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jeudi 17 janvier 2019

#Projet3Mois - Le W de Louis-Joseph et l'apprentissage de l'écriture dans la famille VALENTIN (Saison 2, Episode 1)

Mon nouveau #Projet3Mois constitue la suite logique du précédent, puisqu’il va s’intéresser à la vie de Louis-Joseph WALENTIN, fils de Catherine VALENTIN. Depuis début décembre, j'ai pu avancer sur mes différents sujets de recherche, notamment grâce à quelques visites aux Archives Départementales de la Moselle, et à la lecture de nombreux documents, ouvrages et sites internet.
 
Dans ce premier épisode de la saison 2 consacrée à Louis-Joseph WALENTIN, je vous propose de partir à l'origine du W du patronyme V(W)ALENTIN. Et comme d'habitude, vos idées et commentaires sont toujours les bienvenus !


Retour aux origines de la famille VALENTIN et sur leur maîtrise de l'écriture

Bernard VALENTIN, père de Catherine et grand-père de Louis-Joseph était originaire du village d’Hagondange. Ces parents et grands-parents paternels étaient manœuvres et vivaient modestement, contrairement à une autre branche « VALENTIN » qui était composée de laboureurs (Ces deux branches sont sans doute liées, mais ceci est une autre histoire !). Dans ces conditions, Bernard était destiné à rester manœuvre et à vivre une existence plutôt modeste. Pourtant, la suite de son histoire démontrera qu’il saura dépasser le destin qu’il lui était tout tracé.

Le village d'Hagondange en 1755 (BNF, département Arsenal, MS-6452 (443), Gallica)

Ainsi, peu après son mariage avec Barbe GARAND, Bernard rejoint les armées du roi Louis XV pour participer en tant que soldat à la guerre de Sept Ans (j'en parle plus précisément pour mon précédent #Projet3Mois). En 1765, il revient en Lorraine et s'installe à Courcelles-Chaussy d'où est originaire son épouse. D'abord manœuvre, sa situation va évoluer à partir de 1778.

Évolution sociale et apprentissage de l'écriture chez les VALENTIN


La lecture attentive des registres paroissiaux de Courcelles-Chaussy nous permet de repérer l'évolution de carrière de Bernard VALENTIN. Ainsi, dans un acte de 1778 il est cité comme "Bedeau", puis comme "Verger". Il le restera d'ailleurs jusqu'à son départ de la paroisse, moins de 10 ans plus tard.

D’après la définition du dictionnaire de l’Académie française, le bedeau est un employé d’église qui a pour insigne une verge ou canne et pour fonction principale de marcher devant les ecclésiastiques, devant les quêteurs, etc., et de leur faire ouvrir passage (vous trouverez plus de détail sur le bedeau dans le très bon article de Maxime Tigé du blog « Les épis de Beauce »). Le terme "Verger" est ici une variante de "Bedeau".

Toujours est-il qu'avec cette évolution de situation, Bernard va apprendre à écrire, ou du moins à signer. J'ai compilé ci-dessous quelque captures de ses signatures entre 1776 et 1785. Le dernier acte où il appose une marque ordinaire date de la fin de l'année 1778. Sa première signature date de juillet 1779. Donc, son apprentissage se situe au début de l'année 1779.




Lorsque Bernard apprend à signer, ses trois enfants ont été à l'école ou sont en âge d'y aller :
  • Catherine, l'ainée, a 19 ans,
  • Joseph, a 13 ans,
  • Marie, la cadette, a 11 ans.
A cette époque, le régent d'école de Courcelles-Chaussy était Pierre de GLATIGNY.

Comment Bernard VALENTIN a-t-il appris à signer ?



Au XVIIIe siècle, le régent, ou maître d’école, est recruté par la communauté selon trois critères : la présence et l’accord du curé, leur vote des habitants, et l’approbation épiscopale (Cabourdin, 1984). Très souvent, c’est le curé qui conseille à la communauté le meilleur candidat pour ce poste et c’est seulement après la validation de l’évêché que le régent d’école prête serment.

Le grand maître d'école par Boissieu, Jean-Jacques de, 1736-1810
Bibliothèque municipale de Lyon (F18BOI001451)

Comme le signale Michel LECOMTE du Cercle Généalogique de pays messin, dans un exemple de contrat de maître d'école, (cf ce Lien), les contrats d’embauche ne laissent rien au hasard et tout est scrupuleusement décrit pour les deux parties avec un extrême souci du détail : rémunération en argent et en nature, exemption d’impôts, obligations d’éducation et d’apprentissage de la lecture aux enfants, obligations liées à ses fonctions au sein de l’église...

