vieille maison. La pièce dans laquelle je me tiens est relativement sombre malgré la fenêtre ouverte sur l'extérieur. Humide et frais, cet endroit me semble inanimé, véritablement sans âme. Il faut dire que cette "chambre" semble avoir été vidée de ses meubles : une pendule, un miroir, un seau et un tonneau, deux chaises en paille, un coffre en bois et dans le coin un tas de pommes de terre. C'est à peu près tout. Sans nul doute, je suis de retour dans le passé pour un nouveau rendez-vous ancestral.


Devant moi, se tient un homme âgé d'une bonne quarantaine d'années. Curieux, je suis décidé à connaître son identité et les circonstances de mon RDVAncestral. Je décide donc de l’interroger:
"- Trop tard ? Pourquoi ?
- Les funérailles de Catherine Valentin ont eut lieu ce matin. Vous ne la verrez plus."
Ces mots me transpercent le cœur. Même si je sais pertinemment que Catherine est décédée un jour de septembre 1809, l'annonce de sa mort par un de ses contemporains me bouleverse et m'emplit de chagrin. La gorge serrée, je sens les larmes monter. Et pour cause. En travaillant depuis plusieurs mois sur sa vie, je me suis réellement attaché à Catherine : sa vie, ses douleurs, ses joies et ses peines. Plus que le sosa 481 de ma généalogie, elle est devenue un membre à part entière de ma famille.

Voyant une larme couler sur ma joue, l'homme pose sa main sur mon épaule en essayant de trouver un mot de réconfort :
"- Je comprends votre peine, sans doute l'avez-vous bien connu pour être si triste. Mais... excusez-moi... je ne me suis pas présenté. Je suis Nicolas Bérard, son beau-frère, marié avec sa sœur Marie Valentin.
- Heureux de faire votre connaissance Nicolas, je m'appelle Sébastien et je suis un membre éloigné de la famille Valentin."
Nicolas Bérard habite dans le village de Pontigny, situé non loin de la commune des Étangs où nous nous trouvons. Lui et sa femme sont restés très proches de Catherine et de ses enfants. En effet, après le divorce de Catherine d'avec Jacques Régulier pour cause d'émigration, Nicolas et Marie les ont accueillis pendant plusieurs années.



Remis de mes émotions, je continue notre discussion en le questionnant sur les causes de la mort de Catherine :
"- Catherine et Jacques (Régulier) étaient bien malades depuis plusieurs semaines. Ils étaient très faibles et la viande qu'ils devaient manger n'a été d'aucun effet. En une semaine, ils sont partis tous les deux. De toute manière, ils devaient partir ensemble...  Ce qui me chagrine le plus, c'est que Louis Joseph, son fils, est parti depuis plus d'un an maintenant au service de l'armée de l'Empereur. Il ne sait pas encore que ses parents sont morts !
- Ses parents dites-vous ? Mais Louis-Joseph n'est-il pas né de père inconnu ?
Ma question semble gêner Nicolas qui me répond tout de même après un moment d'hésitation :
- Dans l'état-civil oui. Après, vous savez ce que c'est... Jacques Régulier était un vrai père pour Louis-Joseph. Je ne peux vous le garantir, mais on dit que c'est son père. Catherine et Jacques, c'est une longue histoire, malheureusement très tourmentée.

Je suis stupéfait par cette nouvelle : Jacques Régulier serait-il donc le père biologique de Louis-Joseph Valentin ? Aucune certitude certes, mais cette hypothèse est relancée. Étrangement, Nicolas semble vouloir se confier et il poursuit :
- La vie de Catherine a été particulière... jusqu'au bout. Vous saviez que Catherine s'était remariée avec le maçon de Courcelles, Nicolas Gasner ? Même s'ils ont eu une fille, c'était je pense un mariage de façade. Dès le retour définitif de Jacques Régulier d'émigration, Catherine l'a retrouvé et ils se sont installés ensemble ici, aux Étangs. Ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre. Ils ont trouvé cette maison qu'ils ont loué à Simon Michaux. Jacques a pris le métier de boulanger. Malheureusement, la vie a été difficile pour eux. A plusieurs reprises ils ont du procéder à la vente de meubles pour pouvoir subvenir à leurs besoins. 

