samedi 10 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre I écrite à Isidore MEYER, Tailleur sur cristal

Pour ce neuvième jour du #ChallengeAZ 2018 organisé par Sophie Boudarel et Brigitte Snejkovsky, j'ai choisi d'écrire à Isidore MEYER, le grand-père de ma grand-mère paternelle. Vous le verrez, je ne connais pas grand chose de cet ancêtre pas si lointain que ça... Au point d'avoir découvert seulement la semaine passée que son véritable père n'est pas celui qui l'a reconnu au mariage de sa mère... Cette missive me donnera donc l'occasion de compléter la liste de mes projets de recherche pour les mois à venir !



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Samedi, 10 novembre 2018

Isidore,
Je me prénomme Sébastien et je suis le petit-fils de Marie BECKRICH, enfant de Madeleine, votre fille. Oh, n'essayez pas de la retrouver dans votre mémoire, vous ne l'avez malheureusement pas connue, car elle est née sept ans après votre disparition.

Pour tout vous dire, je connais très peu de choses sur vous. Vous m'excuserez, mais je n'ai malheureusement pas pris le temps de travailler votre branche familiale, celle des MEYER (ou MAYER selon les sources!). Et c'est peu de le dire ! En effet, en recherchant la semaine passée des informations sur votre vie, j'ai découvert une chose étonnante, que même mon père, qui avait débuté notre généalogie, n'avait pas soupçonnée.

Vous vous nommez MEYER, du nom de votre père, Henri MEYER, qui vous a reconnu après son mariage avec votre maman, Anne-Marie GREBIL. Vous aviez huit ans. Pourtant, il semblerait qu'il ne soit pas votre père biologique, celui qui vous a conçu. Et effectivement ! A votre naissance, si j'en crois les tables décennales de l'état-civil, vous prenez le nom de votre mère. Vous vous appeliez alors Isidore GREBIL. En réalité, d'après ce que l'on dit, votre père putatif serait Isidore STEBE (je comprends d'ailleurs maintenant d'où vient votre prénom).

Isidore, si c'est moi qui vous l'apprends, alors j'en suis terriblement confus...

Lui comme Henri MEYER étaient tailleur de cristal et vivaient à Montbronn. D'ailleurs, vous resterez sur les pas de vos pères en choisissant ce même métier.

Le pays de Bitche avait vu au XVè et XVIè le développement de cristalleries et de verreries notamment à Saint-Louis-lès-Bitche ou Meisenthal. Et pour cause : la région présente tous les ingrédients pour créer un cristal de qualité : des forêts pour chauffer et du sable comme matière première. Dès lors, de nombreuses familles avaient quitté leurs fermes pour y travailler.

Je découvre alors les métiers de la cristallerie ainsi que votre occupation. Dans la manufacture, vous vous placiez à la suite des souffleurs de verre. Lorsque les pièces sortaient du four, et après les avoir poli une première fois, vous réalisiez les décors en utilisant des meules diamantées.Une fois la taille définitive effectuée, vous réalisiez un second polissage qui devait donner tout son éclat au cristal ou au verre. C'est là un travail qui demande une grande minutie et un savoir-faire irréprochable!

Je ne sais dans quelle cristallerie vous travailliez. Était-ce à Saint-Louis comme d'autres Montbronnois ? 

La cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche peinte par Édouard Pingret en 1836 (Wikipedia, domaine public)

Isidore, en écrivant cette lettre, je ressens l'envie d'en savoir plus sur vous, votre histoire, vos origines, votre métier. Il me faut maintenant préparer mes prochaines recherches qui seront, sans nul doute, passionnantes !

Dans l'espoir de vous retrouver bientôt dans mes "déambulations archivistiques", je vous prie de recevoir, Isidore, toute l'affection de votre arrière-arrière-petit-fils.