Le plus souvent, le régent d’école est également chantre et marguillier. Ainsi, il travaille en étroite « collaboration » avec le bedeau dans le cadre de ses fonctions au sein de l’église. De ce fait, il ne fait aucun doute que Bernard VALENTIN devait côtoyer Pierre de GLATIGNY régent d’école. C’est ainsi que ses enfants ont pu bénéficier d’une instruction scolaire et que, par conséquent, il a pu apprendre à signer. Je ne sais cependant pas si c'est Pierre de GLATIGNY qui lui a enseigné les rudiment de l'écriture, ou bien l'un de ses enfants.

Enfin, pour aller plus loin, et d’après l’ouvrage de Guy Cabourdin, les maîtres d’école n’apprennent à écrire qu’aux enfants dont les parents en ont manifesté le désir (et qui en ont la capacité). Encore une marque possible de la volonté de Bernard de vouloir donner le meilleur à ses enfants.


L'apprentissage de l'écriture chez les enfants VALENTIN


Les trois enfants qui ont vécu jusqu'à l'âge adulte ont appris à écrire, ou du moins à signer. La comparaison des trois signatures (ci-dessous) montre néanmoins que l'une d'entre-elles se détache du lot : c'est celle de Joseph VALENTIN. Sûre de lui, il montre une très bonne maîtrise du geste.

Cependant, un élément ne vous aura peut-être pas échappé : il signe WALENTIN et non VALENTIN. 



J'ai retrouvé cette signature dans l'acte de baptême de Louis-Joseph WALENTIN dont Joseph est le parrain. Ça y est, nous y arrivons !

Le W de Joseph à Louis-Joseph

L'apparition du W dans le patronyme est donc du fait de Joseph V(W)ALENTIN, fils de Bernard, qui a sans doute voulu se démarquer et s'affirmer vis-à-vis de sa famille, éventuellement incité par son régent d'école. C'est une possibilité.

Une question se pose néanmoins : pourquoi et comment mon aïeul, Louis-Joseph WALENTIN, a t'il lui aussi orthographié son nom de la sorte, alors que sa mère a conservé le V ?

Mon hypothèse est tout simplement que Joseph WALENTIN, devenu à son tour régent d'école, a été le professeur de son filleul. En lui apprenant à écrire, il lui aurait également incité à orthographier son nom avec un W. Sans être un spécialiste de la graphologie, je trouve qu'il existe des similitudes dans l'écriture de Louis-Joseph et de son parrain.

  


Joseph WALENTIN n'aura aucun enfant lors de ses deux mariages (tout comme sa sœur, Marie VALENTIN). Ainsi, son patronyme en W, qui était destiné à ne pas perdurer, va traverser les génération et arriver jusqu'à nous.

Le W de 1788 à aujourd'hui

Prenons comme point de départ la génération de Joseph WALENTIN et de sa sœur Catherine. Louis-Joseph est donc la 2ème génération des WALENTIN.

A la troisième génération (celle des enfants de Louis-Joseph), on compte 8 WALENTIN, dont Jean Jacques Hubert, mon ancêtre qui finira sa vie à l'asile de Maréville (54). La suite est présentée dans cette infographie, réalisée sous forme de carte mentale. J'ai voulu ici synthétiser les différents VALENTIN/WALENTIN au fil des générations. Les WALENTIN apparaissent en vert et les VALENTIN en bleu. 

(Pour information, cette carte mentale a été réalisée avec la version de test de I MindMap 11).

Les WALENTIN du XVIIIè siècle à aujourd'hui (branches descendantes partielles de Bernard VALENTIN).
Vous remarquerez que les WALENTIN n'ont pas tant "prospéré" que cela. Cela s'explique par les branches féminines d'une part, mais également par les nombreux célibataires et mariages laissés sans descendance.

La branche WALENTIN qui conduit à moi s'arrête avec Anna WALENTIN, mon arrière-grand-mère.

Aujourd'hui, il existe toujours des WALENTIN dans le secteur de Vry. Il s'agit sans doute de cousins éloignés mais que je n'arrive pas pour l'instant à raccrocher à cet arbre.

