dimanche 1 septembre 2019

#ChallengeAZ 2019 - Le Challenge dans le Challenge !

Initié en 2013 par Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres, le #ChallengeAZ propose aux généalogistes de publier sur leur blog ou les réseaux sociaux un article par jour, du lundi au samedi, en suivant les lettres de l'alphabet. Chaque participant développe ainsi une série d'articles selon ses idées ou bien en suivant un sujet précis : la découverte d'un ou plusieurs ancêtres, d'un lieu, d'un métier... 



Pour cette année, je n'ai toujours pas d'idée bien précise sur le sujet que je vais choisir. Je me dis d'un côté que j'ai le temps car l'année dernière, j'ai trouvé mon thème le 29 octobre (soit 3 jours avant le début du #ChallengeAZ !). D'ailleurs, le choix d'écrire une lettre à mes ancêtres a été plutôt inspirant et l'écriture a été aisée. D'un autre côté, je me souviens des soirées d'écriture et des relectures à 1h du matin qui ont malgré tout laissé des coquilles... Vive la fatigue du lendemain !

N'étant donc pas très inspiré cet année, j'ai choisi de créer un challenge dans le Challenge et de vous solliciter, chères lectrices et chers lecteurs !

Mon idée est la suivante : chaque jour de la semaine du mois d'août, je vais vous demander sur twitter de me proposer les mots qui vous trottent dans la tête : des mots liés à la généalogie, mais pas que... Ainsi, dans ce petit concours de mots, je choisirai le plus original, le plus rigolo ou bien celui qui me parle le plus. Mon Challenge sera ensuite d'écrire pour le mois de novembre, 26 articles basés sur ces mots choisis qui devront être liés (de près ou de loin) à mon histoire familiale ou bien à la généalogie.

J'attends donc de vous d'être les plus imaginatifs :p
Le tableau ci-dessous sera complété au fur et à mesure.

Rendez-vous donc demain, jeudi 1er août, avec la lettre A, puis vendredi avec la lettre B...

Merci pour vos contributions !!!


Date
Lettre
Mot retenu
Contributrice/teur
jeu 1 août

A

ATCHOUM
ANACHORÈSE
ABRACADABRANTESQUE
@agns077
@airaetik
@EvelyneACHON
Ven 2 août 

B

BANQUEROUTE
BROUETTE
BRINGUEBALER 
@jlcschneider
@MesAncetresMoi
@sudiste78
sam 3 août
C
CHIPOTER
COCHON
COQ
@sudiste78
@EvrardNoemie
@RayDeborde
lun 5 août

D

DODECAPHONIQUE
DYSLEXIE
DOUTE

@D_ORS_et_D_ARTS
@laventuregenea1

@DegenneMarie,
@jlcschneider
@aieuxsurleplat
mar 6 août
 

E


EURÊKA
ELAGUER
ELEPHANT

ENIGME
@MemoireVive
@CelSouef
@EvelyneACHON
et @chroniquestemps
 @tokenheiser
mer 7 août


F

FEU FOLLET
FANTASTIQUE
FANTÔME
@MaximTige
@dedededelphine
@MemoireVive et @EvelyneACHON
jeu 8 août

G

GAMETTE
GENITEUR
GALIPETTE

@Cetetelle
@CatherinePloqu1
@ChristelleGome5 et

@LaDrolesse4979
ven 9 août
H
HYPHE
HUMUS
HERSE
@gazetteancetres
@feuilledardoise
@christinedb
sam 10 août


I

INCROYABLE
IRREGULIER
INTROUVABLE

@BeaMadPaul
@Jenni_Indo

@ColliotF et

@surleurstraces
lun 12 août


J

JET
JERRICAN

JUSTICE

@RayDeborde @aieuxsurleplat et
@airaetik

mar 13 août
K
KAISER
KOMMANDANTUR
KLEPTOMANE
@DegenneMarie
@Jourdavant
@Cetetelle
mer 14 août
L
LENTEUR
LECTURE
LIVRAISON
@dedededelphine
@jlcschneider
@VlidLempileur
jeu 15 août
M
MOSELLE
MYSTERE
MORT
@CelSOUEF
@MarielleLEGOFF
@jlcschneider
ven 16 août

N

NERVOSITÉ
NUANCIER
NAUFRAGE

@agns077
@sudiste78
@DesarmementH et @veroniquenarame
sam 17 août
O
OEILLET
OUI
OFFICIER
@MarieBlive
@RayDeborde
@DesarmementH
lun 19 août
P
POÈTE 
PARENTHÈSE  
PASSION
@EvelyneACHON
@agns077
@tokenheiser
mar 20 août