Sébastien

vendredi 9 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre H écrite à Hubert WALENTIN

Jour 8, lettre H du #ChallengeAZ2018.Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 


Pour celles et ceux qui suivent mon blog, vous connaissez sans doute Hubert WALENTIN. Il fait partie des ancêtres pour qui j'ai un attachement particulier. Vous comprendrez pourquoi en lisant les lignes qui suivent. Il m'était donc impossible de participer à ce ChallengeAZ sans lui écrire une lettre. C'est donc chose faite aujourd'hui, avec la lettre H.

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Vendredi 9 novembre 2018,


Mon cher Hubert,

Je vous écris comme si j'écrivais à un parent proche. Pourtant six générations nous séparent.

Hubert, je vous connais assez bien car j'ai retrouvé de nombreuses informations sur vous. Certes, les recherches n'ont pas été évidentes car les petits cailloux que vous aviez semés étaient bien cachés.

L’évènement qui m'a donné le plus de fil a retordre était sans nul doute votre date et lieu de décès. En fait, je n'avais rien, aucune piste, aucun acte de décès, aucune déclaration de succession... Rien. Même le cimetière de Vry ne pouvait me porter secours, puisque seule votre épouse y est enterrée.

Pourtant, en généalogie, il ne faut jamais désespérer car tout vient à point à qui sait attendre. On peut appeler cela chance ou sérendipité. Quoi qu'il en soit, c'est par hasard que je retrouve la trace du décès d'un certain Hubert VALENTIN, mort en mars 1873 à Laxou, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Est-ce un homonyme ?

Rapidement, je tombe sur l'acte de décès correspondant. Non. C'est bien vous.

Hubert, la partie de cache-cache est terminée ! Je vous ai retrouvé.

Retrouvé oui, mais dans quel état ?

L'acte signale que vous êtes décédé à l'hôpital de Maréville. Je sursaute, mon cœur bat un peu plus fort... Maréville ? Mais c'est un hôpital d'aliéné...  autrement dit, un asile de "fous".

En quelques instants, je passe de la joie à la peine. Ces sentiments que l'on a lorsque l'on apprend le retour d'un parent disparu, mais qui revient malade ou blessé.

Je ne veux pas en rester là. Je veux comprendre. Je m'obstine alors à chercher dans toutes les directions, suivre toutes les pistes possibles. Grâce à l'entraide, le cercle généalogique de la Meurthe-et-Moselle retrouve, non sans difficulté, votre dossier d'hospitalisation.

Hubert, vous déliriez.

Les notes du médecin général sont claires et sans appel: "Entré dans mon service le 14 de ce mois courant [novembre 1869] pour cause de folie caractérisée par des idées de grandeur, le nommé Valentin Jean Jacques Hubert continue à prétendre qu'il tient de Jésus-Christ, avec qui il aurait cheminé pendant plusieurs lieux, un grand pouvoir médical ".


Dortoir à Maréville (http://pboyer.fr/nancy-hier/)


Je ne sais quoi penser. La principale question qui me vient à l'esprit est "Pourquoi?".

Que vous est-il arrivé ? Pourquoi et comment cela s'est-t'il produit ? Comment votre famille, votre épouse, vos enfants ont-ils vécu ces moments ? Je pense que je n'aurai jamais de réponses à mes interrogations.

Au début de l'année 1873, malade et amaigri, votre état dégénère. Vous partez le 2 mars 1873.


Hubert, je me laisse à croire que vous n'étiez finalement pas si "fou" que cela. Peut-être étiez-vous tout simplement incompris ?

Je garde en tout cas un immense respect pour vous ainsi qu'à tous mes aïeux, quel que soit leurs conditions, leurs actes ou leurs maladies.

Veuillez recevoir, mon cher Hubert, toute l'affection de votre descendant.



Sébastien

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Depuis cette découverte, je nomme affectueusement Hubert "mon fou". Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la lecture, vous pouvez lire notre rencontre que j'ai imaginée dans le cadre d'un #RDVAncestral.

jeudi 8 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre G écrite à ma Grand-Mère, Mamie

Au septième jour, le #ChallengeAZ2018 dure toujours !