Vous aurez peut-être remarqué que dans les dernières générations, le V réapparait. C'est le cas d'un certain nombre de frères et sœurs de mon arrière-grand-mère qui ont corrigé leur nom pour revenir à la forme initiale VALENTIN. Pourquoi ? S'agissait-il de gommer ce W qui paraissait sans doute plus allemand que français ? C'est fort possible car la légende familiale disait que le W était apparu pendant l'annexion en 1871 et qu'il s'agissait d'une forme germanisée de VALENTIN... Comme quoi, après quelques recherches, la généalogie est capable de tordre le coup à des idées reçues et vieilles croyances familiales bien ancrées !


Dans le prochain épisode, nous partirons en conscription avec Louis-Joseph WALENTIN ! 


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Sources


CABOURDIN Guy, 1984. La vie quotidienne en Lorraine aux XVIIe et XVIIIe siècles. Paris. Ed. Hachette. 319p.

BONTEMPS Daniel, 1993. Au temps de la soupe au lard, la vie traditionnelle d’autrefois en Lorraine. Metz. Editions Serpenoise. 490p.

Archives départementales de la Moselle

  • Registres paroissiaux de Courcelles Chaussy. BMS 1766-1793, 9NUM/5E111/3 (En ligne)
  • Registres paroissiaux de Hayes.  BMS 1761-1790,9NUM/312ED1E3 (En ligne)
  • Archives de l'étude de Boulay I, maître FLOSSE. Minutes de l'année 1825 (307 U 22)
Les infographies ont été réalisées sur Canva et avec l'aide du logiciel I MindMap 11.

mardi 21 janvier 2014

Histoire épineuse d’un Verger devenu Garde des Bois et Champêtre…


Epines généalogiques et autres énigmes… Sophie Boudarel nous propose pour le #geneatheme de janvier de partager nos problèmes qui peuvent nous bloquer dans nos recherches. Pour aborder ce sujet, je vous propose de découvrir Bernard VALENTIN, ancêtre à la 10ème génération, et qui me pose pas mal de questions (tant sur sa vie que sur celle de sa fille).

Ce post vient en écho d’un très bon article d’Elise sur les Gardes-Champêtres, et qui m’a inspiré le sujet et le personnage que je vais vous présenter.


Vie à Hagondange jusqu’en 1756 puis… plus rien avant 1765 

 

Le début de l’histoire de Bernard VALENTIN se passe à Hagondange. C’était à l’époque un village situé en rive gauche de la Moselle, entre Metz et Thionville, et dont la taille était bien loin de la ville actuelle qui compte aujourd’hui près de 9300 habitants.
Le village d’Hagondange en septembre 1755
Né en avril 1733, il est le fils de Nicolas VALENTIN, manœuvre, et de Marie QUERTON (ou CRETON). 20 ans plus tard, Bernard se marie à Courcelles-Chaussy en février 1754 avec Barbe GARAND. Le couple s’installe ensuite à Hagondange. Bernard est manœuvre. Ils eurent deux premiers enfants, tous les deux prénommés Jean, en mai 1754 et janvier 1756.

Je perds à ce moment la trace de Bernard VALENTIN et de sa famille après janvier 1756. Je ne les retrouve que 9 ans plus tard à Courcelles-Chaussy, le village d’origine de son épouse.

Première(s) question(s) : Que s’est-il passé entre 1756 et 1765 ? 

Parmi les indices, figurent la date et le lieu de naissance de sa fille, Catherine, également mon aïeule. En effet, dans un de ses mariages, il est dit qu’elle est née le 1er décembre 1760 à « Escasel ». A force de recherches sur le nom de la ville, je pense qu’il s’agit d’une mauvaise transcription de « Hesse-Cassel ». J’ai dons émis l’hypothèse que Bernard VALENTIN était soldat pendant la guerre de sept ans (1756-1763) et aurait combattu et se serait installé avec sa famille dans cette région d’Allemagne, lors de l’occupation française. Cette hypothèse est possible, dans le sens où il existait à côté d’Hagondange, un camp militaire qui a notamment accueilli des troupes qui ont combattu ensuite pendant la guerre de sept ans. Comment vérifier cette hypothèse ? Pensez-vous qu’il est-il possible de retrouver l’acte de naissance de Catherine VALENTIN ? Quelles ont été les conditions de déplacement et d’installation de familles entières venues de France ? 