Q

QUALIFICATION
QUATRE-A-LA-SUITE
QUESTION


@Cecile3767
@VlidLempileur
@MesAncetresMoi

@EvelyneACHON

@dedededelphine
mer 21 août
R
RAVAGE
ROUTE
REPUGNANT
@aieuxsurleplat
@MesAncetresMoi
@Cetetelle
jeu 22 août
S
SEIGNEUR
SURVIVANT
SAC
@RhitGenealogie
@Jenni_Indo
@RayDeborde
ven 23 août

T

TRACE
TRAVERSER
TOURISME

@VlidLempileur
@Cecile3767
@jlcschneider et @MesAncetresMoi
sam 24 août

U

URNE

UCHRONIE
UNIFORME

@laventuregenea1 et @TVBoy
@sudiste78
@aieuxsurleplat
@Cecile3767
lun 26 août
V
VILAIN
VOLONTAIRE
VICTOIRE

@laventuregenea1
@Jenni_Indo
@danslesbranches, @dedededelphine et pontoif
mar 27 août


W


WTF
WEB

WIFI


@gazetteancetres
@christinedb et @RhitGenealogie
@CelSouef
@dedededelphine
  @laventuregenea1
mer 28 août

X

XYLEME
XYLOPHAGE

XYLOLOGIE

@DegenneMarie
@CatherinePloqu1
@Cetetelle
@Cecile3767
@CelSouef
jeu 29 août




Y



Y'A DE LA JOIE
YOUPI


YEUX


@airaetik
@Brevesdantan
@JGuepet
@RhitGenealogie
@BeaMadPaul
@Cecile3767
@DegenneMarie
ven 30 août




Z



ZINZIN

ZYGOMATIQUES


ZARATHOUSTRA

@CelSouef
@JGuepet
@danslesbranches
@EvelyneACHON
@MarieEppherrePro
@aieuxsurleplat
@CatherinePloqu1
 
 

samedi 17 août 2019

#RDVAncestral - Un retour aux sources, dans le village de mon enfance

Comme tous les troisièmes samedis du mois, nous sommes invités à rencontrer nos ancêtres dans le cadre du #RDVAncestral. Pris dans les formalités administratives et le déménagement de la maison de mes parents suite au décès de mon père, je n'avais pas préparé de rendez-vous pour ce mois d'août. Pourtant, une promenade dans le village de mes ancêtres va me faire comprendre que mes racines sont bien là.


Samedi 17 août 2019.

Bien loin de la chaleur de juillet, cette journée est marquée la fraîcheur. Le ciel gris et bas laisse s'échapper une petite pluie qui me fait penser au crachin breton que je connais bien, puisque la Bretagne est devenue ma terre d'adoption depuis de nombreuses années. Pourtant je suis en Moselle, sur la terre de mes ancêtres. Même si je suis en vacances, ces jours prennent une dimension particulière puisque je dois vider la maison de mes parents disparus. Trier, ranger, mettre en carton, jeter... rien de facile dans cette tâche où les sentiments contradictoires se mêlent. Les émotions se heurtent à la raison, les souvenirs aussi.

Malgré la pluie, je décide d'aller m'aérer... pour me changer les idées.

Je suis à Marange-Silvange. Cette commune où j'ai vécu est aussi l'endroit où mon arrière-grand-père, Pierre HOURTE, avait décidé de s'installer en 1932. Finie la maison familiale de Vinsberg, devenue trop vieille, trop loin de tout. Il faut dire que développement des usines et de la sidérurgie au début du vingtième siècle avait largement amplifié l'exode rural en Lorraine. 

Je déambule dans les rues du vieux village et m'engage au niveau de l'église Saint-Clément vers le chemin qui mène aux vignes qui ont été replantées depuis quelques décennies maintenant. Après quelques minutes de marche, j'arrive au pied de la Chapelle des Vignes et de la Croix de Mission, trempé. Je reprends mon souffle, m'essuie le front, et me retourne pour contempler le vieux village.

Pourtant, quel ne fut pas mon étonnement à la vue du paysage. Les maisons récentes ont disparue, tout comme l'autoroute. Le clocher de l'église est tout comme je l'ai connu sur des cartes postales du début du vingtième siècle. Sans nul doute, je m’apprête à vivre un nouveau Rendez-Vous Ancestral. 