Cette description de la vie de Catherine m'attriste beaucoup. Que de tourments et de peines pour elle et sa famille ! Nicolas perçoit ma tristesse et essaie alors de me réconforter :
- Vous savez, malgré toutes ces séparations et ces épisodes douloureux, leurs enfants sont restés soudés. Je suis persuadé qu'ils resteront en contact et se soutiendront. En tout cas, j'y veillerai."
A ces mots, Nicolas m'invite à sortir de la maison et ferme la porte car les scellés doivent y être apposés. Dans une dernière accolade, nous nous saluons.

Après quelques instants, je sens une main qui me tape sur mon épaule. Un homme m'interpelle : "Monsieur, monsieur, vous dormez ?". J'ouvre les yeux. Je suis à nouveau assis dans la salle de lecture des archives départementales de la Moselle, devant l'acte d'inventaire après décès du 6 novembre 1809...

mardi 27 mars 2018

#Projet3Mois - Episode 4 - Catherine : une vie bouleversée par la Révolution française

Quatrième et dernier épisode de la vie de Catherine VALENTIN, de 1791 à 1809, année de son décès. Je vous propose dans cet article de découvrir comment la Révolution française a bouleversé la vie de Catherine, de l'émigration de son mari et de son divorce jusqu'à son remariage et aux naissances troublantes...

Un contexte troublé : Révolution française et terreur


Lorsque Catherine met au monde son premier enfant issu du mariage avec Jacques REGULIER, le royaume est en pleine période révolutionnaire. Même si le roi Louis XVI est encore en place, son pouvoir s'amenuise. En avril 1792, le royaume de France déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. Il s'ensuit alors une entrée en guerre des puissances européennes qui voyaient d'un mauvais œil la révolution.

La bataille de Valmy (Horace Vernet - National Gallery - Domaine publique - Wikipédia)


Cette période plus que troublée affecte également les campagnes et le château de Lue. En 1791, Joseph JOBAL était Colonel puis Lieutenant-Général au 4ème régiment de Chasseurs (DONOP, 1890). Tout comme la plupart de la noblesse, il était hostile aux idées révolutionnaires et a choisi de quitter la France. Ainsi, le 4 juillet 1792, les douaniers du poste de Collonges (Ain) saisissent une malle et une caisse contenant ses effets et ses armes personnels, parmi lesquels les cravates d’étendards du régiment (BRAYARD et CROYET, 2010). Il s'engage ensuite dans l'armée de Condé, contre-révolutionnaire (L'armée de Condé a été créée par Louis V Joseph de Bourbon-Condé, cousin du Roi et était composée d’émigrés pour lutter pour la révolution française de 1792 à 1801).

En l'absence de Joseph François Louis JOBAL, le château, les terres et les bois de Lue sont confisqués par la Nation. Ainsi, le 9 Germinal de l'An II (29 mars 1794), Bernard VALENTIN, père de Catherine, prête le serment de Garde de Lüe pour la conservation des bois de l'émigré Jobal requis à la Nation (AD57, 2L78).

Joseph de JOBAL n'est pas le seul à quitter le château de Lüe, comme le signale la liste des émigrés établie par André GAIN  :
  • Joseph François Louis JOBAL, fut dénoncé par les trois communes où il avait des biens. Il dut émigrer peu après le 25 juin 1792. Rentré d'émigration, il fit sa déclaration le 17 prairial an X devant le préfet de la Moselle (6 juin 1802).
  • Jacques REGULIER, de Lue, dénoncé par la municipalité de Hayes, fut inscrit par délibération du district de Boulay du 29 juin 1793 et par arrêté du département le 6 juillet suivant.
  • Les deux fils de François COUSIN, de Lüe. Tout comme Jacques REGULIER, tous les deux sont dénoncés par la municipalité de Hayes et furent inscrits par le district de Boulay le 29 juin 1793 et par arrêté le 6 juillet suivant.
Le mari de Catherine part donc en émigration avec Joseph JOBAL. Il est cependant difficile de dater précisément son départ. A t'il suivi son employeur dans son émigration ou l'a t'il rejoint plus tard ?