J'ai souhaité aujourd'hui écrire quelques mots à ma grand-mère maternelle, ma Mamie, malheureusement disparue. Il y a d'abord les bons moments ainsi que tous ces petites choses qui font renaître en moi des souvenirs vagues et émus. Et puis il y a eu des moments plus difficiles liés à la maladie et la perte d'un être cher. 


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Jeudi 8 novembre 2018,

Mamie,

Cela fait maintenant 18 ans que tu nous as quitté, par un triste matin d'avril 2000. Je me souviens de ce jour et des derniers moments de ta vie. Tu étais alitée, tu ne mangeais plus, tu ne bougeais plus, tu ne nous reconnaissais quasiment plus. Alzheimer... quelle sordide maladie !

A quoi bon se ressasser des instants douloureux ? Mamie, ce que je veux retenir de toi ce sont les bons moments, je voudrais me souvenir des belles choses...

Tu es venue au monde un jour de décembre 1926 à Luttange, en Moselle. Pourtant, tu es née italienne car ton père, Baptiste, était natif de Tavernerio près de Como.

C'est après la guerre que tu rencontres, lors du mariage d'une cousine, un jeune homme de 23 ans. Entre lui et toi, c'est le coup de foudre. En 1947, vous vous mariez. Vous vous aimerez alors d'un amour fou, d'un amour tendre. Tous diront qu'il était le mari idéal et toi, tu l'aimais.

De cet amour, naîtront quatre enfants, dont Maman. De belles années, de très belles années. Et puis il y eut la maladie de Papi. Des séquelles de la guerre a priori, rongé par les médicaments.

En juin 1981, il est hospitalisé. A ce moment, j'étais un petit être bien au chaud dans le ventre de ma maman, prêt à sortir et à découvrir le monde. "Tu crois que je verrai mon petit-fils ?" demandait-il à sa sœur.

Je suis né le 22, il est parti le 26, sans m'avoir vu. J'ai la gorge nouée en écrivant ces mots.

Ma chère Mamie, ce moment a été terrible pour toi. Un drame. Un déchirement. Tu ne t'en es jamais vraiment remise. 

Après, il y a mes propres souvenirs. Petit, tu me prenais sur tes genoux en chantant "Ah cheval sur mon papa...". Je me souviens encore des goûters, de l'odeur du café, de la couleur des tasses. Je vois encore cette boîte à sucres rose. Tu vas sans doute rire de là-haut, mais tu vois mamie, cette boîte, je l'ai gardé précieusement...



Et puis tu es tombée malade. Tes propres souvenirs disparaissaient, petit à petit, et avec eux, c'était des morceaux de ta vie qui partaient. Je venais te voir. J'avais 17 ou 18 ans. Tout de même, on a autre chose à faire à 18 ans que d'aller voir sa grand-mère malade ! Peut-être. Mais je préférais venir pour te "garder". C'est terrible d'écrire ça, ça me fait mal. Mais tu étais redevenue une enfant.

Alors les après-midi de ma jeune vie d'adulte, je venais m'assoir à côté de toi et je te tenais la main. Et quand, dans un moment de lucidité, tu te tournais vers moi et tu me disais avec un sourire "Ah ! mais c'est toi ?", alors, je me disais que ça valait la peine de passer ces petits bouts de temps ensemble.

Mamie, je ne te l'ai jamais dit, mais je t'aime de ton mon cœur.


Ton petit-fils, Sébastien

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Vous retrouverez dans quelques jours une lettre que j'ai écrite à ma grand-mère paternelle, ma Mémé.