Le village de Marange-Silvange dans la première moitié du XXème siècle (Source : Delcampe)

Je m'estime plutôt chanceux car mon arrivée dans le passé se fait sous le soleil et la chaleur. Rapidement, j'entends du bruit et des voix d'enfants et d'adolescents qui montaient du village vers la chapelle. J'aperçois alors quatre jeunes garçons, visiblement pressés. Ils arrivent rapidement à ma hauteur et me saluent poliment avant de monter vers les bois. 

L'un d'entre-eux se retourne alors vers moi, me scrute d'un regard curieux et décide de revenir à ma hauteur en criant à ses camarades  : "Allez-y, je vous rejoins tout de suite".

Ses yeux, son visage... je le reconnais. C'est mon grand-père, Pierre. Je décide d'entamer la conversation.
"- Re-bonjour jeune homme.
- Bonjour monsieur, excusez-moi de ma curiosité, mais j'ai une question à vous poser".
Je suis assez étonné. Peut-être a-t-il une idée sur mon identité ? Aurait-il eu vent de ma venue ? Je ne sais décidément pas quel comportement avoir dans le cadre du Rendez-Vous Ancestral : faut-il tout dire ? expliquer que je suis un descendant ? ou bien ne pas choquer en disant simplement que je suis un lointain cousin ?  Ayant répondu affirmativement, je lui laisse poser sa question :
"- Nous sommes en plein été, il fait très chaud, et pourtant vous êtes trempés comme si vous veniez de prendre une averse. Avouez qu'il y a quelque chose d'étrange".
Sur le coup, je ne m'attendais pas à cela. Je n'avais pas remarqué que j'étais resté complètement trempé malgré mon saut temporel. Pour autant, je retrouve dans cette remarque la vivacité d'esprit que l'on m'a tant décrite sur mon grand-père. Après quelques secondes de silence, j'arrive enfin à structurer une réponse :
"-Eh bien c'est une bien longue histoire que je ne pourrai malheureusement pas vous raconter jeune homme. Et si je vous la racontais, vous ne me croiriez pas".
Je vois mon Pierre froncer les sourcils. Je comprends que ma réponse ne lui convient pas. Malgré tout, remarquant sans doute que ses copains étaient déjà loin, il me salue et repart en courant sur le chemin qui monte vers les bois.

Je sens alors des gouttes de pluie tomber sur ma tête et l'eau ruisseler sur mon front. Me revoici en 2019. 

Malgré la brièveté de ce Rendez-Vous Ancestral, j'ai compris que cette entrevue avec mon grand-père n'était pas la dernière, et que nous allions sans doute nous rencontrer dans d'autres occasions. Même si je dois me défaire de la maison de mes parents, je sais qu'une partie de mes racines sont là, bien ancrées.

jeudi 1 août 2019

#Projet3Mois - Louis-Joseph WALENTIN, un soldat de la Grande Armée en Espagne (Saison 2 - Episode 4)

Je reprends ici mon dernier #Projet3Mois que j’avais laissé en suspens, faute de temps. Nous avions laissé Louis-Joseph WALENTIN au moment de sa conscription en juin 1807. Grâce aux nombreuses sources généalogiques et historiques, j’ai pu retracer son parcours dans la Grande Armée de 1807 à 1811. Je vous propose dans ce nouvel article de découvrir mon cheminement de recherche et les sources qui m’ont permis de retracer son parcours.

Mon point de départ : le répertoire alphabétique des soldats pensionnés en sous-série 2Yf


Mes premières recherches sur Louis-Joseph WALENTIN datent de fin 2012 (déjà 7 ans !). A cette époque, le Service Historique de la Défense (SHD) avait mis en ligne le répertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés classés en sous-série 2Yf. Malheureusement, ce répertoire n’est plus accessible sur internet et il faut se déplacer dans la salle de lecture Louis XIV du château de Vincennes du SHD pour pouvoir le consulter.

Dans ce document, la liste des soldats renvoie à un numéro qui constitue la cote du dossier en question. Ainsi, pour Louis Joseph WALENTIN (extrait ci-dessous), la cote du dossier classé en archive est 2Yf28343. Vous voyez par ailleurs que Louis-Joseph a reçu une pension de soldat mais également pour blessures.

Extrait du répertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés classés en sous-série 2Yf (SHD)


Sur cette base, j’ai réalisé une demande de reproduction du dossier en question fin décembre, qui m’a été envoyé… plus de 5 mois plus tard ! Cette attente ne fut pas vaine. Le dossier m’a apporté de nombreuses informations qui m’ont permis d’aller plus loin dans mes recherches.