Catherine et Jacques : un divorce nécessaire...


Le sort des émigrés et des suspects de la République


Décret du 17/09/1793 (Wikipedia)
Devant la fuite des nobles et des personnes hostiles à la révolution, des listes locales de personnes absentes de leur domicile sont dressées conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1791. Cette "liste des absents" devait recenser les propriétaires fonciers pour leur confisquer leur patrimoine. Ces listes deviennent une arme contre les biens mais aussi contre les personnes sous la forme de « Listes des émigrés » (Archives Nationales).

En septembre 1793, la Terreur est mise à l'ordre du jour de la Convention Nationale pour prendre toutes les mesures nécessaires à sauver les acquis de la Révolution et repousser l'invasion étrangère. Le 17 septembre 1793, la loi des suspects est votée (Source : Hérodote). Ainsi, cette loi visait directement les femmes d'émigrés dans son article 5 :

Sont réputés comme suspects : [...] ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.  
Dans ces conditions, même si Catherine était restée en France, cette nouvelle loi faisait de Catherine VALENTIN une "suspecte" en puissance... Le divorce était alors plus que nécessaire...

Le divorce de Catherine d'avec Jacques REGULIER


La loi autorisant le divorce en France a été adoptée par l'Assemblée nationale le 20 septembre 1792 et apparaît dans le Décret du 20 septembre 1792 qui détermine le mode de constater l’état civil des citoyens (apparition de l'Etat-Civil) (Source).

Le divorce de Catherine VALENTIN d'avec Jacques REGULIER est effectué en mairie de Hayes le 8 Frimaire de l'an II, soit le 28 novembre 1793 (AD57, 5 MI 312/1). Dans l'acte, il est clairement mentionné que son mari est émigré avec Joseph François Louis JOBAL.

Extrait de l'acte de divorce de Catherine VALENTIN et Jacques REGULIER (AD57, 5MI 312/1)


D'après Jean Lhote (LHOTE, 1972), le divorce était généralement demandé par les femmes d'émigrés pour sauvegarder une partie de leurs biens qui allaient être vendus. Cependant, il en est pour qui la crainte semble avoir joué un rôle certain.


Le jour de son divorce, Catherine VALENTIN est accompagnée de plusieurs "hommes de loi" :
  • Jean-Pierre FLOSSE, homme de loi, 
  • Joseph JACQUEMIN, Huissier
  • Ferdinand Ernest HURTE, notaire public. 
Leur présence ne doit rien au hasard car elle consolide l'acte de divorce. Ils apportent sans doute également une sorte de "caution légale". Ceci est confirmé par l'étude de Jean Lhote qui signale que les divorces sont souvent réalisés sur le conseil d'hommes de loi, tournant la loi pour sauvegarder une partie de leurs biens (Lhote, 1972).


Jacques REGULIER, émigré.. et pourtant père d'un enfant en 1796.

Extrait de l'acte de naissance du 10 Ventôse an IV

Donc, Jacques REGULIER est émigré, et il est logiquement absent... Et pourtant! Le 10 Ventôse de l'an IV (29 février 1796), Catherine donne naissance à un enfant, désigné comme le fils de... Jacques REGULIER, son époux (AD57, 5 MI 312/1)!  C'est à n'y rien comprendre. Prénommé Nicolas Jacques, il décède deux semaines plus tard sous le prénom de Jean Augustin... (une énigme dans l'énigme...)

Jacques REGULIER était-il revenu, ne serait-ce que quelques temps auprès de Catherine ? Je n'ai à ce jour aucune source qui me permettrait de la confirmer.

Quoi qu'il en soit, cette information me conforte dans l'idée que le divorce était un acte de pure forme, qui permettait à Catherine de se séparer officiellement de Jacques et d'éviter d'être suspectée comme ennemie de la Nation.