En complément, je vous invite à lire un article qui m'a vraiment touché au début du ChallengeAZ. C'est celui de Laventuregénéalogique qui a souhaité, elle-aussi, rendre hommage à sa grand-mère disparue en 2009. C'est poignant.

mercredi 7 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre F écrite à Florian DEHLINGER, meunier

Sixième  jour du #ChallengeAZ 2018 et toujours la même motivation ! Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

La lettre d'aujourd'hui est destinée à Florian DEHLINGER (1786-1847), ancêtre de ma lignée patronymique et meunier de son état. Justement, c'est à ce propos que j'ai souhaité l'interroger. N'ayant que peu d'informations sur sa vie, ma missive esquisse, au travers de mes questionnements, mon futur plan de recherches pour les mois à venir!  :)

(Concernant les moulins, je vous invite les contributions de Sylvie et Raymond Deborde qui abordent, dans le cadre du #ChallengeAZ, la vie de leurs ancêtres meuniers).



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 Mercredi 7 novembre 2018,

Florian, 

Je me trouve assis dans mon fauteuil à écrire à un ancêtre dont je ne sais finalement que peu de choses. Bien évidemment, je connais votre date de naissance ainsi que celle de votre mariage, mais cela ne fait pas une biographie digne de ce nom. 

Vous êtes né en mai 1786 dans le village de Kalhausen, dans l’ancien baillage de Bitche. Votre père était laboureur et vous étiez destiné à suivre les pas de votre père. Pourtant, après votre mariage en 1815 avec Anne-Marie Lang, vous achetez près de 15 ans plus tard le moulin de la Gallenmühle. Vous vous installez avec votre famille et devenez alors meunier. 

J’avoue n’avoir aucune idée sur les motivations qui vous ont conduit à quitter votre vie de laboureur pour celui de meunier. Était-ce là une opportunité à saisir ? Un choix contraint lié à des difficultés financières ? Difficile à croire, puisque vous achetez l’ensemble des bâtiments et, a priori, des terres. Je dis « a priori » car je n’en ai aucune certitude. Il me manque tellement d’informations ! Certes, je peux espérer votre réponse... mais je crains devoir attendre longtemps...

Il me reste néanmoins les documents anciens, qui ont été préservés aux archives du département de la Moselle. En premier lieu, et en toute logique, je devrais pouvoir retrouver une déclaration de succession. Et oui Florian, je n’oublie pas en écrivant ces lignes que vous êtes décédés depuis 1847 ! Sauf que malheureusement, les registres d’avant 1850 ont brûlé ! 

Quoi qu’il en soit, un généalogiste et chercheur d’histoires familiales a toujours d’autres idées de sources complémentaires. Votre fils, Florian, a occupé le moulin jusqu’en 1854, date à laquelle il l’a vendu à Jean Thumser de la Guerstenmühl à Rahling. Je pense pouvoir retrouver l’acte de vente grâce aux tables du même nom et retrouver, je l’espère, le notaire qui traitait les affaires de famille. Sans doute s’agissait-il d’un des deux notaires de Rohrbach-Lès-Bitche ? Malheureusement, les actes d’avant 1850 ont également disparu, brûlés en 1944 pendant une terrible guerre… Me voilà bien avancé ! 

Bon, je ne désespère pas que vous répondiez un jour, car tout irait plus vite ! 

Il me reste à consulter la matrice cadastrale qui me donnera au moins des informations sur vos propriétés. 

Le métier de meunier m’est également inconnu. Je vous le promets, je vais me documenter un peu plus pour comprendre votre quotidien. 

Florian, ne soyez pas fâché, mais je n’ai que très peu travaillé sur ma branche paternelle. C’est d’autant plus dommage que vous faites partie de ma lignée patronymique, celle qui m’a donné mon nom de famille (à la différence près que le H a été remplacé par un L à la naissance de mon grand-père…). 

En vous écrivant, j’ai pu bâtir mon futur projet de recherche et, d’une certaine manière, je vous en remercie. 

Dans l’attente de vous rencontrer au fil de mes explorations, je vous prie de recevoir, mon cher Florian, les salutations de votre arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils. 


Sébastien 


Source :
Joël BECK, 1999. Moulins : huileries, tailleries, scieries du pays de Bitche. Ed. Pierron, Sarreguemine.