Ce que j’ai appris dans le dossier de soldat pensionné


Le dossier de pension apporte des informations assez précises sur le parcours de Louis-Joseph :

  • Il est d'abord entré au 3ème Régiment d'Infanterie Légère le 23 juin 1807. 
  • Le 1er juillet 1808, il entre dans la composition du 119ème Régiment d'Infanterie et part ensuite en Espagne, où il participe aux campagnes de 1808, 1809, 1810 et 1811. 
  • Le 3 juin 1811, il est blessé à Astorga. Il a été atteint d'un coup de feu à l'avant-bras droit, fracturant le radius. La balle n'a pas été extraite.

Extrait du dossier de demande de pension de retraite de soldat de Louis-Joseph WALENTIN (SHD, 2Yf28343)

Retour aux archives départementales pour consulter la liste des conscrits de 1807


Mes recherches m’ont amené ensuite à retourner aux Archives départementales de la Moselle pour consulter la liste des conscrits de 1807. Les fonds des bureaux de recrutement de la Moselle sont classés en sous-série 2R et le document que je recherche est le 2R2 (Contrôle de départ des 2e-18e régiments d’Infanterie de ligne – 1806-1813). 

Je commence à éplucher les liasses de documents mais je ne trouve rien pour le 3ème Régiment de Ligne... :/

Ma persévérance va m’amener à regarder les autres listes de contrôle de départ quand je retrouve enfin Louis-Joseph, au sein du 13ème Régiment d’Infanterie de Ligne. Le dossier de retraite présente donc bien une erreur!

Je n'entrerai pas plus dans le détail de la conscription, puisque j'en ai déjà parlé lors de l'épisode 2 de ce #Projet3Mois.

Les registres matricules de la garde impériale et de l’infanterie de ligne


A la fin de l’année 2013, une bonne surprise va me permettre de continuer mes recherches sur Louis-Joseph : les registres matricules des sous-officiers et hommes de troupe des unités de la Garde consulaire, de la Garde impériale, de la Garde royale et de l'Infanterie de ligne pour la période de 1802 à 1815 ont été mis en ligne sur le site Mémoire des Hommes. Je plonge alors, tête baissée, dans la recherche de mon aïeul dans le registre du 119e régiment d'infanterie de ligne, formation au 1er juillet 1808 (SHD/GR 21 YC 844).

Après plusieurs longues heures de recherche, et au bout de la 279ème vue, je le retrouve enfin sous le matricule 1663.

Les signes descriptifs de Louis-Joseph ne changent pas par rapport au contrôle de départ des troupes. Il arrive au corps le 1er juillet 1808 dans le 4ème bataillon, 1ère compagnie en tant que fusilier. Il est dit qu’il a servi au 13ème Régiment d’Infanterie Légère depuis le 23 juin 1807. Le descriptif signal qu’il est congédié avec retraite le 27 décembre 1811.
Service Historique de la Défense – SHD/GR 21 YC 844- Registres matricules de l’Infanterie de ligne – Vue 279


Bien évidemment, mes recherches se seraient déroulées très différemment aujourd’hui puisque j’aurais pu aisément retrouver Louis-Joseph dans l'indexation des registres matricules réalisé dans le cadre du Projet Matricules 1802-1818 et mis en ligne sur Geneanet. Mais je me pose une question : aurais-je eu le réflexe d’aller voir également son dossier de pensionné ?

Résultat de la recherche de "Louis VALENTIN" dans l'indexation des registres des soldats napoléoniens sur Geneanet

Comment retracer le parcours de Louis-Joseph ?

Escena de guerra, Goya entre 1808 et 1812 (Domaine public)

La guerre d'Espagne, également appelée "Guerre d'indépendance" du côté espagnol, a débutée en 1808 après un insurrection des habitants de Madrid contre les français qui occupaient la ville, et qui ne tarda pas à s'étendre à tout le pays.  

L’armée de  Napoléon fut confrontée à une guérilla espagnole, soutenue par la Grande Bretagne. Cinq ans après, l'Armée se vit dans l'obligation de refluer au-delà des Pyrénées. L'Espagne envahit alors la France et elle obtint finalement la victoire avec les forces alliées.

Mais revenons au  119e  régiment d'infanterie de ligne. L’historique des régiments de l’époque napoléonienne est plus difficile à retracer car nous ne bénéficions pas de Journaux de Marche comme pour la Première Guerre Mondiale. Le généalogiste et l’historien doivent alors utiliser d’autres sources.