Mariage surprise de Catherine avec un certain Nicolas GASNER et naissance d'une fille

An X de la République française : nouveaux rebondissements dans la vie de Catherine VALENTIN.

Le deux Vendémiaire de l'An X (24/09/1801), Catherine VALENTIN épouse en secondes noces Nicolas GASNER dans la commune de Pontigny (aujourd'hui rattachée à Condé-Northen).

Nicolas GASNER est un maçon résidant à Courcelles-Chaussy, âgé de 57 ans et veuf de Catherine AUBERTIN. Dans l'acte de mariage, il est bien précisé que Catherine VALENTIN est divorcée d'avec Jacques REGULIER, émigré.

Ce mariage semble s'expliquer par la naissance sept mois plus tard d'une fille. Ainsi, le 4 Floréal de la même année (24/04/1802), Catherine VALENTIN donne naissance à Marguerite GASNER, dans la commune de Bronvaux (AD57, 9NUM/114ED1E1)

Cette naissance à Bronvaux m'interpelle car Pontigny et Bronvaux sont distants de plus de 20 kilomètres à vol d'oiseau... Pourquoi à Bronvaux ? Fallait-il cacher la naissance ?




Et si Jacques REGULIER était le père biologique de Marguerite GASNER ?

Voici une hypothèse possible que je vais tenter de vous expliquer.

Le contexte du retour des émigrés



Un senatus-consulte du 6 Floréal de l’an X (26 avril 1802) accorde l’amnistie générale aux émigrés qui rentreront en France avant le 23 septembre 1802 (premier jour de l’an XI) et prêteront serment à la constitution (TESTE-LEBEAU, 1825 ; WARESQUIEL, 2013).

Le retour de Joseph François Louis JOBAL et de ses domestiques se situe sans doute autour de cette date (ou un peu avant). En effet, l’Armée de Condé dans laquelle Joseph JOBAL était officier a été dissoute le 1er mai 1801. Son retour d’émigration après cette date est possible, même s’il devait rester caché et discret. Joseph JOBAL rentre donc en France après cette date. Il prête ensuite serment à la constitution le 17 Prairial an X, soit le 6 juin 1802 (GAIN, 1925).

Je pense donc qu’il rentre avec Jacques REGULLIER et les deux fils COUSIN entre le mois de mai 1801 et le mois de juin 1802.

Tout est une question de date...


Revenons à la naissance de Marguerite. Sa date de naissance permet de supposer une conception entre fin juillet et mi-août 1801. Or, le mariage entre Catherine VALENTIN et Nicolas GASNER a été célébré le 24 septembre 1801, soit 2 mois après la conception supposée…



Bon. Je n’ai aucune certitude, mais plus j’y réfléchis, plus je pense que l’hypothèse selon laquelle l’enfant serait de Jacques REGULIER est plausible.

En effet, Jacques REGULIER serait vraisemblablement rentré d’émigration dans la seconde moitié de l’année 1801 avec son employeur, Joseph JOBAL. Pourtant, en 1801, leur présence en France restait clandestine, même si le Consulat de Napoléon Bonaparte a fait naître quelques espoirs d’une amnistie des émigrés (WARESQUIEL, 2013).

Suite à son retour, Jacques aurait retrouvé Catherine qui vivait à Pontigny chez sa sœur, Marie, et son beau-frère, Nicolas BERARD. Catherine serait ensuite tombée enceinte. Après deux mois de grossesse, le doute n’était plus possible et il fallait « trouver » un père à l’enfant car il n'était pas possible de le faire reconnaître par Jacques REGULIER, en situation irrégulière. Le choix se serait alors tourné vers Nicolas GASNER, veuf, connu, voire ami de la famille qui vivait à Courcelles-Chaussy. Dans cette folle hypothèse, l’ironie du sort ferait naître Marguerite GASNER deux jours avant le senatus-consulte du 6 Floréal de l’An X qui amnistie les émigrés…

Après la naissance, je ne retrouve plus aucune mention du couple GASNER/VALENTIN. Bien au contraire, le mariage semble avoir été oublié...