Plan du déversoir du moulin de Gallenmühle (Joël BECK, 1999)

mardi 6 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre E écrite à un Evadé, Jacques REGULIER

Nous voici au cinquième jour du #ChallengeAZ 2018. A ce propos, je vous conseille vivement de lire l'ensemble des contributions des participants car elles sont toutes de qualité ! Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

La lettre d'aujourd'hui est destinée au père de Jacques REGULIER, époux de Catherine VALENTIN (sosa 481). Prénommé également Jacques, il est originaire de Cossé-le-Vivien (Mayenne) et a vécu une grande partie de sa vie dans la baronnie de Craon. Il est très probable que Jacques REGULIER (fils) est le père de mon aïeul, Louis-Joseph WALENTIN (sosa 240)...

Dans cette lettre, j'ai souhaité interroger Jacques REGULIER-père sur un sombre épisode de sa vie, puisqu'il a été emprisonné à la prison de Craon en 1767 avant de s'en échapper quelques semaines plus tard...



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Mardi 6 novembre 2018


Sieur Régulier, Jacques,


Je me nomme Sébastien et je suis un lointain descendant de Catherine VALENTIN qui avait épousé en 1791 votre fils, Jacques. Ma lettre vous surprendra sans doute car n'avons a priori aucun lien familial (ceci reste néanmoins à démontrer car il semblerait que votre fils soit le père de mon ancêtre, mais ceci est une autre histoire!).

Ma curiosité m'a poussé à rechercher des informations sur votre famille et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver des traces d'une évasion d'un certain Jacques REGULIER à Craon ? J'ai rapidement fait le lien avec vous....  Les faits sont là, vous ne pouvez pas le cacher !

Donc cette histoire m'a intéressé et, disons-le, amusé, car, avouez-le, le récit de votre évasion est assez rocambolesque !

Tout commence le 18 septembre 1767. Suite à la requête du procureur fiscal de Craon, Jean GUION, sergent, et Jacques QUENFOIN, huissier de police, sont venus à votre demeure située au village de la Gaullerie, en la paroisse d'Athée pour vous arrêter et vous conduire la prison de Craon. J'avoue ne pas avoir trouvé les motifs de votre arrestation. On parle de divers crimes...

La prison de Craon était à cette époque située dans une tour près de la porte St-Pierre comme localisé sur le plan ci-dessous. J'espère ne pas me tromper.


Plan extrait de Bodard de la Jacopière, 1872. Chroniques Craonnaises. Deuxième édition. Le Mans.  750p


Quoi qu'il en soit, vous êtes bien décidé à ne pas rester cloitré dans votre cellule.

Savez-vous que l'ensemble des archives judiciaires sont désormais librement accessibles ? Et oui Jacques, votre évasion n'a aujourd'hui plus de secrets pour quiconque ! J'ai ainsi pu lire les procès-verbaux constatant votre "exploit" et à leur lecture, j'avoue avoir suivi cette histoire comme un roman !

Ainsi, après plusieurs semaines de détention, vous aviez la ferme intention de vous échapper. Sans doute avec l'aide de votre femme avec qui vous échangiez régulièrement par la fenêtre de votre cachot, vous avez monté un plan de fuite (certaines mauvaises langues diront qu'elle proférait des insultes aux passants qui tentaient d'écouter vos conversations... !).

Puis, le soir du 21 octobre, tout est prêt. Cette date n'a pas été choisie par hasard, car il s'agissait d'une nuit de nouvelle lune : des conditions optimales pour ne pas être vu !

Le soir avance. Vous attendez que la famille de votre geôlier s'endorme. Sans bruit, grâce à un outil de fortune, vous arrivez à vous défaire de vos menottes et des boucles qui vous tenez les pieds. Doucement, vous posez le tout sur le bord de la fenêtre de votre cachot.