Une source extrêmement utile : le SEHRI

On sait, d'après la première page du registre matricule, que le 119ème régiment a été formé à partir du 13ème régiment provisoire, lui-même constitué de 6 bataillons de différents régiments d’infanterie de Ligne, sont le 13ème (tout ceci semble logique).

Les travaux réalisés par la Société d'Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales (SEHRI) nous renseignent plus précisément. Ainsi, le 119ème a été créé par décret du 7 juillet 1808, à partir des 13 et 14èmes régiments provisoires des armées d'Espagne, formés le 8 novembre 1808 à Prádanos de Bureba (Espagne) (Croyet J, 2011).

Le 13ème Régiment d’Infanterie Provisoire était donc composé de la manière suivante:
  • 1er bataillon de 4 compagnies du 55ème de Ligne 
  • 2ème bataillon de 4 compagnies du 17ème de Ligne 
  • 3ème bataillon de 4 compagnies du 43ème de Ligne 
  • 4ème bataillon de 4 compagnies du 48ème de Ligne. 
Les compagnies du 43e de ligne (et du 55ème ?) restèrent isolées en bataillon provisoire jusqu’à ce qu’elles puissent être réunis à leur corps qui sert en Espagne.

Le 14ème Régiment d’Infanterie Provisoire était quant à lui formé de la manière suivante :
  • 1er bataillon de 4 compagnies du 108ème de Ligne, 
  • 2ème bataillon de 4 compagnies du 72ème de Ligne, 
  • 3ème bataillon de 4 compagnies du 65ème de Ligne, 
  • 4ème bataillon de 4 compagnies du 13ème Régiment d’Infanterie Légère.
On retrouve effectivement Louis-Joseph dans la 1ère compagnie du 4ème bataillon. CQFD !

Les correspondances de Napoléon


Les correspondances de Napoléon à ses principaux ministres, généraux ou aux membres de sa famille nous apportent également des informations intéressantes sur le contexte de cette période.

Ainsi, dans une lettre du 11 novembre 1808 adressée au général Dejean, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris, l'Empereur s'inquiète du manque de moyen du 119e, au point ou il demande à accorder rapidement des fonds pour confectionner notamment des souliers, des draps ou des habits !

Burgos, 11 novembre 1808
Au général Dejean, ministre directeur de l'administration de la guerre, à Paris
Monsieur le général Dejean, j'ai passé aujourd'hui la revue du 118e et du 119e régiment d'infanterie. Ces régiments, qui ont leurs dépôts près de Bayonne, n'ont aucune comptabilité. Accordez-leur les fonds nécessaires pour confectionner des souliers, et des draps pour faire des habits et des capotes, qu'on enverra à Bayonne. Ordonnez aux majors de former en France la musique et tout ce qui est nécessaire à ces régiments, et de le leur envoyer. Tous les sept nouveaux corps sont dans ce cas.

Les tableaux de blessés et tués de l'armée napoléonienne par Martinien

On retrouve sur wikipédia quelques informations sur les principales batailles engagées par le 119e régiment d'infanterie de ligne entre 1808 et 1811 : 
  • 1808 : Medina-del-Rio-Seco, Burgos, Saragosse 
  • 1809 : Santander • 1810 : Pont de Colloto, Pont de Santos, Cangas-d'Onisastaris, Pena-Cava, Avila
  • 1811 : Quintanilla-de-Valle 

Je n'avais pas plus de précisions avant que je ne trouve, en faisant des recherches sur Gallica, un ouvrage particulièrement riche en renseignements, intitulé « Tableaux par corps et batailles des officiers blessés et tués pendant les guerres de l’Empire (1805-1815) » réalisé par A. Martinien.

En citant les officiers blessés ou tués par date, il est ainsi possible, indirectement, de suivre le parcours des différents régiments. Autant dire que ce cher Aristide Martinien nous facilite grandement la tâche !

Extraits de l'ouvrage "Tableaux par corps et batailles des officiers blessés et tués pendant les guerres de l’Empire (1805-1815) » réalisé par A. Martinien (Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LH3-33).
C'est ainsi que j'ai pu retracer le parcours du 119ème que vous trouverez ci-dessous sous forme de tableau.

Reconstitution du parcours du 119ème régiment de ligne de 1808 à 1811 d'après A. Martinien.

La carte ci-dessous permet de préciser les principaux lieux de combats.

Principaux lieux de combats et de passage du 119e Rgmt de Ligne de 1808 à 1811 (fond de carte : https://www.cartograf.fr/les-pays-espagne_2.php).