Ainsi, l’acte de décès de Nicolas GASNER ne fait aucune mention de son mariage avec Catherine : il décède le 28 avril 1812 à l’âge de 70 ans, veuf de Catherine AUBERTIN (AD57, 5MI158/1). C’est également le cas au décès de Jacques REGULIER. Il décède le 30 août 1809 à son domicile situé dans la commune des Etangs, à l’âge de 64 ans. L’acte d’état-civil et l’acte de catholicité mentionnent tous les deux qu’il est marié avec Catherine VALENTIN, sa survivante (AD57, 61J203/1C1 ; 5MI203/1).

Suite et fin de l’histoire de Catherine… 

J'écris ce dernier chapitre de la vie de Catherine non sans une certaine émotion. Catherine m'a accompagné durant toutes ces dernières semaines, comme un membre de la famille proche... L'évocation de la fin de sa vie résonne comme un deuil.

Sans que je ne sache pourquoi, la vie tourmentée de Catherine touche à sa fin moins d’une semaine après le décès de Jacques : maladie ? chagrin ? Elle décède ainsi le 5 septembre 1809 à son domicile, à l’âge de « seulement » 48 ans.

Les domiciles de Catherine VALENTIN (Fond de carte : Carte d'Etat-Major - Géoportail)

La mort de Jacques et de Catherine laissera trois enfants orphelins:
  • Louis Joseph WALENTIN, âgé de 21 ans, mon aïeul, qui était à ce moment là soldat dans la Grande Armée, 
  • Jean Jacques REGULIER, âgé de 17 ans, manœuvre, 
  • Marguerite GASNER, âgée de 7 ans. 

La jeune Marguerite sera recueillie par Marie VALENTIN, sa tante, et sœur de Catherine (je pense d’ailleurs qu’elles étaient assez proches).

Même s’ils sont issus, a priori, de trois pères différents, les trois enfants resteront proches comme en témoignent leur présence en tant que témoins lors des naissances et baptêmes de leurs neveux ou nièces.



Conclusion (provisoire)

J'arrive à la fin de mes articles sur les épines et mystères de l'histoire de Catherine VALENTIN. Pendant ces trois mois, j'ai essayé de comprendre son parcours en fonction du contexte historique et social. Certes, il me reste beaucoup de questions à résoudre, mais me voilà maintenant avec des hypothèses qui seront à creuser dans mes futures recherches. Certaines questions seront sans doute résolues d'ici quelques semaines ou quelques mois. Je vous tiendrai informé.

Le destin de Catherine est particulier et elle a vécu, bien malgré elle, les conséquences de cette période troublée de l'Histoire. Néanmoins, j'ose espérer que Catherine a pu profiter des quelques beaux moments de sa vie.

Vous trouverez ci-dessous le lien vers les précédents articles :

 Sources :


BRAYARD Laurent et CROYET Jérôme, 2010. Chronologie historique de la révolution française. Société d’Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériale. 39p. [En ligne]

DONOP, 1890. Historique abrégé du 4e régiment de chasseurs. Saint Cloud, Impr. Belin frères.168p.

GAIN André, 1925. Liste des émigrés, déportés et condamnés pour cause révolutionnaire du département de la Moselle, 1ère et 2ème partie. Mets, Les arts graphiques. 220p.

LHOTE Jean, 1972. Le divorce et les femmes d'émigrés à Metz sous la terreur in Les Cahiers Lorrains. N°2 Année 1972. pp42-48.

TESTE-LEBEAU Justinien, 1825. Code des émigrés, déportés et condamnés révolutionnairement. Deuxième édition. Paris, 842p. [En ligne].

WARESQUIEL (de) Emmanuel, 2013. Joseph Fouché et la question de l’amnistie des émigrés (1799-1802) » in Annales historiques de la Révolution française, 372 | avril-juin 2013 [En ligne].