Une fois les mains libres, vous vous approchez du trou des latrines qui communique avec la rue. Consciencieusement (mais rapidement), une par une, vous sortez les pierres que vous aviez pris le temps de desceller les jours et semaines précédentes. Le trou s'agrandit. Vous pouvez passer.

La suite de votre évasion est digne des meilleurs romans. Nous nouez plusieurs draps pour former une corde de fortune assez solide et assez longue pour descendre en bas, dans la rue. Il est deux heures du matin.

En contrebas, une personne est là, avec une monture. Dans cette nuit sombre, nul n'aurait pu deviner qui vous attendez. Une fois descendu, vous montez rapidement à cheval et vous partez au galop en passant pas la porte de Château-Gontier. Seule une personne vous reconnaîtra.

Jacques, qui vous attendez ce soir là ? Étais-ce votre épouse ? Votre fils ?

Si vous me le permettez, j'ai encore une dernière interrogation. J'ai perdu toute trace de vous après votre évasion de la prison de Craon. Je ne sais pas si vous avez été retrouvé, emprisonné, exécuté ou si vous avez vécu le reste de votre vie en cavale... Enfin si, je n'ai qu'un seul indice et ne sais trop comment l'interpréter. Lors du second mariage de votre plus jeune fils, Jacques (décidément, vous manquiez d'imagination) avec Madeleine PERAULT en 1823 à Angers, vous êtes cités comme "décédé dans les isles sans savoir l’époque de son décès ". S'agissait-il de la condamnation donnée suite à votre capture ?

Jacques, malgré vos condamnations et divers crimes, j'ai une affection particulière pour votre histoire... Sans doute est-ce lié au temps qui est passé et qui a effacé toute trace de vos méfaits.

En tout cas, veuillez recevoir, Sieur REGULIER, Jacques, les salutations d'un possible descendant.



Sébastien

lundi 5 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre D écrite à Dominique GUNGLER

Deuxième semaine et quatrième jour du #ChallengeAZ 2018. Cette année, je vous propose une lettre, écrite à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

Ma missive de ce lundi est destinée à Dominique GUNGLER, curé originaire du Luxembourg ayant vécu à la fin du XVIIè siècle. Il était le frère de l'une de mes aïeules, Gertrude GUNGLER (ma sosa 1345). A partir de 1681, il s'est installé dans le pays de Bitche et a activement participé à l'arrivée des BECKERICH à Bettviller en Moselle...

Source : http://www.bitscherland.fr/Canton-de-Rohrbach/Bettviller/eglise-bettviller.html


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Lundi 5 novembre 2018,

Mon père, 
Permettez-moi de vous écrire cette lettre, en remerciement de vos actions et de votre ministère.

Je ne sais que très peu de choses sur vos origines, si ce n'est que vous avez officié de 1652 à 1677 à Garnich, puis un temps à la paroisse de Sandweiler, située à l'est de Luxembourg. En 1681, vous arrivez, comme d'autres prêtres luxembourgeois, dans le Comté de Bitche. Vous vous installez d'abord à Lemberg, puis à Bettviller.

A cette époque, les effets de la Guerre de Trente Ans étaient encore perceptibles tant la population avait été meurtrie et décimée. Les instances politiques et religieuses cherchaient alors à repeupler le pays. A partir de 1660, les villages se repeuplent grâce à l'arrivée de Suisses, de Tyroliens, de Picards,  puis de Savoyards.

Dans cette quête au repeuplement, vous avez su habilement attirer des membres de votre famille et de vos connaissances; certains diront en faisant valoir votre réussite non pas sur le plan spirituel, mais surtout sur le plan matériel... Les voies du Seigneur sont impénétrables me direz vous !

Je tenais tout de même à vous féliciter pour votre propension à appliquer quotidiennement les Saintes Écritures. Je dois dire que vous avez réussi avec brio à mettre en pratique les principes de la multiplication des pains, à votre propre richesse pécuniaire.