Conclusion :

Outre les registres matricules ou listes de départ, il est intéressant de s'aventurer dans des sources moins connues, mais qui permettent d'entrer un peu plus dans le détail du parcours d'un soldat pendant l'époque napoléonienne : correspondances de Napoléon, liste des soldats blessés ou tués, études de la SEHRI... Si vous connaissez d'autres sources, n'hésitez pas à m'en faire part !

Bibliographie et sources :


CROYET Jérôme, 2011. Les régiments de marche de l'armée d'Espagne 1808-1809. In "Le Bivouac", 2011-2. pp26-34. [En ligne]

MARTINIEN, Aristide, 1899. Tableaux par corps et batailles des officiers blessés et tués pendant les guerres de l’Empire (1805-1815). Edition Henri Charles LAVAUZELLE, Paris. 824p. [En Ligne].

NAPOLEON 1er. Correspondance de Napoléon Ier. Tome XVII / publiée par ordre de l'Empereur Napoléon II. Imprimerie Impériale, Paris. [En Ligne] 


Site internet de la Société d'Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales (SEHRI) : http://assosehri.fr/topic/index.html 

Archives départementales de la Moselle :
  • Affectation et contrôles de départ.  Infanterie légère (9e/24e régiments). Archives départementales de la Moselle, 2R8.
  
Service Historique de la Défence :
  • Registres matricules de l’Infanterie de ligne - 119ème Régiment d'Infanterie de Ligne, SHD/GR 21 YC 844-
  • Dossier personnel de solde de retraite - Dossier de Louis-Joseph WALENTIN, SHD 2Yf28343.

samedi 15 juin 2019

#RDVAncestral - Soldat malgré-moi


Voici quelques mois que je n’ai pas pris le temps de partir à la rencontre de mes ancêtres. Pour l’heure, je n’arrive pas à me concentrer et j’ai du mal à trouver l’inspiration qui me conduira à partir dans le passé. Une page blanche… voilà ce que j’ai sur mon écran d’ordinateur. Dépité, je me décide à me coucher… peut-être que la nuit portera conseil ?


Allongé dans le lit, mon esprit vagabonde. Mes pensées commencent à devenir vagues jusqu’à ce que je ressente des frissons qui me parcourent le corps. Puis, c’est comme si le gel m’envahissait : les pieds, les jambes, les mains… Je suis transi de froid. Au loin, j’entends des grondements sourds… comme du tonnerre. Ne sachant ce qui m’arrive, je n’ose pas ouvrir les yeux.

Soudain, je perçois les pas d’un homme qui avance vers moi en me criant d’un ton autoritaire : « Franzose ! Steh Auf ! Schnell !! ».

Je suis bien obligé d’ouvrir les yeux et de me confronter à la réalité qui est devant moi. Cet homme qui me demande de me lever est certainement un officier allemand. Mais dans quelle situation me suis-je mis ?

Sous ses ordres, je me lève et récupère le paquetage qui était à côté de moi ainsi qu’un fusil qui devait être le mien. L’officier quitte enfin la pièce en continuant à vociférer des mots que je n’arrive pas à comprendre. La peur m’envahit, je commence à paniquer, je frissonne.

Dans cette étrange situation, je n’ai même pas remarqué la présence d’un jeune homme à quelques pas de moi, un soldat allemand sans doute. Il se lève de sa chaise et vient dans la direction. « N’ayez crainte, je suis français, tout comme vous ». Le ton est posé, et ses propos rassurant arrivent à me calmer un peu. Pourtant… son visage… non, je ne rêve pas, ce jeune soldat est mon grand-père, mon papi que je n’ai jamais connu. Mes émotions se mélangent, des larmes se mettent à couler sur mes joues rougies par le froid.
 « -Je comprends, c’est difficile les premiers jours, mais on s’y fait. Enfin non… on apprend à vivre avec ses peurs et son dégout de la guerre. Je m’appelle Pierre.
-Bonjour Pierre. Enchanté. Je suis très heureux de vous connaître. Je m’appelle Sébastien
-Sébastien ? C’est un prénom plutôt rare ! » 

Pierre, Malgré-nous
Notre conversation est stoppée par un bruit assourdissant qui fait trembler notre baraquement. Alors que je sursaute, Pierre, en revanche, semble ne plus être étonné par ce qui se passe.