Archives nationales :

  • F/7 Police générale - Emigrés : demandes de radiation de la liste et de main-levée de séquestre. Présentation générale du fonds [En ligne]

Archives départementales de la Moselle :

  • 9NUM/114ED1E1, paroisse et commune de Bronvaux. Baptêmes, mariages, sépultures (1791-1792). Naissances, mariages, décès (1793-an X). 
  • 5MI158/1, commune de Courcelles-Chaussy. Registres d'état-civil NMD An II-Juillet 1836, microfilms de substitution;
  • 5MI203/1, commune des Etangs. Registres d'état-civil NMD  1792-1892, microfilms de substitution.
  • 61J203 1C1, paroisse des Etangs. Registres de catholicité BMS 1808-1818.
  • 5 MI 312/1, commune de Hayes. Registres d'état-civil NMD 1792-1892, microfilms de substitution.
  • 2L78. Tribunal de Boulay. - Délits forestiers, feuilles d'audience et extraits des liasses de rapports de délits champêtres, réception de gardes forestiers (1791-an II). Pièce de procédure civile (1791).

vendredi 23 mars 2018

#Projet3Mois - Episode 3 - Des questions sur l'origine de Jacques REGULIER, premier époux de Catherine VALENTIN

Nous arrivons fin mars et mes recherches de mon #Projet3Mois avancent tout doucement. J'attends impatiemment l'acte de baptême d'une sœur de Catherine VALENTIN, née à Cologne en 1763, qui devrait me permettre d'avancer sur le contexte de la naissance de Catherine. En attendant, je vous propose de partir à la rencontre de Jacques REGULIER, son premier mari. En effet, il me pose pas mal de questions sur ses origines et surtout sur un possible "acte criminel" de son père... 

Qui est Jacques REGULIER ?


Après la naissance de ses deux enfants naturels, Catherine VALENTIN se marie à Hayes avec Jacques REGULIER, le 11 octobre 1791 (AD57 - 2MI376/1). Ce dernier vit également à Lüe où il est domestique de M. JOBAL, propriétaire du château, et dont j'ai parlé dans mon dernier article.

Jacques REGULIER est originaire de la paroisse d'Athée, anciennement en Anjou, dans la Baronnie de Craon (aujourd'hui département de la Mayenne). Il est né le 5 novembre 1744 et il est le fils de Jacques REGULIER, marchand, et d'Anne LEBA(S)TARD (AD53 - BMS-Athée 1712-1746).


Baptême de Jacques REGULIER le 6/11/1744 (AD53 - BMS-Athée 1712-1746)
La famille Régulier s'installe ensuite dans la paroisse de Livré (à quelques lieux d'Athée). En avril 1753, Anne LEBA(S)TARD meure à l'âge de 34 ans. Jacques a 8 ans (AD53 - BMS Livré-la-Touche 1751-1769).


Extrait de la carte dite "de Cassini" - Feuille de Laval (n°97) - BNF/Gallica


Le père de Jacques se remarie quelques mois plus tard avec Julienne POTTIER, originaire de la paroisse de Livré. Ils auront au moins sept enfants dont deux arriveront de façon certaine à l'âge adulte :
  • Jacques REGULIER (encore un Jacques, je l'appelle "le jeune"), né le 23 janvier 1763 à Livré,
  • Louise Françoise REGULIER, née le 25 mai 1764 à Livré.


Quand un certain Jacques REGULIER est poursuivi pour vol et bris de prison...


Extrait Inventaire Sommaire AD53.
Mes recherches m'ont amené à parcourir les inventaires sommaires des archives de la Mayenne, et en l’occurrence la série B (Duchemin et al., 1904).

Parmi les documents, je retrouve l'existence d'une procédure criminelle contre un certain Jacques REGULIER, poursuivi pour "vols et bris de prisons", en date du 18 novembre 1767 (Cote B3153). S'agit-il du futur mari de Catherine ? de son père ? d'un homonyme ?