Bon, certaines mauvaises langues diront que vous ne vous montriez pas très empressé à desservir les paroissiens le dimanche, et que le maniement de l'argent constituait une activité pendant laquelle le zèle ne vous faisait pas défaut.  Mais bon, tout de même, Mon Père, la moitié de la paroisse de Bettviller vous devait de l'argent ! 


Quoi qu'il en soit, je ne vous en tiens pas rigueur. Grâce à vous (et donc grâce à Dieu, ne l'oublions pas!), vous avez contribué à l'installation de votre sœur, Gertrude, ainsi que de ses enfants, tous BECKERICH dans le pays de Bitche. Étant le descendant de Guillaume, votre neveu, qui s'est marié en 1705 avec Marie Elisabeth FISCHER, je ne peux que vous en être reconnaissant !

Enfin, sachez que grâce à vous, la famille BECKERICH a prospéré dans tout le territoire et bien au-delà de ses frontières ; rendez-vous compte à Paris et mêmes aux Amériques !  Ceci fait que je rencontre de temps à autres de lointains cousins ou cousines BECK(E)RICH. Je pense par exemple à Catherine avec qui j'ai noué contact il y a quelques mois. 

Vous voyez, Mon Père, en définitive, tout ceci valait bien quelques "écarts" dans votre ministère !

Je suis en tout cas heureux d'avoir pu écrire ces quelques mots et je vous prie d’agréer, Mon Père, l'expression de mon respectueux souvenir.

Sébastien

samedi 3 novembre 2018

#ChallengeAZ 2018 - Lettre C écrite à CLAUDEL Eugénie, née BOLZINGER

Troisième jour du #ChallengeAZ 2018. Cette année, j'ai choisi de rédiger chaque jour une lettre à l'un de mes aïeux ou collatéraux. Des lettres pour interroger, pour rendre hommage, ou tout simplement pour dire ô combien certains de mes aïeux me manquent... 

Pour la lettre C, j'ai décidé d'écrire une lettre posthume à une collatérale : Eugénie CLAUDEL, née BOLZINGER. Elle était la tante par alliance d'un cousin de mon arrière-grand-père. Pourquoi lui écrire pensez-vous ? Et bien Eugénie est, à mes yeux, une grande dame. Une dame qui a donné sa vie pour ses idées. Résistante pendant la seconde guerre mondiale, elle a été déportée dans le camp de Ravensbrück en 1943 où elle mourra gazée en avril 1945.


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Samedi 3 novembre 2018,
Madame, 

C'est avec un très grand honneur que je vous écris cette lettre. Par ces mots, je souhaite vous faire part de mon admiration pour votre courage, votre engagement et l'ensemble des actes qui vous ont malheureusement conduite à la mort.

Vous êtes née au village de Veymerange, un jour de décembre 1885 dans un territoire annexé par l'Empire allemand depuis près de 14 ans. Puis, en 1914, la guerre éclate. Sans doute a-t'elle fait naître en vous l'espoir d'un retour de la Moselle à la France ? Lorsque enfin l'Armistice est signé le 11 novembre 1918, vous aviez 32 ans. Je ne connais pas votre réaction du moment, mais j'imagine que vous avez vécu cela comme un soulagement, malgré les incertitudes de ce moment si particulier.

Quelques années plus tard, par un beau jour de juillet 1924, vous avez épousé à Hayange Henri CLAUDEL, un homme de votre âge, originaire de la Petite Raon, dans les Vosges. Malheureusement, vous n'aurez aucun enfant.

En 1939, la guerre éclate. C'est d'abord la drôle de guerre, puis l'invasion allemande durant l'été 1940. La Moselle et l'Alsace sont à nouveau annexées. Vous deviez être abattue.