« - Je suis heureux de parler avec un compatriote dans la langue de nos parents. Cela fait plus d’un an que je ne suis pas rentré chez moi, en Lorraine. Mon père et ma mère me manquent terriblement et ici, nous n’avons plus aucune nouvelle de nos familles. J’espère qui ne leur est rien arrivé !
- Je le souhaite de tout cœur.
- Cette situation est éprouvante. Il y a des jours où je suis désespéré. La guerre est une abomination. Si je rentre, je me jure de ne jamais parler de tout cela. Ma famille n’a pas à entendre des atrocités pareilles. La vue des cadavres, des morceaux de chair… je ne supporte plus. Nous sommes en Lettonie depuis des mois. A quand la fin de cette guerre ? Reverrai-je un jour la maison de Marange ? Je rêve de ces matins d’été où le soleil vient doucement caresser mon visage, de ces moments où je pouvais jouer avec ma petite sœur dans les près derrière la maison… » 
Pierre commence à pleurer. La tristesse m’envahit également et nous tombons dans les bras l’un et l’autre, à la recherche d’un réconfort impossible dans cette situation.

Pourtant, ce moment de répit s’arrête brusquement lorsque l’officier allemand vient nous retrouver. Il nous ordonne de sortir pour aller combattre. Je dois alors suivre mon Pierre qui, essuyant ses larmes, avance d’un pas mécanique, comme s’il avait rangé ses sentiments au plus profond de son être.

A l’extérieur, l’air est encore plus glacial. La neige et le vent me paralysent les os. En rang, notre unité commence à marcher d’un pas décidé vers le champ de bataille. Pierre se tourne régulièrement vers moi, comme s’il voulait m’encourager à ne pas faiblir. Je connais effectivement le sort de ceux qui ne veulent pas entrer dans le rang…

Heeresgruppe Kurland - Feb 17, 1945: German Soldiers, 2Nd, Alemanes Ww2, (Source Pinterest)
Notre avancée est difficile dans la neige. Plus nous marchons, et plus le bruit des bombes et des mitrailleuses se fait assourdissant et régulier. J’ai peur, vraiment peur. Les larmes coulent à nouveau. Cette peur-là, je ne l’avais jamais ressentie. A mesure que nous progressons, les battements de mon cœur s’accélèrent. Maintenant, c’est mon corps tout entier qui tremble. Je me raidis, mon ventre est atrocement douloureux. J’ai la nausée, je ne me sens pas bien. Je n’arrive plus à respirer. Cette peur, terrible, celle qui paralyse, c’est celle qu’a vécu mon Papi pendant la guerre. Finalement, dans ce #RDVAncestral, c’est comme si je faisais corps avec lui.

Puis soudain, les évènements s’accélèrent. J’entends des cris en allemand que je ne comprends pas. La situation devient chaotique. Un premier obus vient s’abattre à quelques mètres de nous, puis un second. Nous sommes projetés à terre. Dans la confusion générale, la majorité de notre unité tente de s’enfuir alors que certains sont au sol, immobiles. J’entends des cris et des hurlements. Paniqué, je me relève et j’essaye de retrouver désespérément mon grand-père : « PIERRE !!! PIERRE !!! PIERRE !!!! ».

Le sol est jonché de débris et de choses que je ne peux pas décrire ici.

Je cherche.

Je crie.

Je hurle : « PIERRE !!! ».

Mon Dieu, où est-il ?

Enfin, il me répond. Il est à quelques pas de moi. D’une voix tremblante, il m’appelle : « Je suis là ! ». Il est blessé, très sérieusement. Je viens à lui et lui prends sa main. Dans son regard, je sens que la douleur est atroce. « Laisse-moi, c’est la fin. Personne ne viendra sauver un Franzose ».

Mais NON! Je ne peux me résoudre à laisser mon grand-père ici. Ce n’est pas possible ! Plusieurs minutes s’écoulent et lorsque le calme revient, un officier appelle l’ensemble des soldats encore valides à se repositionner. Me voyant indemne, il vient me trouver et m’arrache à Pierre en criant « Komm her ! Schnell ! ».

C’est une déchirure. Je hurle à en perdre la voix. Pourtant, c’est dans ce moment de ténèbres et de profond désespoir que vient le rayon de lumière qui transperce le chaos et vient apporter la lueur de l’espoir. Voyant la détresse de Pierre, un soldat allemand se détourne de son chemin pour aller à son chevet et lui procurer les premiers soins. Voilà. Pierre est sauvé.

Éprouvé mais soulagé par la prise en charge de mon grand-père, je perds connaissance.

Petit à petit, mon corps se réchauffe, mon esprit tente de revenir à moi et enfin, je me réveille, allongé dans mon lit… Me voici de retour de mon #RDVANcestral.