Retour à Courcelles-Chaussy : un manœuvre devenu Verger 


Je retrouve donc Bernard VALENTIN et Barbe GARAND en janvier 1765 à Courcelles-Chaussy. Il est alors manœuvre. Le couple eut cinq enfants entre 1765 et 1772, dont deux seulement survécurent jusqu’à l’âge adulte. Détail important, Bernard VALENTIN ne savait à ce moment ni lire, ni écrire.
En juin 1760, changement de situation. Bernard VALENTIN est cité comme « Verger » dans l’acte de décès de son dernier enfant et signe dans l’acte de sépulture. En janvier 1781, on en apprend un peu plus dans les registres paroissiaux où est intercalé un certain « serment du verge », dont voici un extrait :

L’an Mil sept cent quatre vingt un, le vingt huit Janvier […] je soussigné prêtre et curé de cette paroisse pour réprimer les scandales qui se commettraient dans cette église, a l’absence des échevins, ai fait prêter serment […] a bernard valentin verger de cette paroisse de remplir exactement les devoirs de sa charge et notament de faire au greffe de la justice de ce lieu des rapports de tous les scandales qu’il n’aura pu empecher dans cette église et de les faire toujours conforme à la vérité en foy de quoy il a signé avec moy 

b. valentin frochard curé de Courcelles Chaussy 

Deuxième question : Qu’est-ce que précisément un Verger ? Quels sont ses rôles ? 

S’agit-il d’une spécificité locale ? Je n’ai pour l’instant rien trouvé sur le « Verger ». Il possède a priori un rôle de justice au sein de l’église. Autre remarque: Bernard VALENTIN a-t-il appris à écrire pour cette occasion précise (il était alors âgé de 47 ans…) ?

Déménagement et changement de situation : le Verger devient Garde des Bois, puis Garde des Bois et Champêtres 


En août 1788, je retrouve la trace de Bernard VALENTIN et de sa famille à Lue. Lue est un village localisé dans la paroisse de Hayes qui est située au nord de Courcelles-Chaussy. Il est cité comme Garde des Bois, puis, à partir de 1794, comme Garde des Bois et Champêtre. Il conserve cette situation jusqu’en 1796 au moins. Il était alors âgé de 63 ans.

Mes derniers questionnements concernent sa fille, Catherine, citée plus haut. Son histoire est quelques peu complexe puisque j’ai recensé :
  • Deux naissances illégitimes de père inconnu (dont un de mes ancêtres) en 1788 et 1790, 
  • Un mariage avec Jacques REGULLIER (originaire de la Mayenne) en 1791,
  • Une naissance issue de ce mariage en 1792, 
  • Un divorce d’avec Jacques REGULLIER, celui-ci étant considéré comme émigré, en novembre 1793,
  • Une naissance issue du mariage considéré comme légitime entre Catherine VALENTIN et Jacques REGULLIER (alors qu’ils étaient officiellement divorcés…) 
  • Un remariage de Catherine VALENTIN avec Nicolas GASNER, veuf, en septembre 1801 (OK, c’est possible un remariage) 
  • Le décès de Jacques REGULLIER puis de Catherine, quelques jours plus tard, les deux étant considérés comme mariés (alors là c’est à n’y plus rien comprendre…) 

Troisième question Bonus : C’est quoi que ce Schmilblick ? 

Je n’ai pas trouvé de trace de divorce entre Catherine et Nicolas GASNER, et de remariage avec Jacques REGULLIER. Mon hypothèse est donc que le divorce d’entre Jacques REGULLIER et Catherine VALENTIN aurait été annulé par décision de justice après le retour en France de Jacques REGULLIER (il était domestique du Sieur Jobal au château de Lue, et aurait accompagné son maître en 1793 lors de son émigration). Du coup, le remariage avec Nicolas GASNER aurait été caduc. A votre avis, cette hypothèse vous semble t-elle possible ? Si oui, où chercher d’éventuels indices ? 

Par avance, un grand merci pour vos commentaires et suggestions qui me permettront d'avancer dans mes recherches !



Sources :
  • AD57 – 2 MI361/1 – Registres paroissiaux de la paroisse d’Hagondange (BMS - 1696-1793) 
  • AD57 – 9NUM/5E111/2 - Registres paroissiaux de la paroisse de Courcelles-Chaussy (BMS - 1736-1765) 
  • AD57 – 9NUM/5E111/3 - Registres paroissiaux de la paroisse de Courcelles-Chaussy (BMS - 1766-1793) 
  • AD57 – 9NUM/312ED1E3 - Registres paroissiaux de la paroisse de Hayes (BMS - 1761-1790)
  • AD57 - 2 MI 376/1 et 5 MI 312/1- Registres d’Etat-Civil de la commune de Hayes (NMD) 
  • BNF - Richemont, 1755 – Gallica – Bibliothèque nationale de France, département Arsenal)