Un an plus tard, en juin 1941, vous êtes expulsée avec votre époux en zone non occupée. Vous arrivez dans la commune de Murol, dans le Puy-de-Dôme. Vous habitiez une petite maison située à côté de la boulangerie. C'est ici que votre engagement dans la résistance prendra tout son sens. En 1942, avec votre mari, vous entrez en contact avec le commandant Paul JOHANNES, alias Jansen, votre neveu, qui était alors chef d'un réseau clandestin de contre-espionnage basé à Clermont-Ferrand. La résistance devient une affaire de famille et vous mettez votre maison à disposition pour un service de radio de contre-espionnage dans le cade du réseau de Résistance du Poste 113.

En juin 1943, les allemands arrêtent un membre du réseau auquel vous appartenez. Les mains écrasés avec un marteau, sous la torture, il cède. La Gestapo fait alors une descente dans toute la vallée et vous arrête. Votre voisine se souvient vous avoir dit "aurevoir", en sachant bien qu'elle ne vous reverrait plus. A ce moment, vous pleurez, les mains cachant votre visage.Vous partez.

Votre époux aura plus de chance car il a réussi à se cacher à la boulangerie sous le pétrin et des sacs de farine.

Le 9 juillet 1943 vous êtes incarcérée avec votre nièce à la prison militaire de Clermont-Ferrand, puis vous êtes conduites au fort de Romainville en octobre 1943. La suite ne laisse guère de doute. J'imagine votre situation... ou non. Je ne peux imaginer ce que vous avez enduré

31 janvier 1944. Un train part de Compiègne avec à son bord  959 femmes dont vous et madame De Gaulle Anthonioz. Vous êtes amassées dans des wagons à bestiaux. Ce convoi est également appelé le convoi des 27000, en référence à la série des immatriculations faites à l’arrivée au camp. Aux yeux des nazis, vous devenez le matricule n°27359.

Madame, ce que vous avez vécu, je ne peux l'imaginer. Je veux croire en tout cas que même dans ces moments de barbarie et d'inhumanité, vous avez gardé votre dignité de femme. En voyant les photographies de cette époque, je ne peux qu'être pris de malaise et d'une profonde tristesse.
 
Source : http://www.racontemoilhistoire.com
Avril 1945. La fin de la guerre approche et le pouvoir nazi est pris en étau. C'est la panique la plus totale et le sort des prisonnières du camp ressemble à un mauvais jeu de hasard. Sous la pression de la Croix-Rouge internationale suédoise et danoise, une partie des françaises eut la chance de pouvoir partir pour la France. Ainsi, le matin du 5 avril, vous êtes appelées pour vous regrouper avec vos camarades au Block 31.  Le tri s'opère. Les déportées tondues à cause des poux, les malades et les juives sont sorties du rang et devront rester. 

En ce jour d'avril 1945,  sans doute étiez-vous malade ?

Quelques jours plus tard, la petite flamme qui vacillait et résistait au fond de votre âme s'est éteinte pour toujours. 

Gazée.

Madame, votre courage mérite toute la reconnaissance d'un pays. Vous avez ainsi obtenu la mention "Mort pour la France" et reçu la Croix de Guerre avec Étoile de Vermeil. Que votre engagement soit pour nous tous un exemple.

Veuillez recevoir, madame, l'expression de ma sincère et profonde admiration.



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Vous comprendrez à la lecture de cette lettre que son histoire m'a profondément touché, bouleversé, voire bousculé. On se rend compte aujourd'hui que la paix ne tient souvent qu'à un fil et que nous devons tous être des résistants face aux horreurs et aux crimes, pour ainsi faire valoir notre dignité d'être humain.

Quelques liens et sources :

http://www.resistances-morbihan.fr/ravensbruck-3/
http://www.memoresist.org/resistant/eugenie-claudel-nee-bolzinger/
http://www.bddm.org/liv/details.php?id=I.175.#CLAUDEL
http://blogue-ton-ecole.ac-dijon.fr/matricule35494/2016/11/06/la-liberation-du-camp-de-ravensbruck-avril-1945-c-clergue/
Le parcours d'Eugénie Claudel a été reconstitué grâce à son dossier de résistance (SHD - Cote GR69214)