C'était un 11 février 1945, date à laquelle mon grand-père fut blessé par un éclat d’obus en bas de la colonne vertébrale. Sauvé par un soldat allemand, il fut temporairement paralysé puis hospitalisé au Réserve-Lazarett II Regensburg. Sans cette blessure, mon grand-père aurait sans doute péri quelques semaines plus tard, dans la débâcle de l'armée allemande dans la poche de Courlande...


samedi 16 mars 2019

#RDVAncestral - Première rencontre avec Louis-Joseph

Je n’ai en ce moment pas beaucoup de temps pour la généalogie et mes recherches sont pour l’instant en attente de moments plus propices. Pourtant, le #RDVAncestral m’offre l’occasion d’une parenthèse généalogique, me permettant de renouer avec mes ancêtres, ne serait-ce que l’espace de quelques instants… 



Après une journée de travail, je m’assois confortablement dans le fauteuil du salon. Fatigué, mes yeux se ferment. Mon esprit vagabonde alors dans diverses pensées qui me font voyager de souvenirs en réflexions. Puis, soudain, je me sens projeté dans un lieu que je ne connais pas. Me voici dans mon nouveau #RDVAncestral. Comme à chaque fois, je ne sais quel ancêtre je vais rencontrer, et ce sont toujours les mêmes questions qui se posent: où suis-je ? à quelle époque ? qui vais-je rencontrer ?

Ne sachant où aller, je suis le chemin de terre qui parcourt les forêts et les champs. Le fond de l’air est plutôt doux la couleur du feuillage des arbres me laisse à penser que nous sommes au printemps. J’aime beaucoup ces moments de découverte et de contemplation : prendre le temps de marcher, sentir, regarder, écouter… Je pense que notre société a perdu quelque chose d’essentielle : le rapport au temps. Nous sommes aujourd’hui constamment pressés, tout doit être rapide et les réponses immédiates. Cet état de fait me désole, même si j’en suis tout autant contaminé.

Au détour d’une route, j’aperçois un jeune homme assis à terre, tenant la tête dans ses mains. Je décide de m’approcher tant il semblait triste et désœuvré. Serait-ce un de mes ancêtres ? Je suis à quelques pas de lui et attends quelques instants avant de lui signifier ma présence :
"- Bonjour, est-ce-que je peux vous aider ? "
A mes mots, il relève la tête et laisse apparaître son visage. Ses yeux bleus et ses cheveux roux ne me laissent guère de doutes. Je suis en compagnie de mon ancêtre, Louis-Joseph WALENTIN.
"- Vous êtes bien Louis-Joseph WALENTIN ? 
- Oui, me répond-il surpris, comment savez-vous qui je suis ? 
- Nous nous sommes déjà croisé à de maintes reprises, sans avoir pu échanger ensemble. Je m’appelle Sébastien. 
- Je ne m’en souviens pas. "
Bon, j’avoue avoir essayé de me rattraper comme je pouvais. Je n’arrive toujours à me mettre à l’idée de divulguer entièrement la vérité sur mon identité et sur l’époque d’où je viens… Comment réagirait-il en apprenant cette impossible vérité ? Bon, peut-être ai-je trop regardé "Hibernatus"... Je décide de poursuivre la discussion :
"- Permettez-moi de vous aider. Vous semblez très triste ? Que faites-vous assis au bord de ce chemin ? 
- Je rentre de Vigy où a eu lieu la conscription. J’ai malheureusement tiré le mauvais numéro et je vais devoir quitter ma mère dans quelques jours… 
- Je comprends. 
- On dit que les soldats tombent souvent malades et que la fièvre cause plus la mort que les combats. 
- J’imagine vos peurs. 
- Peur ? Non, je n’ai pas peur. Je suis attristé pour ma mère, pour ma famille. Nous sommes dans une situation plutôt miséreuse. Mon père est certes revenu d’émigration, mais nous n’arrivons pas à vivre correctement. Mon travail de manœuvre permet d’apporter un peu d’argent pour nous. Avec mon départ, ce sera plus compliqué."
Louis-Joseph décide alors de se relever. Nous continuons à marcher tous les deux d’un pas lent et je lui laisse me confier ses sentiments et ses craintes. Malgré ses 18 ans, il est tout à fait conscient de ses responsabilités et des conséquences de son départ pour lui et sa famille. De mon côté, je sais tant de choses sur sa destinée, mais je n’ose lui en parler : sa blessure, le décès de sa mère, deux ans plus tard...

Très rapidement, je sens que mon rendez-vous se termine et mon esprit me rappelle vers d’autres pensées. Je salue alors Louis-Joseph en espérant de tout cœur pouvoir le rencontrer à nouveau..