Un premier passage aux archives départementales de la Mayenne m'a permis de consulter le document relatif à cette procédure. J'y découvre les circonstances de l'évasion rocambolesque de ce Jacques REGULIER, avec divers procès-verbaux et témoignages. Malheureusement, je ne retrouve aucune mention de son origine ou d'un membre de sa famille. Le mystère reste entier concernant l'identité de ce "criminel"...


Tout vient à point à qui sait... persévérer !


J'avais cette information depuis plusieurs années. Pourtant, je n'avais pas pris le temps ou la peine de chercher plus loin pour savoir qui était vraiment ce Jacques REGULIER, poursuivi pour son évasion de la prison de Craon. Le #Projet3Mois m'a permis d'enfin résoudre cette énigme.

Il y a quelques semaines, j'ai repris l'analyse de l'inventaire sommaire des archives de la Mayenne pour y recenser tous les documents et sources qui pourraient m'en apprendre plus sur cet évènement. J'ai pointé une dizaine de cotes. Parmi elles, figurent les livres d'écrou de la prison de Craon, là où il était détenu (Cote B3168).

Je n'ai pas eu besoin de chercher longtemps car, en deuxième page, je retrouve l'écrou de Jacques Régulier :

Transcription de l'écrou de Jacques Régulier (AD53 - B3168)

Jacques REGULIER est donc originaire du village de la Gaullerie, de la paroisse d'Athée. Tout se précise. Trois sources et informations me permettent désormais de penser que ce Jacques REGULIER, emprisonné à la prison de Craon, est bien le père de Jacques, futur époux de Catherine VALENTIN :

  1. Lors du baptême de son dernier fils, en juin 1766, Jacques REGULIER réside bien à la Gaul(l)erie, en la paroisse d'Athée (AD53 - BMS de la paroisse d'Athée)
  2. Le registre des rôles de taille et de capitation pour l'année 1767 montre effectivement la présence d'un seul Jacques REGULIER, à la Gaulerie (AD53 - C56)
  3. Enfin, les témoignages de la procédure de poursuite pour bris de prison évoquent la présence à plusieurs reprise de la femme dudit Jacques REGULIER à proximité de son cachot (AD53 - B3153)
Tous ces indices laissent à penser que le père de Jacques REGULIER, futur mari de mon aïeule, a été emprisonné pour divers crimes et s'est ensuite évadé dans une histoire rocambolesque que je vous raconterai dans un prochain article.

Quelle fin pour Jacques REGULIER, père ?


Je ne retrouve plus aucune trace de Jacques REGULIER après son évasion, exceptées des mentions dans des actes civils. Ainsi, il ne serait pas présente en 1768, lui et son épouse, Julienne POTTIER, pour établir les comptes de tutelle des enfants pour lesquels ils étaient tuteurs (AD53 - B3012 et 3097).

En généalogie, il ne faut rien négliger. J’ai continué mon enquête en retraçant la vie des enfants de Jacques REGULIER et de Julienne POTTIER. C’est son pus jeune fils, Jacques, qui va me permettre de préciser la destinée de son père.

Jacques "le jeune" s’est marié en première noce avec Jeanne RAYON, dans la commune d’Azé (proche de Château-Gontier). Ils s’installent ensuite à Angers où il devient Cardeur de Laine. Après le décès de sa première épouse, en septembre 1817, il se marie en secondes noces avec Madeleine PERAULT (AD49 - Comm. Angers NMD 1823-3e Arrdmt). L’acte de mariage est très détaillé et nous apprends plusieurs informations :
  • Son père est dit « décédé dans les isles sans savoir l’époque de son décès » 
  • Sa mère, Julienne POTTIER est décédée à l’Hospice de Craon le 1er février 1786. 
Extrait de l'acte de mariage de Jacques REGULIER et Madeleine PERAULT (AD49 - NMD-Angers (2/3ème Arrdmt) 1823)



La mention « décédé dans les isles » me fait penser à une condamnation au bagne ou aux galères. Pourtant, les quelques sources disponibles en ligne ne me permettent pas de le retrouver :
  • La base des bagnards originaires du nord-ouest de la France (http://www.galfor.fr/search.php) ne donne rien. 
  • La base des ANOM ne donne rien non plus, puisque la liste nominative des bagnards débute au 19ème siècle. 
Il reste éventuellement à rechercher dans les registres des bagnes à Brest, mais la tâche s'annonce longue et fastidieuse... 


Pourquoi Jacques REGULIER, fils, est-il parti d'Athée pour s'installer à Lüe ?

La paroisse d'Athée est située à plus de 700 kilomètres du château de Lüe. Pourquoi, quand, et dans quelle circonstance Jacques REGULIER a t'il quitté sa région natale pour s'installer dans cette partie du Royaume ?

Un engagement militaire ?

D'après Alain Corvisier (Corvisier, 1970), l'engagement militaire est un facteur de migration au XVIIIème siècle. Les migrations s'effectuent généralement lorsqu'un soldat se marie avec une jeune fille lors du campement des troupes. Il existe également d'autres cas où les militaires en fin de service s'installent par groupe dans un village ou une ville, surtout s'ils n'ont pas ou plus d'attaches familiales. Une des hypothèses serait donc que Jacques REGULIER a été soldat et se serait retrouvé dans le secteur de Metz. Je n'ai aucun élément ou indice allant dans ce sens.

Un exil forcé ? 

Jacques REGULIER était âgé de 23 ans au moment de l'emprisonnement de son père et de son évasion. A t'il participé à son évasion ? Dans ce cas, a t'il été contraint et forcé de fuir sa région natale pour ne pas être inquiété par la justice locale ? Cette hypothèse est également possible.



Cet article se termine sur de nombreuses questions. 
Je suis en tout cas intéressé par vos suggestions et commentaires (notamment, si vous avez des idées de sources complémentaires ou d'autres hypothèses sur la raison qui a conduit Jacques REGULIER a s'installer près de Metz). 

Dans le prochain article du #Projet3Mois, j'essayerai de comprendre ce qui a poussé Catherine VALENTIN à divorcer d'avec Jacques REGULIER... 

Sources :

Corvisier, 1970. Service militaire et mobilité géographique au XVIIIe siècle. In: Annales de démographie historique, 1970. Migrations. pp. 185-204.

Duchemin, de Martonne et Laurain, 1904. Inventaire sommaire des Archives Départementales de la Mayenne antérieures à 1790 - Série B, Tome Deuxième. Laval, L. Barnéoud. 409p.

Archives départementales du Maine-et-Loire (AD49):
  • NMD - Angers (2/3ème Arrdmt) 1823. Etat-Civil - Commune d'Angers. Mariage de Jacques REGULIER et Madeleine PERAULT, le 2/09/1823 [En ligne].

Archives départementales de la Mayenne (AD53):
  • B3012 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Audiences civiles, criminelles, de police et des eaux et forêts (1767-1770).
  • B3053 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Civil - Tutelles et curatelles, avis de parents, bénéfices d'âge et d'inventaire... (1767-1771)
  • B3153 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Grands et petits criminels - Procédures et sentences (1766-1769).
  • B3168 - Sénéchaussée et Baronnie de Craon - Livre d'écrou de la prison de Craon (1767-1789)
  • BMS-Athée 1712-1746. Registres paroissiaux - Paroisse d'Athée - Baptême de Jacques REGULIER le 06/11/1744 [En ligne].
  • BMS-Livré-La-Touche 1751-1769. Registres paroissiaux - Paroisse de Livré - Sépulture d'Anne LEBASTARD - 11/04/1753 [En ligne].
  • C55 - Rôles de tailles et de capitation de la paroisse d'Athée.

Archives départementales de la Moselle (AD57) :
  • 2MI-376/1 - BMS 1668-1792 ; NMD 1793. Registres paroissiaux - Commune de Hayes - Mariage de Jacques REGULIER et Catherine VALENTIN le 11/10/1791. 
Bibliothèque Nationale de France
  • Extrait de la carte dite "de Cassini" - Feuille de Laval (n°97) - BNF/Gallica